Le milieu Ă©gyptien de Liverpool Mohamed Salah (d) lors d’une sĂ©ance d’entraĂ®nement, le 16 dĂ©cembre 2019 Ă  Doha
Par Ibrahim BADAWY and Gregory WALTON / © 2019 AFP

La diaspora attend Mohamed Salah: l’importante communautĂ© Ă©gyptienne du Qatar est ravie d’accueillir l’attaquant de Liverpool, vedette dans le monde arabe, qui dispute cette semaine le Mondial des clubs dans l’Ă©mirat sur fond de contentieux diplomatique entre Doha et Le Caire.

“Nous ne le considĂ©rons pas seulement comme un reprĂ©sentant des Egyptiens, mais de tous les Arabes et musulmans”, explique Gamal Sebaai, un Egyptien ayant travaillĂ© pour la FĂ©dĂ©ration qatarie de football. “Nous espĂ©rons que le sport permettra une rĂ©conciliation entre frères”, dit-il Ă  l’AFP.

Cette venue Ă  Doha de la superstar Ă©gyptienne intervient dans un contexte diplomatique particulier: en juin 2017, l’Egypte s’est associĂ© Ă  trois pays du Golfe (Arabie saoudite, Emirats et BahreĂŻn) pour geler les relations diplomatiques avec le Qatar, accusĂ© de soutenir les mouvements islamistes, de se rapprocher de l’Iran et de semer le dĂ©sordre dans le monde arabe avec sa chaĂ®ne Al-Jazeera.

Depuis, Doha, qui nie les accusations, est soumis à un boycott économique, une interdiction de vols directs avec ces pays et des campagnes médiatiques de dénigrement. Une situation qui affecte aussi les ressortissants des pays du quatuor anti-Qatar.

“ObsĂ©dĂ©s par Salah”

Devenu une icĂ´ne nationale et du monde arabe malgrĂ© sa Coupe d’Afrique des nations ratĂ©e Ă  domicile l’Ă©tĂ© dernier (Ă©limination en huitièmes), l’international Ă©gyptien est attendu dans l’Ă©mirat pour la demi-finale de la Coupe du monde des clubs entre Liverpool et les Mexicains de Monterrey mercredi (17h30 GMT), avant une probable finale le samedi.

Selon les statistiques officielles, la diaspora Ă©gyptienne au Qatar compte environ 300.000 âmes, soit plus de 10% de la population totale (2,75 millions), mĂŞme si le flux s’est ralenti avec l’embargo. Il s’agit gĂ©nĂ©ralement de personnel qualifiĂ© travaillant dans le secteur Ă©nergĂ©tique, l’enseignement ou la santĂ©.

Face au contexte géopolitique, Liverpool a reçu, selon la presse britannique, des assurances des autorités qataries que la visite de Mohamed Salah ne serait pas instrumentalisée.

A ce titre, durant le Mondial-2018, le joueur avait essuyĂ© une violente controverse après la diffusion d’une photo aux cĂ´tĂ©s du leader tchĂ©tchène Ramzan Kadyrov, accusĂ© de nombreuses violations des droits humains

l’Egypte avait alors son camp de base dans cette petite rĂ©publique russe du Caucase.

A Doha, en attendant l’arrivĂ©e de leur vedette, plusieurs fans Ă©gyptiens regardent sur un Ă©cran TV un match des “Reds”, dans le bazar touristique de Souq Waqif.

“J’ai fait l’impossible pour obtenir quatre billets pour les demi-finales, car je m’attends Ă  ce que Liverpool gagne et je sais qu’il y aura une forte affluence” Ă©gyptienne, explique Ă  l’AFP Moustafa Abdelmoneim, 42 ans, en rĂ©fĂ©rence Ă  la rencontre qui se tiendra mercredi au stade Khalifa, d’une capacitĂ© de 40.000 places.

“Mes enfants m’ont mis une pression Ă©norme pour que je rĂ©serve les billets parce qu’ils sont obsĂ©dĂ©s par Salah”, ajoute ce jeune père.

Pas de visas?

“Franchement, je ne soutiens Liverpool que pour lui. Si l’Ă©quipe marque dix buts, je ne me rĂ©jouirai que s’il y en a un de Salah”, renchĂ©rit Mahmoud Mansour, 30 ans, qui dit pour sa part ne pas avoir pu obtenir de billets.

Alors que les tickets vendus sur internet “sont partis en 15 minutes”, Ahmed Abdel Hamid dĂ©plore n’avoir pas eu davantage de rĂ©ussite.

“C’Ă©tait l’occasion de le voir avec Liverpool pour la première fois”, se dĂ©sole ce vendeur de 33 ans. “Mais nous irons Ă  la +fan zone+”.

Si les supporteurs Ă©gyptiens au Qatar n’ont pas tous pu s’offrir une place en tribune, d’autres n’ont mĂŞme pas eu la possibilitĂ© de rejoindre le pays.

Sous couvert d’anonymat, des fans vivant dans l’Ă©mirat ont indiquĂ© Ă  l’AFP que des amis Ă©gyptiens avaient voulu se rendre Ă  Doha mais n’avaient pu obtenir de visas touristiques.

D’autres ont hĂ©sitĂ© Ă  faire le voyage, qui doit nĂ©cessairement passer par une escale, ajoutant des heures et des centaines de dollars au trajet.

De toutes façons, “aucun Egyptien ne viendrait ici pour regarder un match, nous ne venons ici que pour le travail”, tranche un supporter Ă©gyptien souhaitant rester anonyme. “Quand on a les moyens d’aller au Qatar pour voir Salah, autant se rendre Ă  Liverpool”, juge-t-il.