L’entrée tonitruante des filles au centre de formation du Barça

Les joueuses du FC Barcelone B écoutent religieusement leur coach Oscar Belis sur les installations de la Masia à Sant Joan Despi, le 20 septembre 2021
Par Rosa SULLEIRO / © 2021 AFP

Quand Clàudia Riumallo se réveille, elle voit depuis sa fenêtre le stade Johan-Cruyff du centre d’entraînement du FC Barcelone. Une pelouse qu’elle rêve de fouler un jour, vêtue du maillot blaugrana du Barça féminin.

Cette attaquante de 18 ans est l’une des neuf pionnières ayant intégré cette année La Masia, le très prestigieux centre de formation du club catalan qui a forgé des légendes comme Lionel Messi, Andrés Iniesta ou Xavi Hernandez, nouvel entraîneur de l’équipe première masculine.

Depuis sa création en 1979 dans une vieille bâtisse proche du Camp Nou, puis son déménagement il y a dix ans près du centre d’entraînement du club dans la banlieue de Barcelone, La Masia n’avait jamais accepté de filles parmi ses résidents.

Poussée par les récents triomphes du Barça fémininsacré en Liga, en coupe nationale et en Ligue des champions la saison passée

, elle leur a ouvert ses portes pour la première fois.

“C’est un cadeau !”, se réjouit Clàudia, obligée depuis des années de passer une heure en voiture entre sa ville de Gérone (nord-est) et Barcelone pour pouvoir s’entraîner avec des filles de son niveau après avoir fait ses premiers pas au milieu de garçons.

Passée par l’Espanyol, l’autre grand club professionnel de la métropole catalane, elle évolue aujourd’hui au sein du Barça B et suit en même temps des études de chimie à l’université.

Secoué par une grave crise économique et encore sous le coup du départ de Messi, le Barça a connu ses derniers grands succès grâce à l’équipe féminine, tenante du titre en Ligue des champions dames, où elle reçoit Hoffenheim mercredi (18h45) pour la 3e journée.

Au-delà de son triplé la saison dernière, le Barça féminin a raflé l’intégralité des récompenses individuelles décernées en août par l’UEFA. Jusqu’au prix de meilleure joueuse de la saison, décerné à la capitaine Alexia Putellas, qui est aussi l’une des quatre joueuses du Barça nommées pour le Ballon d’Or féminin.

“Pionnières”

“C’est une très grande responsabilité, on est des pionnières. Mais c’est surtout sympa de savoir que tu seras à jamais l’une des premières à être entrée à La Masia”, confie Laura Coronado, gardienne de 18 ans et étudiante en diététique, assise dans le jardin du centre de formation.

Sa photo, comme celles des 105 pensionnaires (en foot, basket, hand, futsal et roller hockey), orne désormais le vestibule de cette résidence moderne, qui a remplacé le bâtiment originel en 2011 et où vit toujours la pépite du Barça masculin Gavi. Le prodige Ansu Fati, qui vient de fêter ses 19 ans, y a aussi été formé.

“La voie à suivre est très simple. Il suffit de regarder l’équipe masculine pour savoir où nous devons aller”, explique Markel Zubizarreta, le manager du football féminin au Barça.

Sur le chemin de la salle de détente, où trônent un billard et un baby-foot, une grande peinture murale rend hommage au Levante-Barça du 25 novembre 2012, un match que les Catalans avaient remporté 4-0 en jouant une heure avec onze joueurs et un entraîneur (Tito Vilanova) formés à La Masia.

Le Barça était alors au sommet de l’Europe et loin d’imaginer que la section féminine continuerait d’alimenter l’armoire à trophées tandis que l’équipe masculine péricliterait.

“Pour les filles de demain”

Dans le sillage du club catalan, la présence des femmes dans le foot espagnol ne cesse de croître. Le nombre de licenciées a presque doublé depuis 2011, passant de 36.200 (4,3% du total des licenciés en Espagne) à 77.400 en 2020 (7,2% du total), selon le ministère des Sports.

“Il manque encore de nombreuses choses, comme la professionnalisation de la Liga”, dont le principe a été accepté mais qui n’est toujours pas une réalité, relève toutefois Laura Coronado.

“On sait que les salaires ne seront pas équivalents à ceux des hommes, mais on aimerait bien pouvoir vivre plus confortablement du football. On se bat pour cela”, lance-t-elle.

Comme beaucoup de filles de sa génération, Jana Fernandez, désormais en équipe première au Barça à 19 ans, n’a jamais partagé un vestiaire avec des filles avant l’âge de douze ans. Passée par les équipes de jeunes du club, elle n’a pas eu la chance d’être pensionnaire à La Masia.

“Je le rappelle souvent aux filles qui y sont actuellement. Qu’elles en profitent bien, parce que moi, j’aurais adoré être là”, confie cette défenseure, qui étudie la publicité en parallèle de sa carrière et est consciente que le chemin est encore long pour les filles dans le foot espagnol.

“On se bat chaque jour pour obtenir plus de choses pour celles d’aujourd’hui, et surtout pour les filles de demain”, glisse-t-elle, dans un sourire.