PSG: sur les traces de Sergio Ramos, l’enfant de Séville devenu légende du football

L’entraîneur Eloy Angulo (à droite), premier formateur de Sergio Ramos, s’occupe des jeunes du quartier de Camas, d’où est originaire le nouveau défenseur du PSG, le 28 mai 2021 à Séville
Par Álvaro VILLALOBOS / © 2021 AFP

Loin du prestige du Real Madrid, son club de coeur, et du Paris SG, sa nouvelle destination, les débuts de Sergio Ramos ont été modestes, sur le vieux terrain pelé de son village andalou dont il ne reste aujourd’hui que poussière et mauvaises herbes.

“A trois ou quatre ans déjà, il s’amusait à taper dans la balle à l’extérieur du stade de foot” de Camas, localité en banlieue de Séville où est né Ramos le 30 mars 1986, se souvient pour l’AFP l’ex-président du club local Juan Luis Angulo.

De cette pelouse, il ne reste qu’un terrain vague couvert de plantes sauvages. Mais c’est là qu’Eloy Angulo, cousin de Juan Luis, a entraîné Sergio Ramos à partir de ses six ans, pour finir par s’attacher à ce gamin qu’il nomme tout ému, encore aujourd’hui, près de trente ans plus tard, “son Sergio”.

Eloy a formé Ramos durant ses six premières années à Camas, puis à la marge, quand Ramos a intégré le centre de formation du Séville FC, à douze ans.

Blondinet, coupe au bol

A 14-15 ans, son éducateur le faisait courir en pleine nature, sur des mottes de terre et des sentiers accidentés, “pour qu’il gagne en force”. Il lui faisait faire des exercices divers pour le faire progresser en technique individuelle, et pour préparer le Ramos adolescent, encore arrière droit, au poste de défenseur central, un rôle qu’Eloy Angulo “était sûr” qu’il adopterait un jour.

“Je lui avais interdit de faire de longue passes, parce qu’il pouvait les rater. Je lui disais: +Tu es jeune, donc assure tes passes, et tu pourras jouer le dimanche suivant. Et quand tu auras de l’argent, là tu pourras commencer à faire de longues passes”, se rappelle tout sourire cet amoureux de football, qui continuer d’encadrer des jeunes à 65 ans.

Dans le salon de sa maison, comme un trésor, celui qui fut président du club de Camas dans les années 1990 brandit la licence 1995-1996 d’un petit blondinet à la coupe au bol qui évoluait en poussins (8-9 ans).

Depuis, les années ont passé et le palmarès du joueur est devenu impressionnant: une Coupe du monde (2010) et deux Euros (2008, 2012), quatre Ligues des champions avec le Real (2014, 2016, 2017, 2018), cinq championnats d’Espagne (2007, 2008, 2012, 2017, 2020)… et une place dans les débats pour le titre de meilleur défenseur central de l’histoire, même si un Franz Beckenbauer ou un Franco Baresi semblent difficiles à détrôner.

Eloy a cependant un seul regret: celui d’avoir perdu contact avec son protégé, qui cumule 44 millions de “followers” sur Instagram.

Les parents du joueur, José Maria et Paqui, vivent eux aussi à Madrid, tout comme leur autre fils René, l’agent de Sergio Ramos. Même sa soeur Mirian, influenceuse sur les réseaux sociaux, ne vit plus au village natal.

“On dirait que c’est Dieu”

On voit donc peu la famille Ramos à Camas. Plus souvent au haras de chevaux qu’elle possède près de là, à Bollullos de la Mitacion, où Sergio aime aller en famille ou entre amis. Mais “quand il vient à Camas, on dirait que c’est Dieu qui descend sur terre, les gens s’agglutinent pour le voir”, assure Juan Luis Angulo.

De l’autre côté du Guadalquivir, le fleuve qui longe Séville, c’est dans les rangs du centre de formation du Séville FC que Sergio Ramos a été façonné, entre la fin des années 1990 et son arrivée au Real Madrid à l’été 2005, en passant par ses premiers pas en D1 espagnole, en 2004.

Pablo Blanco, directeur du centre de formation du Séville FC, se souvient bien de la première fois qu’il a vu jouer Sergio Ramos.

“Sergio était un blondinet pas très grand mais costaud, guilleret, avec des yeux très vifs. On avait organisé un match d’essai” avec d’autres garçons, et Sergio “avait plu, il avait montré de la personnalité et était très à l’aise”, se remémore Blanco pour l’AFP.

“Blagueur et joyeux” dans le vestiaire, il devenait très sérieux sur le terrain. Une qualité qui lui a fait assimiler vite la discipline de la maison. “Il était loin d’être timide, il croyait en ses qualités, en son style”, pointe Blanco.

A 19 ans, si Ramos et sa longue chevelure blonde sont partis pour le Real en échange de 27 millions d’euros, ce n’est pas seulement du fait de l’ambition du jeune homme: Séville traversait alors un moment difficile sur le plan économique et avait besoin de liquidités, avant de gagner, un an plus tard, son premier titre en Ligue Europa (2006).

Une séparation brusque, soudaine, qui n’a pas complètement brisé sa relation avec le club… même quand nombre de supporters grimaçaient, au stade Ramos Sanchez-Pizjuan, en le voyant célébrer sans retenue les buts marqués contre son ancienne équipe.

“Les gens se disaient: +On l’a formé ici, il est d’ici, de Séville, il est ami avec Jesus Navas, Antonio Puerta, on l’a encouragé avec la sélection espagnole… donc pourquoi fait-il ces geste ?+, explique Pablo Blanco.

Sergio Ramos, un illustre héritier du “Sévillisme”, mais pas un fils prodigue, nuance Blanco. Pourquoi ? “Car il n’est pas revenu”. Et qu’il restera à jamais un joueur emblématique du Real Madrid.