Marseille: au coeur de l’incendie, Jacques-Henri Eyraud

Le président de l’Olympique de Marseille, Jacques-Henri Eyraud, à son arrivée au siège de la Ligue de football professionnel (LFP), à Paris, le 1er février 2021
Par Stanislas TOUCHOT / © 2021 AFP

Comment peut-il tenir ? Détesté par une grande majorité des supporters de l’Olympique de Marseille, président d’un club désormais sans coach, dont le centre d’entraînement a été attaqué par ses propres fans et qui traverse une des crises les plus graves de sa tempétueuse histoire, Jacques-Henri Eyraud reste pourtant combatif, fort du soutien du propriétaire Frank McCourt.

Le 16 janvier, avant le match OM-Nîmes, plusieurs dizaines de supporters marseillais sont réunis devant le Stade Vélodrome, fumigènes à la main et massés derrière une banderole “Marseille te déteste, Eyraud casse-toi !”. A peine une heure plus tard, le président du club partage un verre, une part de galette des rois et quelques phrases avec les journalistes, disant espérer que les supporters pourront bientôt remplir à nouveau le Vélodrome. “Ils nous manquent”, assure-t-il.

Depuis des semaines, chaque match à domicile est pourtant précédé par des manifestations d’opposition à “JHE”, qui concentre l’essentiel des reproches de fans écoeurés par le tour pris par le fameux “Champions Project”. Des banderoles contestataires, parfois insultantes à son égard, sont déployées partout en ville et des stickers demandant son départ sont collés sur les murs et les poteaux. Le Marseille des supporters ne veut plus de “JHE”.

“Ca ne le bouleverse pas. Il a le cuir épais et il sait qu’avec plus de quatre ans en poste, il a déjà dépassé l’espérance de vie moyenne des présidents de l’OM”, assurait il y a peu à l’AFP l’un de ses collaborateurs.

péché originel

Mais les premiers mois de l’ère McCourt sont tout de même loin, quand Eyraud avait le charme de la nouveauté, citait des couplets entiers d’IAM et présentait un projet ambitieux qui devait ramener l’OM au sommet après la pénible fin de l’époque Louis-Dreyfus.

Au fil de déceptions sportives, de choix contestéscomme la prolongation de Rudi Garcia, considérée par beaucoup comme une forme de péché originel

, ou de sanctions prises contre des groupes de supporters, le fossé s’est creusé entre un dirigeant au profil très “business” et des fans qui estiment que l’identité du club est oubliée voire bafouée.

En ce sens, la récente sortie de Eyraud sur le “danger” à avoir trop de Marseillais ou de supporters de l’OM au sein du club a été particulièrement mal vécue et a accentué la coupure avec les groupes organisés, y compris les derniers avec lesquels le dirigeant restait relativement proche.

“C’est une grosse erreur de communication. Il aurait pu exprimer la même idée, compréhensible, en disant: +on a besoin de compétences pointues, être Marseillais ne peut pas suffire+”, a décrypté pour l’AFP un connaisseur des dossiers de gouvernance en L1, qui a demandé l’anonymat.

“L’OM est une entreprise, mais au sein de l’entreprise il y a un club sportif, qui n’a pas que des enjeux économiques et commerciaux. Il y a des éléments culturels, sociologiques. Il faut que les clubs comprennent cette importance”, a aussi expliqué à l’AFP le sociologue Ludovic Lestrelin, enseignant-chercheur à l’université de Caen.

“le foot de demain”

L’OM est pourtant très actif sur le terrain “sociétal” et multiplie les initiatives dans l’e-sport ou la musique. Certains fans apprécient, mais ils sont minoritaires. Ils ont en revanche été très majoritairement heurtés quand dimanche, Eyraud a évoqué le passé et “l’OM du chaos, de 20 entraîneurs en 20 ans, l’OM parfois des magouilles, de la chronique judiciaire, l’OM des affaires”.

De nouveau en première ligne médiatique depuis deux mois, il avait pourtant cherché à prendre du recul en nommant deux directeurs généraux, Pablo Longoria pour le sportif et Hugues Ouvrard pour le “business”. “Cela lui permet d’être très présent dans les instances, à Paris et avec l’UEFA. Il travaille au foot de demain et à la place qu’y aura l’OM”, expliquait à l’AFP un de ses proches il y a quelques semaines.

Eyraud était d’ailleurs à Paris pour le dossier des droits TV quand André Villas-Boas a annoncé sa volonté de démissionner, plongeant un peu plus le club dans le chaos.

Isolé et contesté, “JHE” garde pourtant le soutien du propriétaire Frank McCourt, dont le communiqué publié dimanche après les graves incidents à la Commanderie parlait la même langue de sévérité que celui de l’OM la veille.

“Nous sommes des bâtisseurs. Avec toute l’équipe et son Président, l’OM poursuivra sa route”, assurait aussi l’homme d’affaires américain.