Mort du footballeur Emiliano Sala: un intermédiaire reconnaît une partie des accusations

L’Argentin Emiliano Sala au cours d’un match de championnat de France contre Nancy, le 10 janvier 2017 à Nantes
Par Geoff CADDICK avec Pauline FROISSART à Londres / © 2021 AFP

Un homme soupçonné d’avoir organisé le vol ayant transporté le footballeur argentin Emiliano Sala, mort dans le crash de l’avion dans la Manche en 2019, a reconnu une partie des accusations le visant lundi à l’ouverture de son procès au Pays de Galles.

David Henderson, 66 ans, est poursuivi pour avoir agi d’une manière imprudente ou négligente susceptible d’avoir mis en danger l’avion dans lequel le joueur de 28 ans voyageait pour rejoindre le club de Cardiff City. Il est aussi accusé d’avoir tenté de transporter un passager sans autorisation valide. Il a plaidé coupable de cette dernière charge, qui ne sera donc pas débattue lors du procès qui doit durer deux semaines à Cardiff.

Les jurés ont dû confirmer qu’ils n’étaient pas supporteurs de Cardiff City, lorsqu’ils ont été sélectionnés lundi en vue des premiers débats mardi.

Le petit avion privé à bord duquel se trouvait le joueur argentin, âgé de 28 ans, et le pilote David Ibbotson s’était abîmé dans la Manche le 21 janvier 2019.

L’attaquant du FC Nantes rejoignait le club de Cardiff City, où il venait d’être transféré pour 17 millions d’euros.

Le corps du joueur, dont la disparition avait ému le monde du football, avait été retrouvé dans la carcasse de l’appareil, plus de deux semaines après l’accident, à 67 mètres de profondeur. Le corps du pilote, âgé de 59 ans, n’a pas été retrouvé.

Dans son rapport définitif publié en mars 2020, le bureau d’enquête britannique sur les accidents aériens (AAIB) a estimé que le pilote a perdu le contrôle de l’appareil lors d’une manoeuvre effectuée à une vitesse trop élevée, “probablement” destinée à éviter le mauvais temps pour pouvoir voler à vue.

L’appareil, un Piper PA-46 Malibu, s’est brisé en vol car cette manoeuvre a été effectuée à une vitesse excessive.

Les enquêteurs estiment aussi que le pilote a “probablement” été intoxiqué au monoxyde de carbone par le système d’échappement du moteur.

Les enquêteurs ont également souligné que le vol n’a pas été effectué dans des conditions conformes aux règles qui s’appliquent aux vols commerciaux.

Le pilote a navigué à vue, de nuit, dans des conditions météo difficiles alors qu’il n’avait pas la licence pour piloter ce type d’avion ni pour voler de nuit, ont-ils relevé.

L’avion était lancé à une vitesse de 270 miles par heure (435 km/h) au moment de l’impact avec l’eau, selon l’AAIB, excluant tout espoir de survie.

“J’ai peur”

Le vol était affrété par le pilote britannique David Henderson, à la demande de l’intermédiaire Willie McKay et de son fils Mark, l’agent mandaté par Nantes pour mener à bien le transfert de Sala.

M. Henderson avait plaidé non coupable d’infractions à la législation sur la navigation aérienne lors d’une précédente comparution, en octobre 2020, et avait été libéré sous caution.

Le club de Cardiff avait assuré avoir proposé un vol commercial au joueur, qui l’avait décliné. Avant d’emprunter le petit avion privé, Emiliano Sala s’était inquiété de l’état du l’appareil.

“Je suis dans l’avion, on dirait qu’il va tomber en morceaux, et je pars pour Cardiff”, avait dit Emiliano Sala dans un message vocal envoyé à des proches via la messagerie WhatsApp. “Oh là là, qu’est-ce que j’ai peur!”, avait-il confié.

La dépouille d’Emiliano Sala avait été rapatriée en février 2019 en Argentine. Parents, amis, émissaires de Nantes, Bordeaux et Cardiff, habitants… Ils étaient des centaines à être venus s’incliner, pleurer, poser une main sur le cercueil du footballeur à Progreso, le village argentin de 3.000 habitants qui l’avait vu grandir.

En France, les hommages s’étaient aussi multipliés après l’annonce de la disparition du footballeur.

Vahid Halilhodzic, alors entraîneur du FC Nantes, avait confié à propos du sportif avoir “rarement vu quelqu’un d’aussi attachant, humble, modeste. Mais sur le terrain, c’était un guerrier”.