L’Islande rêve d’un dernier Euro pour sa génération dorée

Les joueurs islandais à l’entraînement à Budapest, le 11 novembre 2020
Par Jeremie RICHARD / © 2020 AFP

Plus petite nation qualifiée à un Euro en 2016 et à un Mondial en 2018, l’Islande rêve de décrocher jeudi un troisième ticket international avec sa génération dorée, dont l’Euro en 2021 serait le dernier tour de piste.

Grande surprise du football européen ces dernières années, le pays aux 25.000 licenciés affronte la Hongrie à Budapest dans une finale de barrages en un seul tour dans la “voie A”, donnant accès au groupe de la France, du Portugal et de l’Allemagne en juin et juillet prochains.

Si les premiers signes de déclin sont là avec la vieillissement des cadres, jamais l’Islande, tombeuse de la Roumanie (2-1) à Reykjavik au barrage précédent le mois dernier, n’a eu à sa disposition un tel groupe de joueurs exceptionnellement doués.

“Chaque joueur du onze de départ actuel est parmi les trois meilleurs à son poste dans l’histoire de la sélection islandaise”, atteste Tomas Thor Thordarson, présentateur d’une émission de football de la chaîne privée Siminn et suiveur assidu de l’équipe nationale.

Le fruit notamment d’une série d’investissements au tournant du XXIe siècle dans les infrastructures et la formation des entraîneurs.

Avec ses supporters grimés en Vikings chaleureux et amateurs de bruyants “clappings” (séquence d’applaudissements en rythme), la petite sélection nordique s’était révélée aux yeux du monde en atteignant les quarts de finale de l’Euro-2016, pour sa première phase finale d’une compétition internationale depuis l’indépendance de 1944.

Titulaires immuables

La revanche sur des décennies de disette et de déculottées s’était poursuivie au Mondial-2018. Même si le parcours avait été moins réussi avec une élimination dès le premier tour, jamais un pays aussi peu peuplé (365.000 habitants) n’avait disputé une Coupe du monde.

Titulaires immuables malgré leur âge avancé: le maître à jouer Gylfi Sigurdsson, 31 ans, le dévoué capitaine barbu Aron Gunnarsson, 31 ans, l’infatigable défenseur central Kari Arnason, 38 ans; ou encore le gardien de butet réalisateur de filmsHannes Halldorsson, 36 ans.

“Quand ils jouent ensemble, la magie opère”, salue Haflidi Breidfjörd, journaliste et directeur de Fótbolti.net, site de référence sur le ballon rond en Islande.

Les quatre récentes défaites de rang dernièrement en Ligue des nations suggèrent toutefois que la fin d’une ère est proche, d’autant que la relève n’est pas amorcée.

“Nous connaissons nos meilleurs joueurs donc il a été difficile d’en intégrer de nouveaux et, en ce sens, nous avons été victimes de notre propre succès”, analyse Tomas Thor Thordarson.

Encore 131e au classement Fifa en 2012, l’Islande est aujourd’hui 39e, après avoir grimpé jusqu’à la 18e place en 2018.

“Les vieux”

Si quelques nouveaux noms ont bien été inscrits par le sélectionneur suédois Eric Hamren sur les feuilles de match, particulièrement depuis la dernière Coupe du monde, c’est plus par nécessité due aux absences sur blessure des habituels cadres qu’une réelle volonté d’insuffler un nouvel élan.

La nouvelle génération, bien que prometteuse avec par exemple les milieux offensifs Arnor Sigurdsson, 21 ans, et Albert Gudmundsson, 23 ans, peine à pousser les vieux briscards à la retraite.

“Ce qui nous fait défaut lorsque +les vieux+ ne jouent pas, c’est l’esprit d’équipe. Parce que +les vieux+ se battent tous les uns pour les autres, ils sont prêts à mourir les uns pour les autres. Lorsque les jeunes joueurs jouent, ils ne sont pas aussi enthousiastes”, estime Haflidi Breidfjörd.

Le format de la nouvelle Ligue des nations n’a pas aidé, poussant à l’Islande à se frotter depuis deux ans à des équipes de haut rang, comme la Belgique, la Suisse ou l’Angleterre.

“Nous sommes prêts, nous avons les joueurs de qualité prêts, mais ils doivent passer un cap, acquérir de l’expérience puis aller vers leurs propres succès”, explique l’entraîneur des moins de 21 ans Arnar Thor Vidarsson. “Cela pourrait prendre quelques années”, selon l’ancien international.

Les bons connaisseurs du foot islandais s’attendent à un passage à vide. “Je crois que personne ne s’attend à ce que l’on se qualifie pour le Mondial-2022 au Qatar. Mais qui sait…”, affirme Haflidi Breidfjörd.