L1: Reims et le champagne, une histoire d’amour modérée par la loi Evin

Le président du Stade de Reims Jean-Pierre Caillot suit le match contre Lyon, en L1 au stade Auguste-Delaune, le 17 août 2018
Par Nicolas BLASQUEZ / © 2019 AFP

Reims et le champagne, c’est une histoire d’amour… avec un chaperon très strict: le club rémois, qui retrouve progressivement son lustre d’antan, bénéficie du soutien de nombreuses maisons productrices et les deux parties rêvent d’un assouplissement de la loi Evin, qui encadre ces partenariats.

“Le Stade de Reims est très lié à son produit local, la bouteille de champagne, qui a figuré sur l’écusson du club durant 60 ans”, explique à l’AFP Jean-Pierre Caillot, président du club depuis 2004. “Et il y a eu un président mythique, Henri Germain, qui était PDG d’une maison de champagne.”

Au stade Auguste-Delaune, 16 des 32 loges sont réservées à l’année par des maisons de champagne, certaines très connues, d’autres plus modestes.

“Le Stade de Reims est un bon vecteur de communication. On a la chance d’avoir un produit phare mais on est coupé de toute une partie de notre rôle d’ambassadeur car on ne peut pas faire de publicité”, regrette le dirigeant rémois.

L’été dernier, plusieurs députés de la majorité avaient prôné un assouplissement de la loi Evin qui encadre strictement la publicité pour les marques d’alcool, notamment lors des manifestations sportives. Mais cette initiative n’a pour l’heure pas abouti.

“La protection contre l’alcoolisme passe plus par l’éducation et la prévention que par l’interdiction”, plaide Eric Girardin, député LREM de la Marne et ancien président du club de basket de Reims. “La loi Evin existe et n’empêche pas l’alcoolisme. On a affaibli le soutien au sport. Un assouplissement servirait les intérêts de tous: clubs, territoires et entreprises.”

“Comportements à risques”

Depuis 1991, la loi Evin défend aux producteurs d’alcool de parrainer les clubs sportifs, que ce soit comme sponsor maillot ou sur des panneaux publicitaires.

“Bien évidemment que les maisons de champagne augmenteraient leur partenariat avec le club s’il n’y avait pas la loi Evin”, fait valoir auprès de l’AFP Patrick Rosset, responsable de la commercialisation du champagne Deutz. “On pourrait affecter tellement de sommes au sport, on pourrait faire de belles choses.”

Mêmes promesses pour Pierre-Emmanuel Taittinger, PDG de la célèbre maison éponyme: “Si c’était possible, ça serait logique pour nous de sponsoriser le Stade de Reims”, assure-t-il. “Faisons attention à ne pas mélanger le champagne, qui est une boisson festive, avec l’alcool fort qui peut être bu tous les jours.”

L’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) rappelle toutefois les dangers de la publicité pour ce genre de boissons.

“Il y a une corrélation positive entre le fait que les gens aient une bonne image de l’alcool et le fait qu’ils aient des comportements à risques”, souligne Franck Lecas, chargé des contentieux sur le respect de la loi Evin à l’ANPAA. “La publicité augmente la consommation, c’est prouvé scientifiquement par plusieurs études.”

Vitrine

Reste à savoir si, dans l’hypothèse d’une éventuel assouplissement légal, les maisons seraient disposées à verser plusieurs centaines de milliers d’euros pour figurer sur le maillot rémois. Une simple loge, qui leur permet d’inviter clients, partenaires et fournisseurs de raisin, leur coûte déjà autour de 60.000 euros par saison.

“Deutz est une maison à taille humaine mais pour des mastodontes comme Moët ou Veuve Clicquot, ce serait un goutte d’eau”, glisse Patrick Rosset.

“Les droits de retransmission de la L1 sont vendus à l’international donc il y a de la visibilité. Ca pourrait par exemple être une vitrine pour des maisons moins connues”, imagine Jean-Pierre Caillot.

Certaines maisons sponsorisent déjà le sport à l’étranger et notamment le football. Par exemple, l’an dernier en Russie, les Bleus ont fêté leur sacre avec du Taittinger, qui était le champagne officiel de la Coupe du monde 2018 ainsi que de l’édition féminine qui a eu lieu cette année en France, et notamment à Reims.

“C’est dommage d’avoir un produit dont la France peut être fière et de ne pas faire en faire la publicité. On est une petite agglomération donc si on se prive de tout un pan de l’économie locale en termes de partenariat, c’est un gros handicap”, déplore le président rémois.