Superligue/Ligue des champions, la guerre est déclarée ?

Le président de l’UEFA, Aleksander Čeferin, en conférence de presse à Nyon, le 17 juin 2020
Par Jean DECOTTE avec les bureaux européens de l’AFP / © 2021 AFP

Quand le football européen se déchire: face à une possible “Superligue” entre riches clubs, l’UEFA a menacé d’exclure les équipes dissidentes dimanche, tendant l’atmosphère avant une réunion cruciale lundi pour l’avenir de sa Ligue des champions, directement concurrencée par ce projet de lucratif tournoi fermé.

Ce n’est pas la première fois que l’UEFA lance une telle sommation devant de telles menées, serpent de mer du football européen souvent ravivé par les cadors du continent pour obtenir davantage de concessions. Mais l’instance dirigeante a peut-être senti que cette fois, la menace était suffisamment sérieuse.

Alors que son Comité exécutif doit se réunir lundi (09h00/07h00 GMT) pour entériner une réforme de sa Ligue des champions censée couper l’herbe sous le pied des partisans d’une compétition privée, les fuites dans la presse se sont multipliées dimanche autour de l’officialisation possible d’une “Superligue” rivale.

Selon le New York Times, le Real Madrid, le FC Barcelone et l’Atlético Madrid en Espagne, Manchester United, Manchester City, Liverpool et Chelsea en Angleterre, et la Juventus et l’AC Milan en Italie sont concernés par le projet, et au moins 12 équipes au total ont “signé pour être membres fondateurs ou exprimé leur intérêt”.

“Quelques clubs anglais, espagnols et italiens pourraient prévoir d’annoncer la création d’une soi-disant +Superligue+ fermée”, a écrit l’UEFA dans un communiqué co-signé par plusieurs fédérations et ligues nationales de football, qualifiant le projet de “cynique”.

Bayern et PSG loyaux à l’UEFA ?

Aucun des clubs cités n’avait officiellement confirmé sa participation à ce projet dimanche en fin d’après-midi. Parmi les clubs contactés par l’AFP, la Juventus et l’AC Milan n’ont pas fait de commentaire.

L’UEFA a en revanche dit remercier les clubs d’autres pays, “en particulier les clubs français et allemands, qui ont refusé de s’engager sur cette voie”, signe que le Bayern Munich et le Paris SG, finalistes de la dernière édition de la Ligue des champions, semblent rester légalistes.

Selon une source ayant connaissance des tractations, Bayern et PSG ont été tout de même approchés, mais les quatre clubs qui semblent pousser le plus en faveur du projet seraient Manchester United, la Juve, le Barça et le Real.

Comme en janvier, lorsque la Fifa et l’UEFA avaient signé un inhabituel communiqué commun fustigeant tout projet dissident, les instances du football ont menacé les clubs et leurs joueurs d’exclusion des compétitions actuelles, dont l’Euro ou la Coupe du monde.

“Comme annoncé précédemment par la Fifa (…), les clubs concernés se verront interdire la participation dans toute autre compétition au niveau national, européen ou mondial, et leurs joueurs pourraient se voir refuser la possibilité de représenter leurs équipes nationales”, écrit l’UEFA.

Cette menace d’une exclusion des clubs dissidents serait lourde de conséquences puisqu’elle aboutirait à priver les joueurs concernés de toute carrière en sélection, alors même que les formations pressenties regorgent d’internationaux. Reste à voir si elle est conforme au droit européen de la concurrence, ce qui laisse présager une éventuelle bataille juridique.

Révolution contre réforme

“Nous appelons tous les amateurs de football, les supporters, les responsables politiques à nous rejoindre pour combattre un tel projet s’il venait à être annoncé”, a insisté l’UEFA, se disant prête à utiliser “tous les moyens en sa possession, à tous les niveaux, judiciaire comme sportif”.

Face à cette possible révolution, difficile de savoir ce qu’il adviendra de la réforme attendue de la Ligue des champions à l’horizon 2024. Cette refonte bâtie en lien avec l’Association européenne des clubs (ECA) qui réunit les ténors du continent, est censée être adoptée lundi par l’UEFA avec le remplacement de la phase de poules par un mini-championnat à 36 clubs destiné à garantir plus de matches, et donc plus de revenus, aux grands clubs.

En attendant, les prises de positions anti-Superligue se sont multipliées dimanche, du patron de la Ligue allemande Christian Seifert à celui de la Ligue espagnole Javier Tebas, en passant par la Fédération anglaise et la puissante Premier League.

Du côté des fans, le réseau Football Supporters Europe (FSE) s’est dit “pleinement opposé au projet visant à créer une Superligue sécessionniste”, alléguant qu’un tel tournoi fermé serait “le dernier clou dans le cercueil du football européen” en sapant ses fondements historiques, comme le mérite sportif comme voie d’accès aux compétitions continentales.

Symbole de l’importance du dossier, l’Elysée a pris la parole pour fustiger un projet “menaçant le principe de solidarité et le mérite sportif”.

“L’Etat francais appuiera toutes les démarches (…) pour protéger l’intégrité des compétitions fédérales qu’elles soient nationales ou européennes”, a indiqué la présidence française à l’AFP.

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