Mondial 2022: A l’approche de l’Euro, Löw laisse ses “anciens” sur la touche

Les défenseurs allemands Jérome Boateng, Mats Hummels et l’attaquant Thomas Mueller, forment un mur lors d’un coup franc tiré par un joueur mexicain, lors du match (groupe F) de Coupe du monde, le 17 juin 2018 à Moscou
/ © 2021 AFP

Reverra-t-on Müller, Boateng et Hummels à l’Euro sous le maillot de l’Allemagne? A trois mois du tournoi, le sélectionneur Joachim Löw continue d’entretenir le suspense, mais n’a toujours pas convoqué ses trois champions du monde 2014 pour le rassemblement cette semaine.

L’Allemagne doit débuter ses qualifications du Mondial 2022 jeudi à domicile contre l’Islande, avant un déplacement en Roumanie (28 mars) et la réception de la Macédoine du Nord (31 mars).

“Sur le fond, nous travaillons aussi pour préparer l’Euro”, a admis le sélectionneur mercredi, bien conscient que ces matches contre des adversaires moins huppés constituent son dernier test en compétition avant la formation de son groupe pour le tournoi continental (11 juin-11 juillet).

Dans un redoutable “groupe de la mort”, l’Allemagne y rencontrera la France, le Portugal et la Hongrie.

Pour l’heure, “Jogi” Löw ne revient pas sur sa décision de 2019, qui lui a mis à dos une partie des médias et des supporters. Dans la foulée du fiasco du Mondial-2018, il a évincé tous les piliers du titre mondial de 2014 à l’exception de Manuel Neuer et de Toni Kroos (absent cette semaine pour cause de blessure). Alors même que trois de ces “anciens”, jeunes trentenaires, continuent de briller en club: Thomas Müller et Jérôme Boateng avec le Bayern, Mats Hummels avec Dortmund.

“En toute liberté”

Le sélectionneur s’en est tenu pendant deux ans à une ligne ferme: la jeune génération “a besoin de temps et d’espace pour s’affirmer”, a-t-il martelé. Garder les cadres des années 2010 ne servirait pas à préparer l’avenir, qui appartient à la formidable classe 1995/96, celle de Süle, Werner, Sané, Gnabry, Goretzka ou encore Kimmich.

Mercredi, il a répété que “l’on ne devrait jamais interrompre un chantier de reconstruction”. Mais il a laissé entendre qu’il pourrait changer d’avis in extremis, au moment de composer sa liste pour l’Euro: “Nous verrons en mai où nous en sommes, a-t-il dit, ce qu’il nous manque et ce dont nous avons besoin pour être compétitifs”.

Son excuse pour se dédire: La très longue pause causée par le Covid en 2020, qui ne lui a pas permis de rôder l’équipe qu’il avait imaginée.

Début mars, le coach en poste depuis 2006 a provoqué une déflagration en annonçant son départ anticipé après l’Euro, quel que soit le résultat. Sans aller jusqu’au Mondial 2022 comme le prévoyait son contrat.

Certains experts y voient un espoir pour les “anciens”. “Maintenant il peut décider en toute liberté de changer d’avis sur le choix des joueurs (parce qu’il) n’a plus à se soucier du développement de l’équipe, c’est désormais l’affaire de son successeur”, prédit ainsi Jürgen Köhler, champion du monde 1990, 105 fois international.

Humiliation historique

Les joueurs eux-mêmes se sentiront-ils libérés par cette situation? Manuel Neuer, qui a fait depuis 2009 toute sa carrière internationale sous Joachim Löw, estime qu’il lui doit quelque chose: “Pour moi c’était une longue période couronnée de succès, dit-il, nous voulons clore cette époque par une belle sortie. Nous voulons lui faire un gros cadeau”.

L’Euro peut en effet être le bouquet final d’un feu d’artifice qui a vu Löw conquérir le titre Mondial en 2014, après avoir atteint le dernier carré des trois tournois précédents (Euros 2008, 2012 et Mondial 2010).

Il peut surtout faire apparaître a posteriori comme un “accident” le désastreux Mondial en Russie, que la Mannschaft a quitté dès le premier tour, pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale.

Mais cette semaine, c’est une autre débâcle que la jeune garde allemande va devoir faire oublier: le 6-0 de novembre en Espagne en Ligue des Nations, humiliation historique qui a failli coûter son poste à Löw… et ravivé les appels au retour de Müller, Boateng et Hummels.