Le défenseur de Marseille Jordan Amavi lors du match contre le PSG, en L1 au Parc des Princes, le 27 octobre 2019
Par Emmanuel BARRANGUET / © 2019 AFP

Quelle mĂ©tamorphose! La spectaculaire rĂ©demption de Jordan Amavi symbolise la confiance qui porte actuellement l’Olympique de Marseille, en quĂŞte Ă  Metz d’une septième victoire d’affilĂ©e en Ligue 1, samedi (17h30).

Et le stade VĂ©lodrome a scandĂ©: “A-ma-vi!” après que le speaker a donnĂ© le prĂ©nom de l’auteur de l’Ă©galisation contre Bordeaux (victoire finale 3-1). Difficile de croire qu’il s’agissait du mĂŞme joueur qui, depuis plus d’un an, ne suscitait que les sifflets.

La dernière fois que l’arrière-gauche avait marquĂ©, c’Ă©tait le 8 janvier 2018 contre Valenciennes (1-0 a.p.) en Coupe de France. Il Ă©tait alors en pleine ascension, avait mĂŞme Ă©tĂ© convoquĂ© en octobre 2017 en Ă©quipe de France, et l’OM filait vers une finale europĂ©enne.

Puis la trajectoire de l’ex-joueur d’Aston Villa et de son Ă©quipe ont dĂ©clinĂ©, lentement. Tout au long de l’exercice prĂ©cĂ©dent, il a Ă©tĂ© un bon baromètre de l’OM: son annĂ©e a Ă©tĂ© un enfer, il a Ă©tĂ© huĂ© systĂ©matiquement au VĂ©lodrome Ă  partir de l’hiver.

Au dĂ©but de la nouvelle saison, toujours pas de latĂ©ral gauche concurrent Ă  l’horizon du mercato, Amavi repart titulaire. Mais il reste Ă  la cave.

Il touche mĂŞme “le fond”, de son propre aveu, quand AndrĂ© Villas-Boas le sort Ă  la pause contre Rennes (1-1), le 29 septembre, oĂą il est dĂ©sastreux.

“Des petits rĂ©glages personnels”

“En sortant Ă  la mi-temps, je me pose plein de questions, rembobine Amavi, mais je n’ai pas lâchĂ©, j’ai continuĂ© Ă  bosser.”

L’entraĂ®neur ne lui donne pas d’explication ce soir-lĂ . “Il m’a dit que je sortais, on en a plutĂ´t parlĂ© Ă  tĂŞte reposĂ©e le lendemain”, poursuit le Toulonnais.

Mais le soir mĂŞme de ce camouflet, “AVB” prend publiquement la dĂ©fense de son joueur et attaque les supporters coupables de le siffler dès l’annonce des Ă©quipes. “C’est de la persĂ©cution!” tonne le Portugais. “On tue un joueur!”

“Quand un coach dĂ©fend un joueur comme ça, franchement, c’est magnifique, remercie le dĂ©fenseur. Il m’a beaucoup aidĂ© pour retrouver mon niveau, et je lui rends sur le terrain.”

Pour Villas-Boas, fin manager, tout le mérite revient au joueur, qui a su sortir remonter la pente.

Toujours cash face aux mĂ©dias, devant lesquels il reconnaissait ses errances, Amavi a arrĂŞtĂ© de parler et a changĂ© des choses dans sa vie, dans la fameuse prĂ©paration invisible. “J’ai fait des petits rĂ©glages personnels, j’ai fait le nĂ©cessaire”, Ă©lude-t-il.

“Jordan a un caractère fort”

Ses matches se sont amĂ©liorĂ©s, le “VĂ©l'” a commencĂ© par arrĂŞter de siffler, et a mĂŞme lâchĂ© quelques applaudissements sur des gestes dĂ©fensifs autoritaires, lors de la prĂ©cieuse victoire contre Lille (2-1), la première de la sĂ©rie en cours de six qui a amenĂ© l’OM Ă  la 2e place.

“Il a bien repris mentalement, il a travaillĂ© et attendu sa chance”, se souvient Villas-Boas.

Son grand ami dans le groupe, Dimitri Payet, a aussi pris sa dĂ©fense publiquement au cĹ“ur de la crise. L’opprobre bruyante du VĂ©lodrome, “je l’ai vĂ©cue, se souvient le N.10. C’est toujours difficile de traverser une pĂ©riode oĂą on a l’impression qu’on joue Ă  onze, mais que ce n’Ă©tait que lui, que de sa faute”.

“Il ne fallait pas baisser les bras, poursuit Payet. Mais Jordan a un caractère fort”.

Le RĂ©unionnais, grand chambreur du groupe, n’a pour autant jamais arrĂŞtĂ© de vanner son ami, mĂŞme au cĹ“ur de sa crise.

Amavi raconte: “A l’entraĂ®nement, un jour oĂą ça va moins bien se passer que d’habitude, un joueur va me lancer: +Oh, t’Ă©tais pas lĂ  ce matin?+ Et Dim va dire: +Ça fait six mois qu’il n’est pas lĂ !+”

La blague a fait rire la salle de presse de La Commanderie.

Mais Amavi a rĂ©pondu Ă  son complice du cĂ´tĂ© gauche. “Pour +Dim+, en ce moment, ça se passe très bien, je ne l’ai jamais vu autant dĂ©fendre”.

Il va mieux, et l’OM avec lui.