L’Allemand Leon Goretzka (au centre), fĂ©licitĂ© par ses coĂ©quipiers, après son but marquĂ© lors du match de qualification Ă  l’Euro-2020 contre le Belarus, le 16 novembre 2019, Ă  Mönchengladbach
Par Christophe BEAUDUFE / © 2019 AFP

Quadruple championne du monde et triple championne d’Europe, l’Allemagne s’est qualifiĂ©e samedi pour l’Euro-2020, oĂą elle arrivera sur la pointe des pieds avec une Ă©quipe jeune en pleine construction, aux ambitions forcĂ©ment limitĂ©es.

“Pour le moment, je ne nous vois pas parmi les favoris. L’important, c’est que nous nous rodions collectivement lors des deux matches de mars”, a admis Toni Kroos, le champion du monde 2014 aux 96 capes, après la victoire 4-0 samedi contre le faible Belarus.

Le sĂ©lectionneur Joachim Löw fait la mĂŞme analyse: “Cette Ă©quipe a de grandes qualitĂ©s mais plusieurs joueurs ont encore besoin de quelques annĂ©es pour se dĂ©velopper”, estime-t-il.

Sauf que le temps presse pour le coach de 59 ans, qui s’est lancĂ© dans une opĂ©ration radicale de rajeunissement après les Ă©checs successifs du Mondial-2018 et de la Ligue des Nations, en prenant le risque d’Ă©carter des cadres expĂ©rimentĂ©s et Ă  peine trentenaires comme Thomas MĂĽller, Mats Hummels, JĂ©rĂ´me Boateng ou Sami Khedira.

Il ne lui restera, après le dernier match de qualification mardi contre l’Irlande du Nord, que deux rencontres amicales avant d’annoncer en mai sa liste Ă©largie des joueurs retenus pour le stage de prĂ©paration au tournoi.

Blessures graves des tauliers

“C’est trop peu de temps au regard des chantiers encore visibles samedi dans ce processus poussif de rajeunissement”, s’inquiète dimanche le magazine Kicker, la Bible du foot allemand: “les absences rĂ©pĂ©tĂ©es, et avant tout les blessures graves des joueurs censĂ©s ĂŞtre les tauliers du futur, Niklas SĂĽle, Leroy SanĂ© et Antonio RĂĽdiger, compliquent Ă©normĂ©ment la recherche d’une Ă©quipe-type et la formation d’une hiĂ©rarchie”.

“D’autres nations, comme la France, l’Angleterre ou les Pays-Bas, ont beaucoup d’avance dans ce domaine sur Löw et sa troupe”, conclut Kicker, guère optimiste.

Si les choses tournent mal, Löw pourra toujours invoquer la malchance. En octobre, douze de ses joueurs étaient absents du rassemblement, et plusieurs tauliers potentiels manquent encore cette semaine, dont le capitaine de Dortmund Marco Reus (cheville), le Parisien Julian Draxler (pied), ou le défenseur central de Chelsea Antonio Rüdiger (aine).

Il avait prĂ©vu de donner les clĂ©s de la dĂ©fense Ă  Niklas SĂĽle: le colosse de 24 ans du Bayern Munich s’est grièvement blessĂ© au genou et n’est mĂŞme pas certain d’ĂŞtre de retour pour l’Euro.

Quant Ă  l’attaque, elle est amputĂ©e de sa star Leroy SanĂ©. Le feu-follet de Manchester City s’est rompu les ligaments croisĂ©s du genou et ne reviendra sans doute pas avant mars.

Bricolage permanent

RĂ©sultat: Löw bricole en permanence et n’arrive pas Ă  donner du temps de jeu Ă  une “ossature type”. Samedi contre le Belarus, l’Allemagne a connu quelques trous d’air derrière et s’est parfois montrĂ©e empruntĂ©e dans le jeu de transition rapide.

Le match de mardi contre l’Irlande du Nord Ă  Francfort sera une occasion de resserrer les boulons. D’autant que l’enjeu n’est pas nul: une victoire garantirait Ă  la “Mannschaft” la première place du groupe devant les Pays-Bas, et la certitude d’ĂŞtre tĂŞte de sĂ©rie lors du tirage au sort de la phase finale le 30 novembre.

Globalement, Joachim Löw est pourtant satisfait de l’Ă©tat d’esprit de sa jeune troupe: “il Ă©tait important de montrer le caractère dont nous aurons besoin l’an prochain Ă  l’Euro. Important de ne pas douter de la victoire”, a insistĂ© le coach, qui compare souvent son groupe actuel Ă  celui de 2010: troisièmes du Mondial en Afrique du Sud, les jeunes Neuer, Hummels, Ă–zil et autres Boateng dĂ©butaient alors une aventure qui allait les mener au titre suprĂŞme, quatre ans plus tard au BrĂ©sil.