Le dĂ©fenseur espagnol de Marseille Alvaro Gonzalez, le 3 dĂ©cembre 2019 Ă  l’issue d’un match de Ligue 1 Ă  Angers
Par Emmanuel BARRANGUET / © 2019 AFP

“Je n’ai pas de don”: l’Espagnol Alvaro Gonzalez explique dans un entretien Ă  l’AFP ne pas avoir les qualitĂ©s innĂ©es de Dimitri Payet ou Lionel Messi, mais ce dĂ©fenseur dur au mal compense par le travail, ce qui lui vaut d’ĂŞtre “très aimĂ©” Ă  Marseille.

Q: ĂŠtes-vous le “patron” de la dĂ©fense, comme le dit votre entraĂ®neur, AndrĂ© Villas-Boas?

R: “Il faut que quelqu’un porte le poids de la dĂ©fense, sache dire si l’Ă©quipe doit jouer plus haut, ou plus bas, surveille l’Ă©cart entre les lignes… J’essaie d’aider comme je peux. Quand j’ai signĂ©, AndrĂ© m’a dit que les autres centraux Ă©taient très jeunes, que je pourrais peut-ĂŞtre leur apporter un peu. LĂ , ils apprennent dans la victoire, mais quand nous traverserons un moment difficile, ce qui arrive forcĂ©ment dans une saison, il faudra rester calme.”

Q: Comment décririez-vous votre jeu?

R: “J’aime l’intensitĂ©, l’agressivitĂ©, mais sans violence, c’est comme ça que je vis le foot, intensĂ©ment. Je pense ĂŞtre rapide pour un dĂ©fenseur central, mobile, je n’ai pas de difficultĂ©s particulières contre un attaquant rapide. Et puis avec les annĂ©es, moi qui Ă©tais plutĂ´t limitĂ© au dĂ©part avec le ballon, avec les annĂ©es, je porte plus le ballon, j’ai pris confiance. Pour ceux qui ont un don footballistique, c’est plus facile, mais pour les autres, il faut beaucoup de travail et de continuitĂ©, et un peu de chance aussi.”

Q: Vous ĂŞtes forcĂ©ment douĂ©, pour jouer Ă  ce niveau…

R: “(Rires) Non, moi je n’ai pas de don! Payet, Messi, oui, mais pas moi! Moi j’ai le travail, comme beaucoup de footballeurs. Les Ă©lus sont ceux qui ont beaucoup travaillĂ©.”

Q: Vous ĂŞtes le patron, mais vous n’avez pas rejouĂ© de suite après votre retour de suspension, cela a Ă©tĂ© difficile?

R: “Non, +pas de problème+ (en français, ndlr), au final, l’objectif qui compte est celui du groupe. Quand je suis absent, l’Ă©quipe gagne, quand je reviens, l’Ă©quipe gagne… Notre effectif n’est pas très large, nous avons besoin de tous les joueurs, la saison est longue jusqu’Ă  mai pour atteindre notre objectif.”

Q: Comment vous sentez-vous après votre blessure qui vous a coĂ»tĂ© cinq semaines d’absence?

R: “C’est vraiment arrivĂ© au mauvais moment, j’approchais de mes 100% après mes dĂ©buts Ă  Marseille. Ce n’Ă©tait pas une grosse blessure (fissure du pĂ©ronĂ©), mais elle me gĂŞne encore un peu. Sur la zone d’impact, le pĂ©ronĂ© vibre, et je le sens encore. Je devrais ĂŞtre Ă  100% après NoĂ«l. Lille et Lyon (deux victoires 2-1) ont Ă©tĂ© des matches difficiles pour moi, je revenais de blessure, j’avais très envie de jouer. J’ai jouĂ© sous infiltration pour ne pas sentir la douleur.”

Q: Comment avez-vous vĂ©cu l’ovation du stade VĂ©lodrome lorsque vous ĂŞtes sorti pour un carton rouge contre Lyon?

R: “Je me sens très aimĂ© des supporters, c’est très fort. Cette ovation, je ne la mĂ©ritais pas forcĂ©ment, après ma prestation, mais ça m’a vraiment rĂ©confortĂ©, m’a donnĂ© de la force.”

Q: Votre responsabilitĂ© est aussi engagĂ© sur le but lyonnais, que s’est-il passĂ©?

R: “Quand Steve Mandanda me crie: +DĂ©gage!+, j’entends: +Deja!+ (+Laisse!+, en espagnol)… Je baisse la tĂŞte et nous prenons le but… Mais nous avons gagnĂ©, c’est le plus important. Et j’ai retenu la leçon: Ă  Angers (victoire 2-0), sur le mĂŞme genre d’action, il m’a criĂ© +DĂ©gage!+ et cette fois je l’ai dĂ©gagĂ©e! Nous en avons rigolĂ©, il m’a dit: +Ça y est, cette fois tu as compris!+ (rires).”

Q: Ce rouge vous a coûté deux nouveaux matches de suspension, avez-vous trouvé la sanction dure?

R: “C’est un peu sĂ©vère, il n’y a pas du tout d’agressivitĂ© sur mon geste. En Espagne j’aurais Ă©tĂ© sanctionnĂ© d’un seul match. Bon, je n’ai rien Ă  objecter, autre championnat, autres moeurs, mais je pense qu’il faudrait rĂ©duire un peu les suspensions.”

Q: Quelles sont les ambitions de l’OM cette saison?

R: “Quand j’ai dit aussi qu’on visait l’Europe, si possible la Ligue des champions, on m’a traitĂ© de fou, mais nous sommes deuxièmes, solides… Je rĂŞve de jouer la Ligue des champions avec ce club oĂą je me sens aimĂ© et dans ce stade si spĂ©cial. L’Ă©quipe maintenant est bien plus sĂ»re d’elle que celle qui a dĂ©butĂ© la saison. ĂŠtre deuxième te fait te sentir fort. Je pense que nous avons le niveau pour dĂ©fendre cette place.”

Propos recueillis par Emmanuel BARRANGUET