Ligue 1: à Monaco, la reconstruction sera difficile

Le président de l’AS Monaco Dmitri Rybolovlev (d) et le vice-président Oleg Petrov dans les tribunes du stade Louis II , le 22 février 2019
Par Christophe BELLEUDI / © 2019 AFP

Piteux 17e de L1 avec un nombre de points famélique (36) alors qu’elle était vice-championne de France en titre, l’AS Monaco vient de clôturer une saison en enfer qui aura forcément des conséquences sur la prochaine.

. Une direction à redéfinir

La tête du club, comme l’orientation stratégique et économique de l’institution ont explosé en vol cette saison. Les résultats catastrophiques tout autant que les révélations liées au “Football Leaks” ont soufflé la dynamique.

Au niveau sportif, le changement a été perpétuel. Après l’éviction de Leonardo Jardim (et ses adjoints), puis celle de son successeur Thierry Henry (et ses adjoints), avant un retour surprise du Portugais (et ses adjoints), qui ont coûté au total de plus de 20 millions d’euros d’indemnités au club, Dmitri Rybolovlev s’est fâché et a coupé des têtes.

Porteur du projet “trading joueurs”, Vadim Vasilyev, pourtant enfin introduit dans le football international, a été congédié. Le DG adjoint, Bruno Skropeta, est également parti.

Avec Oleg Petrov comme nouveau vice-président, Rybolovlev a choisi un profil similaire à celui de Vasilyev. Il fait partie de sa garde rapprochée (plus que Vasilyev). Il est polyglotte, réputé fin négociateur et diplomate. Mais a tout à apprendre des arcanes du football.

Et ce n’est pas Michael Emenalo, directeur sportif fantôme, qui le secondera. Ce dernier pourrait cependant avoir une mission claire cet été: trouver des points de chute aux joueurs dont Leonardo Jardim ne veut plus. Ce ne sera pas non plus Nicolas Holveck, qui a conservé son poste de DG adjoint, mais dont le rôle est plus administratif qu’exécutif.

Petrov devrait donc principalement s’appuyer sur Jardim, devenu patron du sportif. Et ce dernier va faire le ménage.

.Un effectif à alléger

Monaco possède plus de 70 professionnels sous contrat. “Plus que prendre des joueurs, il va falloir en faire partir”, a annoncé Jardim, qui prévient: “Il faut beaucoup réfléchir sur cette année. Ne pas faire les mêmes erreurs et (ne pas) annoncer une équipe pour le podium quand elle n’a pas le niveau”.

Une ère va donc s’achever. Selon le quotidien L’Equipe, le départ de Radamel Falcao, sous contrat jusqu’en 2020, est acté. Ceux de Raggi et Muyumba, en fin de contrat, ceux de Vainqueur et Nkoudou prêtés, également. Keita Baldé prêté à l’Inter Milan avec option d’achat (30 millions d’euros), veut rester en Italie.

Mais de nombreux dossiers, dont ceux de Subasic, Glik, Naldo, Sidibé, Chadli, Barreca, Pelé, Aït Bennasser et Grandsir, vont certainement empoisonner le quotidien cet été. Et il faudra plus d’un mercato pour faire le ménage.

Jardim aura-t-il assez de temps? Car Rybolovlev entend revoir Monaco en Ligue des champions dès septembre 2020. Le challenge s’annonce compliqué.

“Dans les prochains jours nous allons faire le bilan, préparer la prochaine saison et tout faire pour redorer le blason du club”, a indiqué Petrov vendredi.

Gelson Martins, prêté par l’Atlético Madrid, devrait rester. Selon différentes sources proches du club, Monaco se serait engagé sur un transfert de 30 millions d’euros auprès du club espagnol. Adrien Silva pourrait être échangé avec le Belge Youri Tielemans à Leicester.

C’est un début mais insuffisant. Monaco devra vite se positionner sur le remplaçant de Falcao. Proviendra-t-il d’un des 12 attaquants sous contrat actuellement?

En interne, la priorité va à la reconstruction d’un axe défensif solide (gardien, défense centrale, milieu défensif).

. Une image à reconstruire

“Redorer le blason du club”, dit Petrov. Voilà ce qui compte le plus aujourd’hui. Vitrine de la Principauté à l’international, son image est ternie.

En football, image et crédibilité vont de paire. Or, le club a perdu cette saison une grande partie de la crédibilité qu’il avait su se forger depuis l’arrivée de Rybolovlev.

Après avoir investi plus de 125 millions d’euros inconsidérément en transferts l’été dernier, l’image du club, considéré comme “bon payeur”, n’est, elle non plus, pas à son firmament. Petrov devra combattre pied à pied pour la restaurer.

Empêtré dans ses affaires de soupçons de trafic d’influence et de corruption, Rybolovlev a, de son côté, perdu de son aura en Principauté. La nomination de Louis Ducruet, fils de la princesse Stéphanie, comme assistant de Petrov, a été son premier geste de contrition. Il lui faut maintenant aider le club à se relever rapidement.