L’ex-prĂ©sident de la Fifa, Sepp Blatter, lors d’un interview Ă  l’AFP, le 28 mai 2019 Ă  Zurich
/ © 2019 AFP

L’ex-prĂ©sident de la Fifa, Sepp Blatter, ira tĂ©moigner en France dans l’enquĂŞte sur les conditions d’attribution de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar, si le Parquet national financier le “lui demande officiellement”, a-t-il dĂ©clarĂ© mercredi dans un entretien Ă  l’AFP.

“S’ils me le demandent officiellement, je pense que j’irai en France car j’ai la conscience tranquille”, a dĂ©clarĂ© M. Blatter.

L’ancien patron du football mondial, âgĂ© de 83 ans, a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© entendu dans cette affaire “en Suisse, le 20 avril 2017, Ă  la demande du Parquet national financier français (PNF)”, a-t-il prĂ©cisĂ©.

L’enquĂŞte sur les conditions d’attribution de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar, conduite depuis trois ans sous l’Ă©gide du PNF, a Ă©tĂ© rĂ©cemment confiĂ©e Ă  un juge d’instruction parisien. Cette information judiciaire a Ă©tĂ© ouverte notamment pour “corruption active et passive”, a prĂ©cisĂ© le parquet lundi.

Cette dĂ©cision survient près de six mois après l’audition de Michel Platini, sous le rĂ©gime de la garde Ă  vue. Alors vice-prĂ©sident de la Fifa et prĂ©sident de l’UEFA lors de l’attribution du Mondial-2022, le Français avait Ă©tĂ© interrogĂ© sur les raisons de son vote en faveur du Qatar le 2 dĂ©cembre 2010.

La justice française s’intĂ©resse en particulier Ă  une rĂ©union au Palais de l’ElysĂ©e le 23 novembre 2010, Ă  laquelle participaient le prĂ©sident Nicolas Sarkozy, Tamim ben Hamad al-Thani

-alors prince héritier du Qatar devenu émir en 2013-

et Michel Platini.

Son but supposĂ©: s’assurer que ce dernier voterait pour l’Ă©mirat. Un “tissu de mensonges”, s’Ă©tait indignĂ© l’ancien numĂ©ro 10 des Bleus.

“Quand Platini dit qu’il aurait de toute façon votĂ© pour le Qatar, notamment pour le dĂ©veloppement du football, ce n’est pas vrai. On avait un consensus au sein du ComitĂ© exĂ©cutif de la Fifa, qui prĂ©voyait d’attribuer le Mondial-2018 Ă  la Russie et le Mondial-2022 aux Etats-Unis”, a encore rĂ©pĂ©tĂ© M. Blatter.

“Sarkozy lui avait demandĂ©”

“Tout s’est bien passĂ© jusqu’Ă  huit jours de l’Ă©lection quand il y a eu ce fameux dĂ®ner Ă  l’ElysĂ©e. Platini m’a tĂ©lĂ©phonĂ© immĂ©diatement après. Il m’a dit: +Sepp, ça ne va pas marcher, nous aurons un problème pour l’Ă©lection+. Le prĂ©sident Sarkozy lui avait demandĂ©, suggĂ©rĂ©, de voter pour le Qatar”, a ajoutĂ© M. Blatter, qui a rapportĂ© cette conversation tĂ©lĂ©phonique au juge suisse en avril 2017.

“J’ai dit Ă  Platini: +T’a-t-il forcĂ© ?+. Il m’a rĂ©pondu: +Non pas du tout, mais quand un chef d’Etat te demande quelque chose tu le fais, donc moi je vais suivre et je vais prendre mes copains avec moi+”.

“Ses copains, c’Ă©tait le Chypriote Marios Lefkaritis, le Belge Michel D’Hooghe qui de toute façon aurait votĂ© pour le Qatar, son fils (chirugien, nldr) ayant dĂ©jĂ  eu un poste au Qatar, puis l’Espagnol Angel Maria Villar. Ca fait donc quatre voix qui ont fait basculer le vote”, a ajoutĂ© M. Blatter.

Le 2 dĂ©cembre 2010, Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale, le Qatar l’emportait au 4e tour de scrutin par 14 voix contre 8 pour les Etats-Unis.

Outre M. Platini, deux autres personnes ont Ă©tĂ© entendues par les enquĂŞteurs au printemps 2019: l’ancienne conseillère sport de Nicolas Sarkozy, Sophie Dion, placĂ©e en garde Ă  vue, et l’ex-secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ElysĂ©e Claude GuĂ©ant, interrogĂ© en audition libre.

Lors de son interrogatoire, M. GuĂ©ant a assurĂ© qu’il n’y avait pas “Ă  sa connaissance des Ă©lĂ©ments qu’on puisse qualifier susceptibles de corruption”, selon son avocat, Me Philippe Bouchez el Ghozi.

M. Blatter continue de purger une suspension de six ans pour une affaire distincte, celle du paiement controversĂ© de 2 millions de francs suisses (1,84 million d’euros) Ă  M. Platini, lequel a terminĂ© en octobre de purger une suspension de quatre ans.