Ligue 1: les arbitres bientôt sur écoute ?

L’arbitre Karim Abed échange avec ses collègues en charge de l’assistance vidéo (VAR) lors du match opposant Saint-Etienne à Nîmes à Geoffroy-Guichard, le 1er avril 2019
Par Francois BENEYTOU / © 2021 AFP

La Ligue y songe, les principaux concernés sont pour: le football français envisage d’innover en équipant les arbitres de micros afin de diffuser leurs échanges lors des retransmissions télévisées, histoire d’améliorer la pédagogie mais aussi l’expérience télévisuelle des spectateurs.

Le cercle des arbitres de Ligue 1 semble favorable à une telle avancée, puisque la majorité d’entre eux s’est déclarée encline à être “sonorisée” lors d’un sondage dévoilé par L’Équipe.

Un groupe de travail chapeauté par la Ligue de football professionnel (LFP) planche sur le sujet depuis quelques semaines.

Pour ce faire, il faudra convaincre l’International Board (Ifab), la très pointilleuse gardienne des lois du jeu, qui doit donner son accord pour toute évolution arbitrale.

Le but d’un tel équipement? Comme au rugby, entendre les explications des arbitres sur leurs décisions et les échanges avec les joueurs, pour mieux comprendre le déroulement des matches.

Le championnat de France de rugby est sonorisé depuis les années 1990, et Franck Maciello, directeur national de l’arbitrage à la FFR, n’y voit que des avantages: “Au rugby, les règles sont parfois complexes et le fait de pouvoir les expliquer au plus grand nombre en direct, c’est hyper pédagogique”, explique-t-il à l’AFP.

Une clarté qui peut manquer sur certaines décisions dans le monde du ballon rond, notamment depuis l’irruption de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR): le public n’a que les images et n’entend pas les discussions entre arbitres présents sur le terrain et ceux devant leurs écrans.

“La prochaine étape, c’est de rendre audible la communication avec la VAR”, a estimé le directeur du développement du football mondial à la Fifa, le Français Arsène Wenger.

“Après on passera au reste”, a-t-il fait valoir lors d’une rencontre avec la presse au siège de La Poste, à Paris, en amont des Journées de l’arbitrage, qui débutent le 20 octobre.

“Rien à cacher”

Bertrand Layec y est également favorable. L’ancien arbitre international français est bien placé pour se prononcer sur la question: en 2003, il avait officié lors de la finale de Coupe de France entre Auxerre et le PSG, équipé d’un micro.

“C’était une opportunité pour nous de rendre la fonction arbitrale un peu plus humaine, plus proche des gens, de montrer que ce n’est pas si simple, qu’il y a un environnement, un contexte, parfois beaucoup de contestations qu’il faut en permanence gérer”, juge-t-il.

Avant de devoir les gérer en tant qu’arbitre, Gaël Angoula était de l’autre côté, parmi les joueurs les plus véhéments (Bastia, Angers, Nîmes). “Si j’avais été enregistré, ma mère aurait pleuré du sang”, ironise-t-il.

“Je suis pour si on parle de la sonorisation de l’arbitre et des joueurs. Un joueur qui vient s’adresser à nous aura un comportement différent”, affirme l’arbitre de Ligue 2, s’exprimant également dans le cadre des Journées de l’arbitrage.

Pour Joël Quiniou, lui aussi ancien arbitre international et passé par la case consultant à la télévision, la sonorisation devrait même être accessible depuis les tribunes.

“Le public participe au match, il peut s’interroger pour savoir pourquoi un joueur a été exclu, pourquoi son équipe a pris un pénalty. On n’a rien à cacher là-dessus.”

Le SAFE (Syndicat des arbitres de football élite), dit vouloir être acteur du processus, en prenant part au groupe de travail mené par la LFP. Contacté par l’AFP, le syndicat doit attendre d’être certain des propositions pour se positionner.

“Maîtriser la communication”

Si le monde de l’arbitrage ne semble pas rechigner à s’équiper de micros, cela ne doit pas se faire sans condition pour le pionnier Bertrand Layec.

“Comme ça avait été fait en 2003 pour la finale, quelqu’un doit être en capacité pendant la rencontre de maîtriser la communication, de choisir des pans de communication utiles pour le téléspectateur”, préconise-t-il auprès de l’AFP. “Comme dans toute activité, il y a des choses bonnes à entendre et des choses qui ne le sont pas.”

Pour instaurer ce cadre, les diffuseurs doivent jouer un rôle central: Canal+ est au centre du dispositif dans le rugby depuis les années 1990, et TF1 avait été à l’initiative de l’expérimentation tentée en 2003.

Mais Bertrand Layec rappelle que toute évolution ne se fera pas sans l’accord de l’Ifab. “Il faudra attendre les décisions de là-haut, mais aujourd’hui c’est +niet+”.