Super Ligue: en plein schisme, le foot européen réunit ses Etats généraux

Le président de la Fifa, Gianni Infantino, à Rabat, le 12 mars 2021
/ © 2021 AFP

Branle-bas de combat dans le football européen: face à la menace de la Super Ligue, nouvelle compétition privée vouée à concurrencer la Ligue des champions, l’UEFA réunit mardi son congrès, espérant l’appui du président de la Fifa Gianni Infantino face aux grands clubs dissidents.

A Montreux (Suisse), les représentants des 55 associations membres de l’instance européenne du football tenteront, ensemble, de se remettre du choc inattendu qu’elles ont encaissé lundi en apprenant la scission de douze clubs majeurs, dont Liverpool, le Real Madrid et la Juventus Turin en vue de créer au plus vite leur “Super Ligue”, lucrative épreuve quasiment fermée aux autres clubs du Vieux continent.

L’uppercut sera peut-être moins brutal pour l’instance organisatrice de la Ligue des champions si le patron du foot mondial, Gianni Infantino, se positionne enfin fermement contre ce projet honni des supporters et critiqué lundi par de nombreuses gloires du football d’hier et d’aujourd’hui.

Le dirigeant est attendu au pupitre peu après 10h00, en ouverture d’un congrès ordinaire de l’UEFA dont les points à l’ordre du jour sont totalement effacés devant l’actualité brûlante.

Les hostilités sont ouvertes depuis lundi entre l’UEFA, son président Aleksander Ceferin, et les douze clubs fondateurs de la Super League, qualifiés par le Slovène de “serpents” guidés “par l’avidité”, qu’il veut désormais bannir de toute compétition nationale et internationale, tout comme leurs joueurs.

Infantino, de son côté, ne s’est pas exprimé depuis le début de la semaine, la Fifa se contentant d’indiquer qu’elle ne pouvait “que désapprouver une Ligue européenne fermée et dissidente”.

Représailles

Les fondateurs de la Super Liguesix clubs anglais, trois espagnols et trois italiensont, de leur côté, déjà prévenu l’UEFA et la Fifa qu’ils avaient lancé préventivement des procédures judiciaires pour garantir la naissance de leur projet. Celui-ci doit “concurrencer” et “exister aux côtés” de la Ligue des champions selon leurs mots dans une lettre consultée par l’AFP.

Pour l’UEFA, une telle compétition est inconcevable: elle a au contraire adopté lundi une réforme de sa C1 à l’horizon 2024, censée d’ailleurs contenter l’appétit financier des plus gros clubs en proposant plus de matches et un nouveau format de “mini-championnat” lors de la phase de groupes.

Les représailles envers les frondeurs peuvent-elles aller plus loin ? Qu’adviendra-t-il des demi-finales de la Ligue des champions, dont les matches aller fin avril (Real-Chelsea et PSG-Manchester City) concernent trois des clubs mutins ?

“Ces clubs doivent être exclus et je m’attends à ce que cela arrive vendredi” lors d’une nouvelle réunion du Comité exécutif de l’UEFA, a dit le patron de la fédération danoise Jesper Moller, membre de cet organe.

Même la monarchie britannique s’est mêlée aux critiques ! Le prince William, président honorifique de la Fédération anglaise de football, a déclaré “partager les inquiétudes des supporters concernant (ce) projet et les dommages qu’il risque de causer”.

Les frondeurs en quête de profit

Mais cela ne semble pas perturber les frondeurs. En lançant leur compétition “dès que possible”, sans donner de date, les rebelles prétendent instaurer une ligue quasi fermée comparable aux championnats nord-américains de basket (NBA) ou de football américain (NFL).

S’ils n’ont pas réussi à séduire les clubs français et allemands pour le moment, les clubs fondateurs ne désespèrent pas et tablent sur la présence de deux clubs français “au minimum” chaque saison, selon une source proche de ces écuries.

“Je ne pense pas que la Super Ligue résoudra les problèmes”, a rétorqué le patron du club champion d’Europe, le Bayern Munich, Karl-Heinz Rummenigge, confirmant que son club n’était pas associé au projet.

La Super Ligue prévoit une saison régulière opposant 20 clubs, puis des play-offs, avec quinze membres de droit (les 12 “clubs fondateurs” et trois autres à déterminer) et cinq autres équipes choisies “sur leur performance de la saison précédente”.

La nouvelle compétition, selon ses promoteurs, est vouée à “générer des ressources supplémentaires pour toute la pyramide du football”. Les clubs fondateurs recevront “un versement en une fois de l’ordre de 3,5 milliards d’euros”.

La banque américaine JPMorgan a confirmé lundi qu’elle allait financer le projet, qui inclura aussi une Super Ligue féminine.

Les marchés financiers ne s’y sont pas trompés: l’action de la Juventus a par exemple clos en forte hausse lundi (+17%).