L1: pour Kovac, l’ambition est de “retrouver un grand Monaco”

L’entraîneur croate de Monaco, Niko Kovac, lors du match de Ligue 1 à domicile contre Marseille, le 23 janvier 2021
Par Christophe BELLEUDI / © 2021 AFP

Riche de sa double culture croato-allemande, attaché au développement humain de ses joueurs et désireux de voir son équipe “dynamique et attractive”, l’entraîneur de Monaco Niko Kovac affiche ses ambitions et explique à l’AFP ses principes de jeu et de management avant le derby mercredi contre Nice.

Q: Racontez-nous votre arrivée à Monaco…

R: “Le président Rybolovlev a mandaté Oleg (Petrov) et Paul (Mitchell). En moins d’une semaine, j’étais à Monaco. Les deux années précédentes ratées ne m’ont pas gêné. A mes débuts à Francfort, la situation était bien pire. Sans arrogance, je crois en mes qualités, celles du staff. J’ai donc décidé de quitter mon univers pour écrire un nouveau chapitre de ma vie. L’ambition présidentielle, la motivation rencontrée et la puissance du club me font croire à un bon choix.”

Q: Comment s’accommoder de la politique de trading ?

R: “Excepté Paris, ce modèle est généralisé. J’espère simplement garder nos talents plus longtemps. L’ambition est de retrouver un grand Monaco. Cet été, on pouvait vendre Benoît Badiashile. J’ai dit: +Cela n’a aucun sens. A 19 ans, il peut grandir ici, devenir plus fort, peut-être intégrer les Bleus. Des clubs viendront.+ Mais Monaco continuera de vendre.”

Q: La L1 vous a-t-elle surpris ?

R: “Avec autant de qualité technique, je comprends mal pourquoi la majorité des équipes évoluent +bloc bas+. Je veux voir mon équipe dynamique et attractive. Certes, on prend trop de buts. Je n’apprécie pas. Mais c’est le processus d’évolution. Les joueurs acquièrent des automatismes pour répondre aux situations récurrentes. Changer leur façon de penser prend du temps. Mais cette méthode leur servira, même à l’étranger.”

Q: Outre ces automatismes, vous insistez sur l’endurance…

R: “Une bonne préparation physique permet coordination, finition et concentration optimales. Et la répétition d’efforts. Le joueur ne cherche plus à +survivre 90 minutes+. Le jeu est devenu agressif, avec beaucoup de courses à haute intensité. Mais les fondamentaux demeurent. Sans une excellente endurance, les capacités baissent après une heure et les blessures surviennent. On a peu de blessés, un bon niveau global. L’intersaison prochaine, on montera encore d’un cran.”

Q: Votre façon de manager est-elle empirique ?

R: “A 50 ans, j’ai mûri ma façon de travailler. Faire accepter des évolutions, par exemple, se fait par sous-objectifs. Les joueurs ont beaucoup d’outils à disposition. Ils demandent une ligne directrice, un discours clair. Lorsqu’ils voient le travail transposé en match, tu acquiers plus de crédibilité. Ils te suivent plus facilement. C’est donnant-donnant. Tu offres un cadre. Ils s’expriment librement, en suivant des règles communes, pour un objectif commun.”

Q: Et si un joueur se trompe ?

R: “Il faut lui dire. Mes actes peuvent se durcir: +Tu ne fais pas les choses demandées, tu ne joues pas!+ Je sais m’excuser quand je fais une erreur. J’en attends autant de la personne en face. Cela montre la force d’une relation. J’ai fait, je fais et je ferai des erreurs. Mon leitmotiv est de les réduire au maximum. Moins il y en a, plus les chances de succès grandissent.”

Q: Votre double culture est-elle une richesse ?

R: “Je suis Croate, né à Berlin-Ouest, comme une île au milieu d’un pays (la RDA, ndlr). Quand le mur est tombé, j’y étais. J’avais 18 ans. Les gens venaient de partout célébrer la nouvelle unité allemande. Berlin est multiculturelle. Je n’ai jamais été confronté au racisme. J’ai vécu avec le principe d’égalité où le plus important est ta personnalité, ta façon d’être, pas tes origines, ta religion. Je suis cosmopolite. Je revendique mes cultures allemande et croate. Parfois, je choisis la facette allemande, structurée et stricte. Parfois, je ferme un œil, voire les deux, pour plus de liberté.”

Q: Quel est votre objectif professionnel et l’image que vous souhaitez laisser ?

R: “Associer succès et titres est très réducteur. On ne gagne pas sans aider au développement humain d’un joueur. Faire partie de ce processus me rend fier. Mes proches m’aident à essayer d’être une meilleure personne. J’échange beaucoup avec mon frère, Robert. Il est aussi bon d’écouter quelqu’un hors de sa bulle. J’essaie d’avoir ce feedback. Lorsque je quitterai cette terre, j’aimerais qu’on dise de moi: +Il était une bonne personne+. C’est bien mieux que: +C’était le meilleur entraîneur+.”

Q: Êtes-vous toujours dans l’apprentissage ?

R: “Si tu arrêtes ton évolution, les autres passent devant. Si tu vis dans le passé, ton futur n’existe pas. Il faut rester éveillé, tenter de comprendre les gens dans ce monde multiculturel. C’est mon objectif de développement personnel.”

Propos recueillis par Christophe BELLEUDI.