“Pourquoi pas nous?”: le Zimbabwe et Tino Kadewere rêvent d’être l’Ajax de la CAN-2019

L’attaquant zimbabwéen du Havre, Tino Kadewere (g), à la lutte avec le défenseur sénégalais de Valenciennes, Saliou Ciss, lors du match de Ligue 2 à Valenciennes, le 10 mai 2019
Par Alexis HONTANG / © 2019 AFP

Le Zimbabwe va connaître les honneurs de défier l’Egypte, vendredi au Caire, lors du match d’ouverture de la CAN-2019. Mais l’attaquant du Havre Tino Kadewere voit plus loin: inspirés par le parcours de l’Ajax Amsterdam en Ligue des champions, ses Warriors veulent “écrire l’histoire” du continent.

Q: Qu’est-ce que ça fait de jouer contre l’Egypte de Mohamed Salah (septuple championne d’Afrique, ndlr) lors du match d’ouverture ?

R: “C’est d’abord un honneur de disputer la CAN. Jouer contre le pays hôte lors du match inaugural, face au meilleur joueur africain qui est l’un des meilleurs du monde, ça l’est encore plus. Ça ne sera pas facile, mais nous allons en Egypte pour faire notre devoir et représenter notre pays. Ils ont un grand avantage en jouant à domicile, mais pour moi c’est équilibré. Nous avons une bonne équipe aussi. Nous voulons écrire l’histoire.”

Q: Vous étiez de l’équipe qui a terminé dernière de sa poule en 2017. Le Zimbabwe est-il plus fort aujourd’hui ?

R: “Nous ne sommes ni plus forts, ni moins forts. Nous avons une équipe plus jeune. Une nouvelle génération est arrivée. Il ne reste que neuf joueurs qui étaient au Gabon. Nous jouons ensemble depuis un bon moment, et ça fonctionne bien. Nous avons gagné la Coupe Cosafa (qui réunit chaque année les sélections d’Afrique australe) en 2018.”

Q: Le tirage au sort (Egypte, RD Congo et Ouganda) a aussi été plus clément qu’en 2017 (Algérie, Tunisie, Sénégal)…

R: “Au Gabon, c’était très difficile. Il nous manquait aussi de l’expérience. Nous avons retenu les leçons. C’est une histoire différente aujourd’hui. Nous savons ce qu’il faut faire, le type de match que nous voulons jouer.”

Q: Quel sera votre objectif en Egypte ?

R: “Tout le monde au Zimbabwe veut nous voir passer en huitièmes! En trois participations, jamais le Zimbabwe n’est parvenu à se qualifier. Nous voulons écrire l’histoire, que les gens retiennent nos noms. Nous voulons que le Zimbabwe soit reconnu comme l’un des meilleurs pays africains. Pourquoi ne pas viser la finale ? Personne ne s’attendait à voir l’Ajax Amsterdam en demi-finales de la Ligue des champions, et ils ont presque été en finale. Pourquoi pas nous?”

Q: Comment décrivez-vous votre style de jeu ?

R: “Vous connaissez le foot africain! (rires) C’est différent. Nous sommes plutôt une équipe tournée vers l’attaque, avec des joueurs très jeunes, rapides, adroits. C’est comme ça qu’on gagne des matches, en marquant des buts, en jouant vers l’avant. Nous avons l’énergie pour le faire.”

Q: Où situez-vous le Zimbabwe, 109e nation Fifa, sur l’échelle du continent africain ?

R: “Nous essayons de rattraper les plus gros pays. Nous ne pouvons pas nous comparer à eux pour le moment. Ces dernières années ont été difficiles pour le football zimbabwéen. Ce genre de compétition est importante pour nous montrer. Je veux que les gens parlent de nous ces deux, trois prochaines années. Il y a eu des problèmes avec les mentalités, et l’économie aussi. Certains disent que le Zimbabwe n’est pas sérieux. Mais c’est lié à l’économie (le Zimbabwe traverse depuis des années une grave crise financière, ndlr). On ne peut pas tout gérer! Les terrains et les stades ne sont pas très bons actuellement, mais on essaie de les rénover. On essaie d’avancer.”

Q: Les problèmes liés à l’inflation (75% sur un an, en avril 2019) ont-ils eu un impact sur le football?

R: “Cela affecte tout le pays. Pas seulement le football, mais aussi le rugby, le cricket, le basketball. Il y a énormément de talent au pays. Mais c’est difficile de l’exposer dans les pays pauvres, les petits pays qui sont mal connus. Il faut travailler beaucoup plus. Mais les choses avancent. Le gouvernement a changé, et tout le monde veut que le Zimbabwe fasse quelque chose. C’est ce que je veux aussi. Parfois, les équipiers me +charrient+ en me disant qu’ils ne connaissaient pas mon pays. Je ne leur en veux pas. Nous devons nous faire un nom, et obtenir des résultats en Egypte. La Zambie a gagné la CAN en 2012. C’est possible.”

Propos recueillis par Alexis HONTANG.