Olivier Létang, un “gros bosseur” au profil conflictuel

Le président du Stade Rennais, Olivier Letang, lors d’une conférence de presse, le 4 novembre 2018 au Roashon Park à Rennes
Par Jean DECOTTE / © 2020 AFP

Ancien footballeur de deuxième division, Olivier Létang (48 ans) s’est forgé l’image d’un “gros bosseur” limite “psycho-rigide” au gré d’expériences de dirigeant accumulées à Reims, Paris puis Rennes, avant de rebondir vendredi à Lille comme président.

Le Sarthois n’a pas encore 50 ans, mais déjà plusieurs vies: ancien milieu de terrain, au Mans puis à Reims, il troque définitivement le short pour la cravate au mitan des années 2000, pour devenir directeur du Stade de Reims. Avec, déjà, l’étiquette d’un fonceur sûr de sa force.

Létang n’a “pas peur de prendre des coups”, quitte à “sembler psycho-rigide parce qu’il ne se laisse pas faire”, le décrivait ainsi son ami Didier Perrin, un cadre du club rémois. C’est un “gros bosseur, parfois dur mais très compétent”, disait-il à l’AFP.

“Olivier a des idées, un projet, il choisit les hommes et après il trace sa route. Et il faut suivre son sillage. C’est un leader (…) Il avance, coûte que coûte”, disait aussi de lui son ancien entraîneur Thierry Froger, dans un portrait de Ouest-France intitulé “L’hyper-président”.

Ces traits de caractère, le Manceau d’origine les exporte en septembre 2012 dans les coulisses du Paris SG, récemment passé sous pavillon qatari. Nommé directeur sportif adjoint dans l’ombre de Leonardo, il prend du gallon après le départ du Brésilien. Mais il ne devient officiellement N.1 qu’après trois ans de vacance du poste.

Finalement, il claque la porte en avril 2017, quelques mois après le recrutement de Patrick Kluivert à un poste de directeur du football aux prérogatives très larges, et pour lequel le Néerlandais n’avait aucune expérience.

Gourcuff furieux, Stéphan sceptique

Après un bref passage chez “Sports Invest UK”, une société britannique d’agents sportifs, Létang rebondit au Stade Rennais où son arrivée coïncide avec le limogeage de Christian Gourcuff.

“Comme la première fois, je me suis fait virer par la holding et des mecs que je ne connaissais pas”, lancera ensuite au Télégramme l’entraîneur breton, pour qui le dirigeant représente l’incarnation du football soumis à l’argent-roi.

Sous le règne de Létang, Rennes retrouve des couleurs sportivement, avec pour apogée la Coupe de France acquise en avril 2019 aux dépens de l’ogre PSG, un premier trophée pour le club breton en 48 ans.

Mais sa conception verticale du pouvoir, ainsi que son passé à Paris, vont aussi abîmer une partie de la cohésion interne des Rouge et Noir, déjà fragile avant son arrivée.

Fin 2018, le ciel du Stade Rennais s’assombrit avec le scandale du “fichage ethnique” au PSG, à l’époque où Létang supervisait le secteur sportif parisien. Auditionné, il n’est finalement pas sanctionné par la commission de discipline de la Ligue (LFP).

En Bretagne, ses relations avec les entraîneurs successifs, que ce soit l’ancien, Sabri Lamouchi (limogé en décembre 2018) ou l’actuel, Julien Stéphan, n’ont jamais été harmonieuses.

Avec le second, de premières tensions sont apparues juste après la victoire historique en Coupe de France, avec Hatem Ben Arfa pour détonateur. “Ce qu’on nous propose, niveau jeu, c’est limité quand même”, avait critiqué l’attaquant français.

Stéphan n’avait pas compris que son président ne soit pas immédiatement monté au créneau pour défendre “l’institution” rennaise. “Ça m’interpelle et je m’interroge”, avait admis le technicien, estimant que cette remise en cause publique devait être une ligne rouge absolue.

Voilà Olivier Létang de retour aux affaires, à la tête d’un Losc pimpant en Ligue 1 et en Ligue Europa, et avec un beau défi: maintenir la belle dynamique du club nordiste en dépit du changement d’actionnaire acté vendredi.