Le rugby, rare terrain d’entente entre Bordeaux et Toulouse (avec la chocolatine)

Le troisième ligne du Stade toulousain Alban Placines tire le maillot de l’ailier argentin de Bordeaux-Bègles Santiago Cordero, le 27 décembre 2020 à Toulouse
Par Sébastien DUVAL / © 2021 AFP

Ancestrale, la rivalité entre Bordeaux et Toulouse est aujourd’hui surtout “folklorique” et davantage marquée sportivement dans le football que dans le rugby, la discipline phare du Sud-Ouest, dans laquelle les deux villes se mesureront samedi en demi-finale de Coupe d’Europe.

“La chocolatine est des deux côtés”. Lorsqu’il a déménagé à Bordeaux après avoir vécu une dizaine d’années à Toulouse, Serge Legrand-Vall a trouvé entre les deux “cousins” régionaux plus de points de ralliement que de sujets de contentieux.

“Bordelais et Toulousains partagent la culture du Sud-Ouest: le rugby, le goût de l’Espagne, la gastronomie du canard, l’accent…”, énumère ce Catalan d’origine, qui remonte dans son livre, “Toulouse, Bordeaux: l’un dans l’autre” (2005), aux origines de leur “rivalité proclamée”.

On en trouve les racines au Moyen-Age, avec la “volonté hégémonique” des ducs d’Aquitaine sur le comté de Toulouse et le “privilège” accordé pendant des siècles aux producteurs bordelais pour vendre leurs vins avant ceux du haut pays garonnais.

Au 18e siècle surtout, grâce à sa position à l’embouchure du fleuve, Bordeaux explose économiquement et démographiquement avec l’essor du commerce transatlantique, alors que Toulouse “fait du surplace”.

Les Bordelais auraient développé à cette époque une certaine condescendance”l’attitude du nouveau riche par rapport à celui qui n’a pas évolué”, résume Serge Legrand-Vallmais la Ville rose, grâce notamment à l’industrie aérospatiale, a refait depuis son retard.

Manque d’histoire

“Il y a eu un vrai rééquilibrage entre les deux villes et la rivalité aujourd’hui est plus de l’ordre du folklore”, estime l’auteur, romancier et concepteur-rédacteur dans la publicité.

“A part pour se chambrer”, Bordeaux et Toulouse n’ont pour lui “plus de réelles raisons” de ferrailler. Mais le sport ne manque jamais d’en fournir de nouvelles.

Même si les deux équipes n’ont pas toujours évolué au même échelon, Alain Giresse a connu quelques derbies de la Garonne sous le maillot des Girondins de Bordeaux avant d’entraîner le “Téfécé”.

Il se souvient particulièrement de celui à Toulouse en 1983″on était venu gagner 3-1 avec Bordeaux et j’avais mis les trois buts”et d’un autre, plus rugueux, dans les années 1960, alors qu’il était “encore gamin”.

“Le style des deux équipes était alors très engagé. Et les joueurs étaient sortis les crampons à la main au cas où il y aurait de la friture”, raconte le natif de Langoiran, sur les bords de la Garonne. “Cela allait au-delà du résultat propre. Il y avait de la fierté derrière”.

“Rapport de force inversé”

La ferveur n’est pas la même dans le rugby. Pour plusieurs raisons, à commencer par un manque d’histoire.

L’Union Bordeaux-Bègles (UBB) n’a été fondée qu’en 2006, sur les cendres du Club athlétique Bordeaux Bègles Gironde (CABBG), qui a gagné ses deux seuls titres de champion de France face à Toulouse, en 1969 et 1991, sans qu’un vrai antagonisme n’émerge pour autant.

La rivalité Bordeaux-Toulouse “s’entend en football parce qu’il n’y a pas d’autres clubs autour, mais il y en a tellement en rugby dans le Sud-Ouest que les querelles sont plutôt politiques ou de clocher”, estime le manager du haut niveau des Rouge et Noir Jérôme Cazalbou, l’un des acteurs de la finale de 1991.

Il s’agirait aussi pour Giresseinitié au ballon ovale au collège par son prof de sport Jean-Michel Capendeguy, un international françaisd’un “rapport de force inversé” avec le football en matière de palmarès.

Du haut de ses 20 boucliers de Brennus et quatre sacres européens, le Stade toulousain impose le respect à la plupart de ses adversaires.

L’UBB n’y coupe pas, d’autant que son président, Laurent Marti, a joué chez les jeunes à Toulouse. Il ne cache pas s’en être “inspiré” et avoir gardé pour le club haut-garonnais “beaucoup d’affection et d’admiration”. Mais où est donc passée la condescendance bordelaise?