Le sĂ©lectionneur de l’Italie, Roberto Mancini, lors du match de qualification Ă  l’Euro-2020 face Ă  la Grèce, Ă  Rome, le 12 octobre 2019
Par Stanislas TOUCHOT / © 2019 AFP

Comme un vieil ami brièvement perdu de vue mais que l’on retrouve comme si rien ou presque ne s’Ă©tait passĂ©, l’Italie sera au rendez-vous de l’Euro l’Ă©tĂ© prochain, grâce au travail de Roberto Mancini, qui a reconstruit vite et bien après la dĂ©sastreuse Ă©limination en barrages d’accession au Mondial-2018.

En novembre 2017, après un dĂ©solant match nul 0-0 face Ă  la Suède Ă  Milan, l’Italie du football se rĂ©veille avec la gueule de bois du siècle. Pour la première fois depuis 1958, une Coupe du Monde se jouera sans elle et ses quatre titres planĂ©taires.

Tout le monde alors a son avis sur les responsables de cette “apocalypse”. Les premiers visĂ©s sont le sĂ©lectionneur Gian Piero Ventura, totalement perdu, et son football d’un autre siècle.

Mais les accusĂ©s sont nombreux, des coaches italiens trop dĂ©fensifs, aux joueurs Ă©trangers trop nombreux en Serie A en passant par les nouveaux terrains trop parfaits sur lesquels les petits Italiens jouent au foot au lieu d’apprendre Ă  gĂ©rer les faux rebonds de la rue ou des terrains paroissiaux d’antan.

Au bout du compte, il a suffi de deux ans et d’un coach aux idĂ©es claires pour rĂ©aliser qu’il s’agissait tout bĂŞtement d’un accident de parcours et que l’Italie savait toujours jouer au ballon.

Les Azzurri seront donc Ă  l’Euro et le grand mĂ©rite de ces qualifications joliment menĂ©es (7 victoires en 7 matches) revient bien sĂ»r Ă  Roberto Mancini. Les candidats Ă  la succession de Ventura ne se bousculaient pas et lui s’est attelĂ© Ă  la tâche avec enthousiasme et a rĂ©ussi un sans-faute.

La carte jeunes

Impeccable en qualifications, l’Italie de Mancini n’a finalement perdu que deux matches en 17 mois, contre les champions d’Europe portugais et, en juin 2018, contre la France, sacrĂ©e championne du monde quelques semaines plus tard.

En s’appuyant sur quelques cadres irrĂ©prochables comme Bonucci, Chiellini, Jorginho ou Verratti, enfin Ă©panoui en sĂ©lection, Mancini a redonnĂ© de la confiance et du style Ă  la Nazionale: pressing haut, jeu vertical et redoublements de passes autour des habiles Verratti et Jorginho.

Surtout, Mancini a montrĂ© Ă  l’Italie qu’elle avait des jeunes de talent et donc de l’avenir. Ces promesses, Mancini a Ă©tĂ© les chercher, puisque les clubs, traditionnellement frileux dans ce domaine, ne les lançaient pas.

Le symbole de cette politique aura Ă©tĂ© Zaniolo, convoquĂ© en septembre 2018 alors qu’il n’avait encore jamais jouĂ© en Serie A. Après le milieu offensif de l’AS Rome (20 ans), Mancini a lancĂ© ou dĂ©finitivement installĂ© Kean (19 ans), Chiesa (21 ans) ou Barella (22 ans). Et bientĂ´t viendront Tonali (19 ans), Orsolini (22 ans), Bastoni (20 ans), Castrovilli (22 ans) ou Pinamonti (20 ans).

“Ce qui comptait, c’est de mieux connaĂ®tre les joueurs. Je me suis concentrĂ© sur leur intĂ©gration”, a expliquĂ© Mancini cette semaine.

Pas de champions

“DĂ©jĂ  en Ligue des Nations, nous avons jouĂ© un football diffĂ©rent, en nous amĂ©liorant de match en match. Le mĂ©rite en revient aux joueurs, ils ont Ă©tĂ© bons”, a ajoutĂ© l’ancien coach de l’Inter Milan ou de Manchester City.

Bons, mais pas très bons, et c’est peut-ĂŞtre lĂ  la limite de cette Italie du redressement. Mancini a trouvĂ© des joueurs et les a mis sur le bon chemin, celui de la qualification pour l’Euro, conquise sans difficultĂ©.

Mais il risque dĂ©sormais de lui manquer les champions, ceux qui font gagner les grands tournois, ce qui est pourtant l’objectif annoncĂ© du sĂ©lectionneur.

Or, mĂŞme si Mancini a jugĂ© samedi que sa formation n’Ă©tait “pas très loin des meilleures Ă©quipes europĂ©ennes”, l’Italie n’a pas de Griezmann, de MbappĂ©, de Ronaldo, de Modric, de Kane ou de De Jong.

Au poste d’avant-centre notamment, les possibilitĂ©s sont limitĂ©es avec Belotti ou Immobile voire, s’il se rĂ©veille, Balotelli. Mais son statut actuel, avant-centre de Brescia, rappelle tout de mĂŞme clairement ses limites.

Peu importe pour l’instant, car l’Italie a un peu de temps devant elle et a retrouvĂ© sa fiertĂ© et la voie Ă  suivre. En rejoignant l’Euro, elle a surtout retrouvĂ© sa place.