Les Français, Antoine Griezmann et Olivier Giroud en tête, peaufinent les réglages au Stade de France, le 13 octobre 2019, à la veille du match contre la Turquie
Par Antoine MAIGNAN, Jeremy TALBOT / © 2019 AFP

L’atmosphère sera Ă©lectrique lundi (20h45) Ă  Saint-Denis pour le choc France-Turquie, avec un billet pour l’Euro-2020 Ă  composter et une revanche Ă  prendre pour les Bleus, dans un stade chauffĂ© par les supporters turcs et un contexte diplomatique tendu.

Sur le terrain, le duel s’annonce intense entre deux nations proches de la qualification Ă  l’Euro-2020. La France aura son billet en poche si elle gagne lundi, avant mĂŞme les deux dernières journĂ©es, mais aussi en cas de match nul voire de dĂ©faite si ses poursuivants calent.

Mais les chaudes retrouvailles entre les deux coleaders du groupe H, quatre mois après que les Français ont sombrĂ© dans la fureur de Konya (dĂ©faite 2-0), seront teintĂ©es d’une lourde touche politique.

De fortes tensions diplomatiques sont en effet apparues depuis le dĂ©clenchement mercredi par le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan d’une offensive contre les Kurdes de Syrie, vertement condamnĂ©e par les gouvernements de très nombreux pays, dont la France.

Samedi, le gouvernement français a annoncĂ© suspendre ses ventes d’armes Ă  Ankara, dĂ©nonçant “l’offensive unilatĂ©rale” des forces turques qui “remet en cause les efforts sĂ©curitaires et de stabilisation de la coalition globale contre Daech (acronyme en arabe du groupe Etat islamique, ndlr)”.

Pourparlers en tribune?

Au Stade de France, lundi, le ministre turc de la Jeunesse et des Sports ainsi que l’ambassadeur, qui a Ă©tĂ© convoquĂ© jeudi dernier au Quai d’Orsay, seront en tribune officielle. La prĂ©sence de Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Ă©trangères, n’est pas confirmĂ©e.

C’est dans ce contexte qu’une marĂ©e de supporters turcs est attendue Ă  Saint-Denis. Ils seront 3.800 dans le parcage visiteurs dont tous les billets ont Ă©tĂ© vendus, selon la FĂ©dĂ©ration française, et certainement beaucoup plus ailleurs, parmi les 78.000 spectateurs annoncĂ©s au total.

“Cela va ĂŞtre un match compliquĂ© dans un stade qui sera assez partagĂ© entre les Français et les Turcs”, relève Steve Mandanda, le gardien de l’OM, titulaire vendredi en Islande (1-0) et très certainement lundi.

Le souvenir du dernier France-Turquie, en 2009 Ă  Lyon, a par ailleurs incitĂ© la prĂ©fecture de police de Paris Ă  Ă©tablir un “dispositif de sĂ©curisation gĂ©nĂ©rale pour prĂ©venir les troubles Ă  l’ordre public avant, pendant et après la rencontre”. Les effectifs policiers seront renforcĂ©s pour ce match classĂ© Ă  risque par l’Etat.

Il y a dix ans, les supporters visiteurs avaient perturbĂ© la rencontre amicale gagnĂ©e par l’Ă©quipe de Karim Benzema (1-0), interrompue quelques minutes après des jets de projectiles et de fumigènes sur la pelouse du stade Gerland.

Gagner “par fiertĂ©”

Lundi, le choc au sommet du groupe H promet en tout cas d’ĂŞtre engagĂ©, après la gifle subie en juin par les champions du monde Ă  Konya.

“Pour remettre les pendules Ă  l’heure, on a envie de gagner ce match. Par fiertĂ© aussi parce qu’on s’est fait manger lĂ -bas. On se doit devant notre public et avec l’enjeu que l’on connaĂ®t, de faire un gros match”, a lancĂ© Olivier Giroud dès vendredi depuis Reykjavik.

L’Ă©quipe devra “montrer un autre visage” pour effacer le souvenir du match aller, ont poursuivi Ă  l’unisson Mandanda et ClĂ©ment Lenglet, pourtant pas mobilisĂ©s en Turquie.

“Il y aura un esprit de revanche, mais le plus important c’est de travailler sur nous-mĂŞmes, on sait qu’on a un bon groupe”, a temporisĂ© Corentin Tolisso.

Pour bâtir son onze de titulaires, Didier Deschamps examinera l’Ă©tat de forme de ceux qui ont jouĂ© en Islande, Ă  commencer par celui de Giroud dont la capacitĂ© Ă  enchaĂ®ner deux matches interroge, alors qu’il ne joue quasiment plus en club.

Le sĂ©lectionneur pourrait Ă©galement relancer N’Golo KantĂ© et Lucas Hernandez. Le milieu de Chelsea a jetĂ© l’Ă©ponge juste avant le coup d’envoi en Islande, gĂŞnĂ© Ă  une cuisse. Le dĂ©fenseur a Ă©tĂ© mĂ©nagĂ© après la passe d’armes entre la FĂ©dĂ©ration et son club, le Bayern Munich, “irritĂ©” par sa convocation en dĂ©pit d’un genou rĂ©calcitrant.

“J’ai considĂ©rĂ© qu’il n’Ă©tait pas dans les meilleures dispositions psychologiques pour un match oĂą il y aurait beaucoup de duels”, a dĂ©voilĂ© Deschamps après la victoire en Islande.

Contre la Turquie, avec ou sans le “guerrier” Hernandez, il faudra quoi qu’il arrive avoir les nerfs solides.