JosĂ© Mourinho, alors entraĂ®neur de Manchester United, lors d’un match de Ligue des Champions Ă  Turin contre la Juventus le 7 novembre 2018
Par John WEAVER, avec Olivier LEVRAULT à Paris / © 2019 AFP

Provocateur, mĂ©galo, charismatique, arrogant, tacticien de gĂ©nie avec lequel l’amour ne dure gĂ©nĂ©ralement pas plus de trois ans, JosĂ© Mourinho revient cultiver sa lĂ©gende dans son jardin prĂ©fĂ©rĂ© qu’est le Championnat d’Angleterre, cette fois Ă  Tottenham.

AoĂ»t 2019, JosĂ© Mourinho lâche une larme. Huit mois que le Portugais n’entraĂ®ne plus. Tee-shirt gris, cheveux tout autant, parc bucolique en fond, il se confie en interview, la retraite n’est pas pour lui: “J’ai arrĂŞtĂ© et je ne peux pas m’en rĂ©jouir. Cela me manque”.

Trois mois plus tard, l’appel a finalement Ă©tĂ© entendu dans le nord de Londres. Avec les Spurs, il remonte en selle après onze mois Ă  tourner en rond. C’Ă©tait dĂ©finitivement trop pour celui qui n’avait jamais passĂ© autant de temps sans club depuis ses dĂ©buts au plus haut niveau avec Porto en 2002.

En mars dernier, il confiait Ă  l’AFP son objectif: “Je n’aime pas reprendre un club en janvier, fĂ©vrier ou mars… Je veux trouver un club qui me motive pour dĂ©buter la saison prochaine.”

SurnommĂ© “The Special One” en 2004 Ă  son arrivĂ©e Ă  Chelsea, serait-il devenu Ă  56 ans “The Impatient One”, dĂ©rogeant Ă  cette règle et plongeant en cours de saison dans un club 14e de Premier League après douze journĂ©es?

Chasse à la troisième C1

Sans doute Ă©tait trop fort l’attrait du plus haut niveau, dans lequel il nage depuis tant d’annĂ©es. La Ligue des Champions? “Je veux en ĂŞtre!”, s’exclamait-il en mars. C’est chose faite, Tottenham Ă©tant 2e de son groupe de C1 après quatre matches.

Après ĂŞtre montĂ© sur le toit de l’Europe avec Porto (2004) et l’Inter Milan (2010), la chasse Ă  sa troisième Ligue des champions est lancĂ©e pour ce George Clooney du football qui a vu son armoire Ă  trophĂ©es se remplir Ă  mesure que sa chevelure grisonnait.

Champion du Portugal en 2003 et 2004, triple champion d’Angleterre avec Chelsea (2005, 2006, 2015), double champion d’Italie avec l’Inter Milan (2009, 2010), champion d’Espagne avec le Real Madrid (2012), sans oublier deux C3 (Coupe de l’UEFA avec Porto en 2003, Ligue Europa avec Manchester United en 2017) et plĂ©thore de coupes nationales.

L’homme au caractère de feu a bâti partout des Ă©quipes craintes et respectĂ©es. En suivant une maxime minimaliste mais longtemps efficace: “Le plus important, c’est la victoire, quelle que soit la façon de l’obtenir”.

Mais son aura s’Ă©tait une première fois Ă©tiolĂ©e sur le banc du Real, oĂą il a Ă©chouĂ© Ă  conquĂ©rir la “Decima”, dixième Ligue des champions de l’histoire du club. Elle s’est effondrĂ©e lors du deuxième acte Ă  Chelsea, oĂą il est pour la première fois apparu dĂ©passĂ© par les Ă©vènements, et ne s’est pas reconstruite Ă  Manchester United (2016-2018).

Guardiola, sa nemesis

En tout cas il retrouvera en Angleterre un de ses meilleurs ennemis: Pep Guardiola, bien ancrĂ© dĂ©sormais Ă  Manchester City. Avec le Catalan, lors de bouillants Real Madrid-Barcelone, Mourinho avait trouvĂ© sa nemesis, au style diamĂ©tralement opposĂ©, tant dans la personnalitĂ© que dans la philosophie de jeu. Ils s’affronteront en Premier League le 1er fĂ©vrier.

Au-delĂ , la question sera de voir l’impact du dynamiteur Mourinho sur son effectif. Car force est de reconnaĂ®tre que le syndrome de la troisième saison fatale a toujours frappĂ© le Portugais, qui n’est jamais allĂ© au-delĂ  sauf brièvement lors de son premier passage Ă  Chelsea (2004-septembre 2007).

Partout ailleurs, comme au Real (2010-2013), lors de son retour Ă  Chelsea (2013-dĂ©cembre 2015), Ă  l’Inter Milan (2008-2010), au FC Porto (2002-2004) ou dernièrement Ă  Manchester United, il n’a pas fait plus.

“Mourinho crame ses joueurs au bout d’un an et demi, deux ans maximum”, a mĂŞme affirmĂ© l’Italien Fabio Capello, ancien sĂ©lectionneur de l’Angleterre, au moment de son licenciement de Chelsea.

Son caractère tranchĂ© lui a valu des inimitiĂ©s avec certains de ses joueurs, comme au Real Madrid oĂą il s’est mis Ă  dos son vestiaire, Cristiano Ronaldo en tĂŞte, prĂ©cipitant son dĂ©part.

Tout comme dernièrement à Manchester United, où les relations orageuses avec certains de ses joueurs, premièrement Paul Pogba, ont encore vite entamé son crédit auprès des supporters. Son Heung-Min et Harry Kane sont prévenus.