L’incroyable été du sport italien, une simple parenthèse enchantée?

Le sélectionneur de l’Italie Roberto Mancini (g.) et le défenseur central italien Giorgio Chiellini (d.) tenant le trophée du Championnat d’Europe de foot après la victoire de l’Italie lors de la finale de l’EURO 2020 entre l’Italie et l’Angleterre, après leur arrivée à l’aéroport Fiumicino de Rome, le 12 juillet 2021.
Par Anthony LUCAS / © 2022 AFP

L’incroyable été sportif italien, ponctué des triomphes des Azzurri de Roberto Mancini à l’Euro et de Marcell Jacobs sur 100 mètres aux Jeux olympiques, s’effacera-t-il aussi vite qu’un bronzage de vacances ou marquera-t-il une renaissance durable?

Donnarumma arrêtant penalty sur penalty puis Chiellini soulevant la Coupe d’Europe pour la première fois depuis 1968. L’inattendu Marcell Jacobs remportant le 100 m olympique entre incrédulité et parfois quelques doutes, avant de récidiver en relais 4×100.

Mais aussi Gianmarco Tamberi sacré à la hauteur, lors de Jeux olympiques et paralympiques records pour les Azzurri (40 et 69 médailles). Sonny Colbrelli vainqueur d’un Paris-Roubaix dantesque. Un Italien (Berrettini) pour la première fois en finale de Wimbledon. Et l’Italie championne d’Europe en volley-ball (féminin et masculin), en softball et même en football américain!

Au son des riffs du groupe Maneskin, premier lauréat italien à l’Eurovision depuis 1990, le pays a ainsi eu l’occasion de nombreuses célébrations collectives, après plus d’un an de pandémie de Covid.

“Après ce qui s’est passé dans le monde, notamment en Italie où nous avons été parmi les premiers à être touchés par le Covid, cela nous a fait plaisir d’apporter du bonheur et un peu de tranquillité aux gens”, s’est réjoui cet automne Roberto Mancini.

“Besoin” de s’enlacer

“Après un an et demi marqué par la mort, la maladie et le confinement, le sport a su ramener des émotions partagées dont les gens avaient besoin. Et la joie de gagner a été doublée par celle de pouvoir s’enlacer”, explique à l’AFP Nicola Sbetti, historien du sport à l’Université de Bologne.

“Encore une fois, le sport (comme la nourriture) s’affirme comme un vecteur de patriotisme un peu paradoxal: capable d’unir les Italiens au niveau international alors qu’il est un des principaux éléments de division au niveau national”, remarque-t-il.

“L’euphorie des festivités a permis de goûter au retour d’une vie avec moins de restrictions”, confirme à l’AFP Moris Gasparri, universitaire et essayiste, conseiller pour le football féminin à la Fédération italienne.

Tout en permettant aux Italiens de retrouver une fierté dans leur sport, “en fort déclin depuis 2010”, entre clubs de foot privés de titres dans les coupes d’Europe, écurie Ferrari dépassée en F1 et fins de carrière de légendes nationales (Del Piero, Totti, Rossi, Pellegrini).

Ces “nuits magiques”, ce refrain entêtant tiré d’une chanson de 1990 revenu cet été au goût du jour, passeront-elles l’hiver?

“Il est encore tôt pour dire si ce sera un moment important, coïncidant éventuellement avec une renaissance après le déclin économique des trente dernières années”, selon Moris Gasparri.

Pour Nicola Sbetti, cela “dépendra probablement beaucoup” de l’évolution de la pandémie.

“Envie de sport”

“Mais si d’ici quelques mois, grâce aux vaccins, le virus disparaît, il n’est pas exclu que les succès sportifs de l’été 2021 puissent être associés à la fin de cette période. Un peu comme la victoire au Mondial-1982 (de football) est devenue, non sans exagération, un symbole de la fin des années de plomb”, souligne l’historien.

Sur un plan purement sportif, l’été semble déjà loin pour la Nazionale, qui a raté en novembre la qualification directe pour le prochain Mondial et va devoir en passer par de périlleux barrages en mars.

Quant à un effet “booster” des succès sur la pratique du sport chez les jeunes, “ce phénomène existe mais, comme les victoires, ne dure pas longtemps”, estime Moris Gasparri.

Le vrai “héritage durable” pourrait davantage être, selon lui, l’entrée en vigueur prochaine d’une réforme gouvernementale pour développer l’enseignement du sport à l’école primaire, “un manque historique dans le système scolaire italien”.

Avec cette réforme, “nous comblons l’écart qui existait entre notre pays et d’autres pays européens, c’est la plus belle médaille de cette extraordinaire année”, assure à l’AFP la sous-secrétaire aux Sports (et ex-escrimeuse médaillée olympique) Valentina Vezzali.

“Les résultats de cette année magique pour l’Italie ont généré une grande envie de sport, il suffit de voir les terrains d’athlétisme pris d’assaut par des jeunes prêts à imiter Marcell Jacobs”, se réjouit-elle.

Ces jeunes espèrent avoir encore l’occasion de rêver en 2022, peut-être dès février avec Jacobs, de retour sur les pistes avec une sacrée pression, ou la skieuse Sofia Goggia aux JO d’hiver.