Logo de l’Union, club de Berlin-Est, au stade “An der Alten Foersterei” Ă  Berlin, le 7 mars 2019
Par Ryland JAMES et David COURBET / © 2019 AFP

A l’heure du premier derby berlinois en Bundesliga depuis la Chute du Mur de Berlin, les fans de foot de la capitale allemande entameront samedi une nouvelle page de leur histoire: pour crĂ©er une Ă©nième rivalitĂ© ou perpĂ©tuer l’esprit fraternel de la RĂ©unification ?

“Ce sera un match très spĂ©cial, surtout 30 ans après la chute du Mur”, tĂ©moigne auprès de l’AFP Elmar Werner, 65 ans, supporter depuis 1979 de l’Union, club de Berlin-Est dont les gradins abritaient nombre d’opposants au rĂ©gime communiste.

Et si les tribunes de l’Union accueilleront d’un “Berlin voit rouge !” les supporters du Hertha, grand club de l’Ouest habillĂ© de bleu, la provocation devrait s’arrĂŞter lĂ .

Car l’histoire de Berlin ne ressemble guère Ă  celle de Liverpool, Glasgow, Rome ou Istanbul, terres de football connues depuis longtemps pour leurs derbys houleux voire haineux.

“Avant la chute du Mur, nous nous sommes serrĂ© les coudes et aujourd’hui c’est toujours le cas. Nous n’avons rien contre le Hertha”, assure Elmar Werner, pour qui ce jubilĂ© sera “une belle occasion d’unitĂ©”.

Autre “unioniste” historique de 60 ans, Andreas Cramer acquiesce: “A l’Ă©poque, quelques fans de l’Union allaient mĂŞme soutenir le Hertha, notamment lorsqu’il jouait en coupe d’Europe (…) Mais lorsque le Mur est tombĂ©, nous sommes devenus des concurrents”.

Immense fĂŞte

Les fans les plus âgĂ©s se rappellent encore de la toute première rencontre, amicale, Hertha-Union, une immense fĂŞte populaire en janvier 1990, deux mois et demi après l’ouverture du Mur.

Les deux équipes se sont ensuite affrontées quatre fois, en deuxième division en 2010/2011 et 2012/2013.

Berlin-Est a pourtant eu sa rivalitĂ© footballistique autant que politique, mais elle opposait l’Union au Dynamo, l’Ă©quipe toute puissante parrainĂ©e par la redoutable Stasi, la police secrète du rĂ©gime est-allemand.

Lors des derbys face au Dynamo

-aujourd’hui tombĂ© en quatrième division–, le public de l’Union scandait “le mur doit disparaĂ®tre” lorsque les joueurs adverses formaient le mur sur les coups francs.

Trente ans plus tard, les supporters du Hertha et de l’Union, qui ont tant fraternisĂ© pendant la partition de la ville, se demandent quel visage prendra leur confrontation dans les annĂ©es Ă  venir.

“J’ai Ă©tĂ© tellement contente lorsqu’ils sont montĂ©s en première division” en fin de saison dernière, se rĂ©jouit Manon DĂĽring, une fan du Hertha de 55 ans. “J’ai grandi avec le Mur, Berlin a tant Ă  offrir, mais la ville a besoin d’une forte culture du football. C’est une chance de se dĂ©barrasser de ce clivage politique est-ouest et d’unifier la ville”, plaide-t-elle.

Reconstruction bénévole

“Je ne pense pas que le derby va devenir malsain, prĂ©dit Daniel Rossbach, 29 ans, lui aussi fan de l’Union, mais il y aura une rivalitĂ©…”.

Pour Timo Dobbert, un supporter du Hertha, c’est une chance de crĂ©er une culture diffĂ©rente, comme Berlin a si bien su le faire dans d’autres domaines que le sport: “Je crois que ce serait formidable si Berlin Ă©tait la seule ville en Europe oĂą deux clubs de première division et leurs fans Ă©taient solidaires”, dit-il.

“Berlin, le Hertha et l’Union, pourraient devenir le symbole vivant de l’histoire de cette ville, qui fut divisĂ©e puis rĂ©unifiĂ©e. Quelque chose que vous ne trouveriez nulle part ailleurs.”

Le match de samedi se disputera dans le petit et pittoresque stade de l’Union, la Alten Försterei, oĂą les 22.000 spectateurs font plus de bruit que 80.000 dans bien des stades. L’enceinte, il est vrai, leur appartient un peu: ils ont offert bĂ©nĂ©volement 140.000 heures de travail pour sa reconstruction en 2008/2009.

L’avenir du derby dĂ©pendra aussi, et surtout, de celui de l’Union Berlin, qui est dĂ©jĂ  en queue de classement et va devoir se battre pour rester parmi l’Ă©lite.

Trente ans après la chute du Mur, le petit club est le seul de l’ex-RDA Ă  Ă©voluer en première division. Deux seulement survivent en deuxième division: le Dynamo Dresde et Aue. Les autres ont plongĂ© dans les divisions infĂ©rieures, faute de structure Ă©conomiques pour les soutenir et retenir les meilleurs joueurs.

Le RB Leipzig fait exception, mais il a Ă©tĂ© fondĂ© 20 ans après la chute du Mur, avec l’argent de Red Bull.