Ligue 1 – André Villas-Boas, un grand voyageur brut de décoffrage

Le nouvel entraîneur de l’Olympique de Marseille, le Portugais André Villas-Boas, lors de sa présentation officielle, le 29 mai 2019 au stade Vélodrome
Par Emmanuel BARRANGUET / © 2021 AFP

Franc-parler et sens de l’humour, le globe-trotter André Villas-Boas avait tout pour s’intégrer à l’Olympique de Marseille. Mais son caractère entier a fini par mettre fin à l’histoire d’amour dans la confusion d’une démission.

“Des fois tu paies ta façon d’être si tu dis les choses comme tu les penses”, lançait le Portugais lors d’un entretien à l’AFP en octobre dernier. Prémonitoire…

Après un an et demi de hauts, la 2e place et le retour en Ligue des champions, et de bas, la campagne de C1 ratée et la crise actuelle de quatre défaites de rang, “AVB” a fini par claquer la porte, laissant le souvenir d’un coach aimé, puis dont la relation avec l’environnement du club s’est abîmée.

Côté flamboyant, “AVB” a régalé les suiveurs de l’OM en un an et demi de conférences de presse savoureuses, par son sens de la formule et son authenticité, reconnaissant ses torts dans certaines défaites ou confirmant les pistes mercato, dans un monde du football moins autocritique et beaucoup plus secret d’habitude.

Son “on a fait de la merde” après la défaite européenne au FC Porto (2-0), le club de son cœur, a fait florès.

Sa “grande gueule” s’ouvrait aussi quand il était en désaccord avec son président, Jacques-Henri Eyraud, quand il a écarté du projet Andoni Zubizarreta, directeur sportif et ami de Villas-Boas.

Lance-flammes

Du bagout, il en fallait pour aborder à 16 ans Bobby Robson, son voisin, entraîneur du FC Porto, et lui demander pourquoi diable ne faisait-il pas jouer son idole, Domingos Paciência. Le coach anglais mettra le pied à l’étrier à l’audacieux gamin.

Il ne s’est pas démonté non plus pour aller parler aux mutins de La Commanderie, qui ont attaqué le centre d’entraînement de l’OM, samedi.

Côté lance-flammes, il est aussi arrivé à AVB de déraper, comme quand il a voulu s’en prendre physiquement à un journaliste de La Provence à la plume trop acide à son goût.

Le technicien portugais s’était excusé, mais son image avait été brouillée par l’incident.

Il avait montré des premiers signes de nervosité en s’emportant en direct sur Téléfoot, contestant les critiques sur le jeu alors que l’OM venait de gagner à Strasbourg (1-0), au terme d’un triste match, il est vrai.

Chez ses joueurs, qui s’étaient manifestés pour qu’il reste cet été, sa relation avec Dimitri Payet, par exemple, s’est dégradée cette saison. AVB a pourtant longtemps protégé “Dim”, bien moins bon cette saison.

Cette seconde année plus difficile, où pourtant l’OM était en course pour le titre avant Noël, a fini par avoir raison de ses nerfs. Il a cédé à quelques élans paranoïaques, cherché des taupes dans son club et des ennemis à l’extérieur, rivaux lorgnant son banc ou consultants médiatiques.

Retour à Porto?

L’homme à la “belle gueule” blond vénitien était pourtant heureux à Marseille. Il aimait la chaleur des supporters et adorait se balader à pied ou en moto (sa passion des sports mécaniques) dans la Montagne Saint-Victoire, près de sa résidence.

“Je me sens très bien ici, je me suis émotionnellement attaché à ce club, à son histoire, son impact européen, c’est magnifique”, s’enthousiasmait-il.

Ce grand voyageur va refaire ses valises. De son Porto natal, il a sillonné l’Écosse et l’Angleterre pour sa formation, a entraîné à Londres (Chelsea et Tottenham), puis de l’embouchure de la Néva (Zenit Saint-Pétersbourg) à celle du Yang-Tsé-Kiang (Shanghai SIPG).

Il est même parti aux Îles Vierges à 21 ans, sur une petite annonce d’avant Linkedin, pour finir adjoint du sélectionneur! Il a laissé un bon souvenir sur ce confetti des Caraïbes, où il retournera pour son voyage de noces avec Joana, avec laquelle il aura trois enfants.

Quel parcours pour ce noble de Porto Luis André de Pina Cabral e Villas-Boas, un “titre donné par le roi du Portugal au grand-père de mon grand-père en 1885”, racontait-il à l’AFP.

Maintenant, comme les grand explorateurs portugais, il devrait revenir au port, pour probablement briguer en 2024 la présidence du FC Porto, un club fondé notamment par deux oncles de sa grand-mère anglaise, Margaret Kendall, qui ont joué dans la toute première équipe des Dragons!