Qatar: Coupe arabe réussie, Coupe du monde un tout autre défi

Le Sheikh du Qatar Tamim bin Hamad al-Thani (centre) et le président de la FIFA Gianni Infantino (droite) présentent le trophée de la Coupe arabe au gardien de but et capitaine de l’Algérie Rais M’Bolhi, au stade Al-Bayt à Al-Khor le 18 décembre 2021.
Par Joseph ABI CHAHINE / © 2021 AFP

Une répétition grandeur miniature: le Qatar a réussi sa Coupe arabe de football, testant ses infrastructures et capacités d’accueil à un an de la Coupe du monde, avec un bilan jugé globalement positif. Mais le Mondial sera un tout autre défi.

Le petit émirat gazier du Golfe avait créé la stupeur en 2010 en remportant l’organisation de l’un des plus grands événements sportifs au monde, beaucoup doutant de ses capacités à accueillir et divertir les 1,2 million de fans attendus.

Avec la participation de seize équipes jouant dans six de ses huit stades du Mondial, la richissime cité-Etat a reçu environ 530.000 spectateurs jusqu’à la finale, remportée par l’Algérie.

Jassim Al-Jassim, vice-président des opérations au sein du comité d’organisation, a assuré que son pays allait “tenir compte des leçons apprises pour organiser la meilleure Coupe du monde”.

A un an du Mondial-2022, les rues de la capitale Doha ressemblent à un gigantesque chantier, avec d’interminables embouteillages, les autorités installant un réseau de drainage pour l’événement qui se tiendra en hiver.

La plupart des stades ont été inaugurés mais des doutes demeurent sur les capacités d’accueil des hôtels ainsi que sur l’accès à l’alcool pour les fans, dans ce pays musulman très conservateur de près de 2,7 millions d’habitants.

Les équipes participantes ont été globalement dithyrambiques, à l’instar du sélectionneur de la sélection algérienne, Madjid Bougherra.

“Améliorer la communication”

“Franchement tout est parfait, ce n’est pas pour lancer des fleurs à qui que ce soit. Les stades sont magnifiques, les terrains sont magnifiques”, a-t-il déclaré à l’AFP lors d’une conférence de presse.

“Peut-être le petit bémol, c’est qu’on était dans le même hôtel avec tout le monde, mais lors de la Coupe du monde ça sera différent”, a-t-il espéré.

Même satisfaction pour le sélectionneur portugais de l’Egypte, Carlos Queiroz, qui évoque des “conditions exceptionnelles”.

“Il y a deux ou trois choses qu’il est important d’améliorer, l’une d’entre elles est la communication” avec les organisateurs, a-t-il néanmoins souligné à l’AFP lors d’une conférence de presse.

“S’il y a un conseil que je donnerais, c’est de parler, parce que plus on se parle, plus grande est l’harmonie entre les besoins sur et à l’extérieur du terrain”, a-t-il expliqué.

Daniel Reyche, chercheur en politique du sport à l’université Georgetown du Qatar, s’est dit lui aussi “impressionné” mais prévient que le Mondial-2022 sera une tout autre affaire, en particulier pour l’accueil de fans étrangers.

“Dans l’ensemble, je pense que le test s’est bien déroulé, mais il est difficile de comparer la Coupe arabe et la Coupe du monde puisque la plupart des spectateurs venaient cette fois-ci de l’intérieur du pays alors que l’année prochaine ils viendront de l’extérieur”, a-t-il souligné à l’AFP.

“Les gens doivent être libres”

Les fans qui viendront du monde entier devront faire avec des mœurs conservatrices locales auxquelles ils ne sont pas habitués, dans un pays où il est interdit d’être ivre en public ou d’avoir des relations homosexuelles.

Depuis qu’il a obtenu les droits d’organiser le Mondial, le Qatar est régulièrement accusé de violations des droits humains, notamment des travailleurs immigrés ou des minorités sexuelles.

Mais la Fifa se veut rassurante. “Il y a des problèmes et c’est le cas partout dans le monde. Tout n’est pas parfait non plus dans notre monde occidental, donc nous devons pousser pour le progrès”, a déclaré son président Gianni Infantino.

“Nous devons soutenir ceux qui veulent vraiment faire des progrès et reconnaître que cela prend du temps”, a-t-il ajouté à Doha.

La secrétaire générale de la Fifa a été plus explicite. “Notre responsabilité, c’est que chacun de nos tournois soit inclusif”, a fait valoir Fatma Samoura. Selon elle, “le président a été très clair, les gens doivent être libres d’arborer tout type de drapeau qu’ils veulent, sans être ciblés ou discriminés, y compris le drapeau arc-en-ciel”, symbole de la communauté LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenre).