L1: Sofiane Diop, le temps de l’éclosion à Monaco

Le milieu de terrain monégasque Sofiane Diop, lors du match de L1 contre Bordeaux, le 1er novembre 2020 au stade Louis II à Monaco
Par Christophe BELLEUDI / © 2021 AFP

“Il est sur le bon chemin, mais rien n’est acquis”: si l’entraîneur monégasque Niko Kovac apprécie l’éclosion inattendue de Sofiane Diop, 20 ans, il entend le voir poursuivre sa progression à l’heure où l’ASM doit retrouver la victoire en Ligue 1 mercredi à Lorient (19h00).

La carrière monégasque du milieu offensif n’est pas un fleuve tranquille. Débarqué en juin 2018 de Rennes, où il avait refusé de passer professionnel, Diop s’était engagé jusqu’en 2023 en Principauté.

C’était le temps où Vadim Vasiliev débauchait les futurs talents à tout-va. Le temps où Monaco empilait les jeunes sans les protéger. Symbole de leurs difficultés et de l’épée de Damoclès restée sur la tête de chacun d’eux, Wilson Isidor, arrivé de Rennes en même temps que Diop, évolue aujourd’hui en prêt à Bastia-Borgo, 14e du National.

“Chacun a son parcours, son histoire à écrire”, commente aujourd’hui Diop. “J’espère qu’il fera la meilleure saison possible pour revenir. Moi, je suis ici actuellement. Et je bosse.” Grâce à Niko Kovac, qui l’a rattrapé par le bout de la manche…

Certes, Leonardo Jardim l’avait lancé dès son arrivée contre Paris, au Trophée des champions 2018 (défaite 4-0). Certes, Thierry Henry lui avait ensuite fait découvrir la Ligue des champions.

De +lofteur+ à titulaire

Mais au sein d’une équipe exsangue, le gamin d’alors 18 ans a alterné le bon, parfois, et le mauvais, souvent, avant un aller simple en réserve dès le retour aux commandes de Jardim. Il est ensuite parti la saison dernière pour un prêt compliqué à Sochaux où, “moins épanoui”, il a “beaucoup bossé sur le mental”.

En moins de trois ans, Diop est donc déjà “passé par toutes les phases avec Monaco, dont des périodes compliquées”. “C’est l’apprentissage, dit-il. Mais j’ai su relever la tête et plonger dans le travail.”

Aurélien Tchouameni, son coéquipier à l’ASM comme en sélections de jeunes, explique: “Ce parcours un peu atypique lui a permis de prendre confiance. Il démontre au fil des matches l’étendue de son talent. C’est bon pour l’équipe. Je suis content pour lui.”

Fin juillet pourtant, Diop était toujours écarté, avec les +lofteurs+ monégasques. “Le club nous avait dit que rien n’était figé, se souvient-il. J’ai fait ce que j’avais à faire: travailler. Le coach m’a donné ma chance. Je l’en remercie. A moi de rendre sur le terrain, même si au départ je ne pensais pas à ça (jouer autant, NDLR).”

“Sofiane et Eliot (Matazo) étaient investis, avec une bonne attitude, raconte Kovac. Si un joueur est meilleur à l’entraînement, je lui donne l’opportunité. C’est ce qui s’est passé avec Sofiane.”

Carences défensives

Avec quatre buts en 17 rencontres, Diop est, depuis, devenu essentiel au dispositif offensif. “Avec le ballon, il fait de belles choses”, reconnaît Kovac, qui insiste: “Il est sur le bon chemin mais rien n’est acquis. La route est longue. Il doit progresser dans tous les domaines, notamment défensif, où ses performances ne me satisfont pas toujours.”

Grâce à sa préparation estivale, Diop se sent pourtant “capable de répéter les courses et de rester propre techniquement, même fatigué”. Ce n’est pas encore suffisant. Buteur contre Saint-Etienne (2-2, 17e journée), il a ainsi été sorti à la pause d’une équipe réduite à dix.

“Pour être comprises, les choses doivent être répétées”, clame Kovac. Au quotidien, Diop apprend donc à presser correctement, à protéger son latéral à bon escient, à se rapprocher des milieux axiaux pour consolider l’équipe.

Il s’est aussi engagé auprès d’une association organisant des distributions alimentaires à Tours, sa ville d’origine.

“Sofiane est intelligent. Il questionne, veut comprendre, s’informe. C’est bien, et parfois, plus compliqué, résume Kovac. Ces hauts et bas sont le processus normal d’une croissance lente et non-linéaire.”

Mais l’ex-entraîneur du Bayern sent que ce travail permettra l’éclosion définitive du joueur.

“Sofiane va apprendre et progresser pas à pas, conclut-il. L’expérience ne s’achète pas. Il faut vivre pour comprendre. Dans deux-trois ans, ses qualités se seront encore développées.”