Steven Gerrard, entraîneur dans la cour des champions

Le manager des Rangers Steven Gerrard avec les supporters fêtant le titre de champion de leur club aux abords d’Ibrox Park, le 7 mars 2021
Par Olivier LEVRAULT / © 2021 AFP

Idole des “Reds” et désormais chouchou des “Gers”: Steven Gerrard a remis les Glasgow Rangers sur le toit de l’Ecosse, posant un premier jalon d’entraîneur à succès en attendant de se voir confier un jour les rênes de Liverpool.

Le titre de champion d’Ecosse n’est pas le plus prestigieux de la riche carrière de l’ancien milieu international anglais, 41 ans en mai, mais l’un des plus symboliques pour un joueur sacré champion d’Europe en 2005 mais jamais champion d’Angleterre.

Gerrard offre aux Rangers leur 55e titre national, le premier depuis celui de 2011 qui avait précédé la liquidation judiciaire et la rétrogradation en 4e division en 2012. Il achève la reconstruction du club le plus titré d’Ecosse.

L’ancienne star de Liverpool s’offre quant à lui une première: il avait échoué à remporter la Premier League de 1998 à 2015, avant de prendre sa retraite à l’issue d’une année aux Los Angeles Galaxy.

Ce sacre en championnat est aussi une revanche sur l’un de ses plus gros échecs, le 27 avril 2014: face à Chelsea, alors en position de défenseur, Gerrard glisse et laisse Demba Ba filer au but, anéantissant le rêve d’un premier sacre en Premier League pour Liverpool depuis 1990.

Cinq ans après le départ de l’idole, les Reds ont enfin renoué avec le titre, en 2020, avec Jürgen Klopp aux manettes. Voir “son” club être sacré sans lui l’a sans doute rappelé à ce souvenir traumatisant… tout en soulageant le supporter qu’il restera à jamais.

“Un patron”

A jamais, et depuis toujours. Né à Whiston, le 30 mai 1980, Gerrard marque ses premiers buts dans cette banlieue de Liverpool avant d’intégrer le centre de formation des Reds qui viennent alors de remporter sept titres entre 1980 et 1990.

Il a neuf ans en 1989 quand survient la catastrophe de Hillsborough, à Sheffield, où 96 supporters de Liverpool meurent dans un mouvement de foule. La plus jeune des victimes, Jon-Paul Gilhooley, dix ans, est son cousin.

Jeune garçon aux longues jambes, un peu chétif pour certains, il grandit dans les équipes de jeunes jusqu’à taper dans l’oeil de Gérard Houllier en novembre 1998.

L’entraîneur français du mythique Liverpool FC, mort à 73 ans en décembre 2020, racontait ainsi la découverte de sa pépite lors d’un entraînement des moins de 19 ans: “Je vois au milieu de terrain un jeune qui allait d’une surface à l’autre, il criait sur tout le monde, il était comme un leader, comme un patron”.

Gerrard n’a pourtant que 17 ans et donne “un coup de main” dans la classe supérieure. “J’ai dit à +Stevie+ à la fin du match: demain tu viens t’entraîner en pro”. C’est le début d’une histoire écrite en rouge sur les bords de la Mersey, avec les numéros 28, 17, puis 8 sur le dos.

“Né pour ça”

Avec Jamie Carragher et Robbie Fowler, autres “Scousers” emblématiques, Michael Owen ou encore Emile Heskey, Gerrard redonne foi aux supporters de Liverpool et leur offre un quintuplé en 2001: Coupe de l’UEFA, Coupe d’Angleterre, Coupe de la Ligue, Supercoupe d’Europe et Charity Shield.

Mais c’est quatre ans après que Gerrard, déjà buteur en finale de l’UEFA 2001, va replacer Liverpool sur le vrai toit de l’Europe et faire entrer le 25 mai 2005 dans la grande histoire du foot.

Menés 3-0 à la mi-temps par le grand AC Milan, Liverpool va ressusciter. Porté par son capitaine, buteur de la tête, et par 45.000 supporters qui ont fait le déplacement en Turquie, Liverpool va revenir à 3-3 et vaincre aux tirs au but, donnant naissance au “miracle d’Istanbul”.

Plus que les trophées ou les défaites, plus que ses 114 sélections avec l’Angleterre, Gerrard laissera en héritage son style spectaculaire tout en grandes enjambées, tacles rageurs, transversales millimétrées et buts somptueux, souvent des frappes lointaines surpuissantes. Sa détermination aussi, dans son regard et son sourire de gamin à chaque but marqué, qu’il préserve comme entraîneur.

Le tout avec, en bande-son, le public d’Anfield et son hymne “You’ll never walk alone”, destiné à suivre à jamais ses idoles, même quand elles se sont éloignées.

“Je n’ai jamais joué pour la gloire. J’ai été élevé dans un environnement qui m’a préparé à subir la pression de jouer pour Liverpool, pour mon peuple. J’étais né pour ça”, expliquera-t-il.

Né pour jouer à Liverpool… et, maintenant qu’il est entraîneur, y revenir un jour comme manager ? “Est-ce un rêve ? Bien sûr !”, a-t-il lancé fin décembre au site The Athletic. “C’est un club qui représente tout pour moi.”