RETOUR SUR France-Ukraine 2013, quatre jours pour renverser l’histoire

Les Bleus fêtent leur victoire sur les Ukrainiens en barrages du Mondial-2014, au Stade de France, le 19 novembre 2013
Par Jérémy TALBOT et Antoine MAIGNAN / © 2021 AFP

Ce fut un acte fondateur pour Didier Deschamps et les futurs champions du monde: battus et perdus le 15 novembre 2013 à Kiev (0-2), les Bleus ont “cherché au plus profond” d’eux-mêmes pour renverser l’Ukraine (3-0) quatre jours plus tard en barrages du Mondial-2014.

Quatre mois après un match amical survolé contre les Ukrainiens en octobre (7-1) et à l’heure de retrouver la “Sbirna” mercredi (20h45) pour lancer les qualifications au Mondial-2022, l’équipe de France et son staff auront une pensée pour cette double confrontation historique qui a fait vaciller le sélectionneur, avant de renforcer sa crédibilité.

“Le match retour, ce n’est pas comme une finale, c’est +ça passe ou ça casse+. Si ça ne passe pas, je ne suis certainement pas là en train de vous en parler”, raconte à l’AFP le fidèle adjoint Guy Stéphan, N.2 de “DD” depuis sa prise de fonction en 2012.

Noël Le Graët ne disait pas autre chose le 10 décembre 2019 au moment de prolonger Deschamps. Le tandem avec le Basque “n’aurait pas duré très longtemps” en cas d’échec contre l’Ukraine, “un tournant dans notre histoire”, avouait à l’AFP le président de la Fédération.

Stéphan évoque lui une “épreuve” éprouvante, quatre jours d’intense cogitation où “il a fallu aller chercher au plus profond de nous-mêmes les ressorts nécessaires afin que les joueurs soient au top au match retour”.

Debbouze et l’esprit d’équipe

A posteriori, de nombreux acteurs assurent n’avoir jamais douté du renversement à venir, même si aucune équipe n’avait réussi jusqu’alors à remonter un tel handicap en barrages.

Le défenseur Mamadou Sakho, héros du 3-0, racontera ainsi l’avoir “senti” juste après l’aller. “J’avais une faim, une rage inexplicable” et “chaque jour qui passait entre les deux matches, c’était une certitude qu’on allait se qualifier”, avait-il exposé en zone mixte.

L’exploit a pris forme après plusieurs discours, à commencer par celui du sélectionneur au lendemain de la déroute à Kiev.

Sa tonalité? “Dire qu’on ne pouvait pas être aussi mauvais qu’on l’avait été, qu’on avait des ressources et qu’un écart de 2-0 était toujours possible à combler”, résume Stéphan.

Le dimanche, Le Graët en a remis une couche à Clairefontaine: “vous dites que vous vivez bien ensemble, OK, mais je veux voir ça sur le terrain”, a-t-il dit en substance aux joueurs, selon l’entraîneur adjoint.

Le patron de la FFF a aussi rappelé “qu’il y a une Coupe du monde qui se joue, et pas n’importe où, au Brésil”.

Pour le reste, le quotidien des Bleus s’est déroulé entre entraînements et moments de détente, comme lorsqu’ils ont visionné “La Marche”, un film avec Jamel Debbouze “basé sur l’esprit d’équipe et la cohésion”, d’après l’adjoint de Deschamps.

“Surprendre les joueurs”

Le staff s’est appliqué à trouver la bonne formule pour le retour, optant pour une reconfiguration tactique (passage au 4-3-3 avec Yohan Cabaye en sentinelle) et un changement d’hommes: exit Eric Abidal, Laurent Koscielny (suspendu), Samir Nasri et Olivier Giroud, place à Cabaye, Mamadou Sakho, Mathieu Valbuena et Karim Benzema, titularisé après trois matches débutés sur le banc.

Cette composition d’équipe, Deschamps la dévoile à ses joueurs le matin du match, et non en fin d’après-midi comme habituellement.

“C’est bien de surprendre les joueurs, ça fait partie des qualités d’un entraîneur”, commente Stéphan. “C’est une manière aussi pour les joueurs de davantage se préparer”. Au coup d’envoi, “il y avait onze guerriers sur le terrain”.

Le sélectionneur insiste dans ses deux causeries d’avant-match sur le moment historique que les Bleus peuvent faire vivre à leur famille, au Stade de France et au pays.

“Ce sont des mots qui font appel à un ressenti très fort, sur le fait que c’est un match qui va compter dans leur carrière, que leurs proches sont là en tribune, qu’il y a une attente considérable”, se souvient Stéphan.

Appuyer sur la fibre émotionnelle, n’était-ce pas trop risqué? “La preuve que non, ça a marché!” rigole l’entraîneur adjoint des champions du monde. Seul le résultat compte. Du Deschamps tout craché.