Le milieu d’Arsenal Mesut Ozil lors du match contre Manchester City, en Premier League Ă  l’Emirates Stadium, le 15 dĂ©cembre 2019
Par Ludovic EHRET / © 2019 AFP

La Chine a accusĂ© lundi Mesut Ozil d’avoir Ă©tĂ© “trompĂ© par des fausses informations” et l’a encouragĂ© Ă  visiter le Xinjiang, après des commentaires polĂ©miques du footballeur allemand d’Arsenal sur cette rĂ©gion oĂą PĂ©kin est soupçonnĂ© d’avoir internĂ© un million de musulmans.

Le numéro 10 des Gunners avait violemment condamné vendredi sur les réseaux sociaux la politique chinoise de sécurité maximale au Xinjiang (nord-ouest), engagée en réponse à des attentats meurtriers commis contre des civils.

Dès samedi, Arsenal avait pris ses distances par rapport aux “opinions personnelles” de son joueur sur le traitement des musulmans de l’ethnie ouĂŻghoure, affirmant que le club a “toujours adhĂ©rĂ© au principe de ne pas s’impliquer dans la politique”.

Une position qui n’a pas empĂŞchĂ© la chaĂ®ne publique chinoise CCTV de dĂ©programmer dimanche la diffusion du match entre l’Ă©quipe londonienne et Manchester City, perdu par les Gunners (3-0). La plateforme de streaming PPTV a fait de mĂŞme.

L’affaire pourrait avoir des rĂ©percussions pour Arsenal sur le marchĂ© chinois, Ă  l’image de ce qui Ă©tait arrivĂ© Ă  la NBA en octobre après un tweet du manager gĂ©nĂ©ral des Houston Rockets en soutien aux manifestants pro-dĂ©mocratie Ă  Hong Kong.

Les OuĂŻghours constituent l’une des 56 ethnies recensĂ©es en Chine. Principalement musulmans, parlant pour la plupart une langue apparentĂ©e au turc, ils constituent un peu moins de la moitiĂ© des 25 millions de personnes vivant au Xinjiang.

Attentats meurtriers

La Chine a Ă©tĂ© frappĂ©e Ă  de nombreuses reprises par des attentats commis par des militants ouĂŻghours, notamment en 2014, lors d’attaques Ă  l’arme blanche en gare de Kunming dans le sud-ouest du pays (31 morts) et Ă  l’explosif contre un marchĂ© d’Urumqi (39 morts), la capitale du Xinjiang.

Des organisations de dĂ©fense des droits de l’homme, des chercheurs et Washington accusent PĂ©kin d’avoir internĂ© dans cette rĂ©gion jusqu’Ă  un million de musulmans, principalement ouĂŻghours, dans des camps de rĂ©Ă©ducation politique.

PĂ©kin dĂ©ment ce chiffre et parle de “centres de formation professionnelle”, destinĂ©s Ă  aider la population Ă  trouver un emploi et Ă  l’Ă©loigner de la tentation de l’extrĂ©misme religieux.

“Des Corans sont brĂ»lĂ©s… des mosquĂ©es dĂ©truites… les Ă©coles islamiques interdites… des intellectuels religieux tuĂ©s les uns après les autres… Des frères envoyĂ©s par la force dans des camps”, s’Ă©tait indignĂ© Mesut Ozil vendredi dans un message diffusĂ© en turc sur Twitter et Instagram.

L’Allemand d’origine turque avait Ă©galement affirmĂ© que “les femmes sont forcĂ©es d’Ă©pouser des hommes chinois”.

“Les musulmans restent silencieux. On n’entend pas leur voix”, avait ajoutĂ© le joueur d’Arsenal dans son message oĂą figure Ă  l’arrière-plan le drapeau de ce que les sĂ©paratistes ouĂŻghours appellent le “Turkestan oriental”.

“Qu’il se rende au Xinjiang”

L’AFP n’a pas fait Ă©tat au Xinjiang de Corans brĂ»lĂ©s, d’intellectuels religieux tuĂ©s, ni de femmes mariĂ©es de force, comme l’Ă©voque Ozil.

“Il semblerait qu’il ait Ă©tĂ© trompĂ© par des fausses informations”, a dĂ©clarĂ© lundi lors d’une confĂ©rence de presse rĂ©gulière Geng Shuang, un porte-parole du ministère chinois des Affaires Ă©trangères.

“Si M. Ozil en a l’occasion, nous serons heureux qu’il se rende au Xinjiang pour se rendre compte de la situation. Tant qu’il est animĂ© par le bon sens, qu’il parvient Ă  distinguer le bien du mal et respecte les principes d’objectivitĂ© et d’honnĂŞtetĂ©, il verra un autre Xinjiang”, a-t-il dit.

Les propos du joueur ont dĂ©clenchĂ© un tollĂ© en Chine, beaucoup d’internautes lui reprochant de reprendre Ă  son compte des informations non vĂ©rifiĂ©es ou encore de “soutenir le terrorisme” au Xinjiang.

Certains pointent aussi le deux poids deux mesures d’Ozil, un ami personnel du prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan, le footballeur n’ayant jamais condamnĂ© le traitement par Ankara de la minoritĂ© kurde en Turquie.

Plusieurs utilisateurs du réseau social chinois Weibo se sont ainsi réjouis de la défaite du club londonien contre Manchester City.

“Je suis fan d’Arsenal mais aujourd’hui c’est City que j’ai encouragĂ©”, a Ă©crit l’un d’eux.

“Comment auraient-ils pu gagner avec un terroriste sur le terrain?”, a commentĂ© un autre.