L1: Paul Baysse, enfin la plénitude aux Girondins

Les défenseurs des Girondins Laurent Koscielny (g) et Paul Baysse lors d’un match de pré-saison contre Toulouse, le 4 août 2020 à Agen
Par Raphael PERRY / © 2021 AFP

Entre Paul Baysse et les Girondins, c’est une histoire de cœur, profonde mais aussi contrariée, entre éloignements et péripéties qui ont forgé ce défenseur de caractère, de retour au premier plan après avoir connu le placard pendant un an.

Il fait partie de ces soldats avec lesquels on peut partir au combat les yeux fermés. Coriace, volontaire, il ne se laisse jamais faire, à l’image de ses prises de becs avec les anciens Parisiens Zlatan Ibrahimovic (en 2016) ou Thiago Motta (en 2017) qui l’ont sorti de l’anonymat de la L1.

Baysse est un pur Girondin. Il est né à Bordeaux en 1988, où il a fait toutes ses classes sous la houlette de Patrick Battiston et Marius Trésor, y croisant même en fin de formation Jean-Louis Gasset, alors adjoint de Laurent Blanc.

Mais celui qui arbore depuis toujours la coupe surfeur n’a pas eu la chance de débuter en pro sous ce maillot, à l’instar d’autres jeunes du coin recalés comme Mathieu Valbuena ou Damien Da Silva.

Il a donc trouvé son salut dans l’exil, mais avec l’espoir de revenir un jour chez lui. Cette opportunité s’est présentée en janvier 2018, après près de 300 matches disputés avec Sedan, Brest, Saint-Étienne, Nice et Malaga, qui auraient pu être plus nombreux sans deux graves blessures aux genoux le contraignant à l’arrêt pendant 19 mois.

Douche froide

Sa mission: sauver son club sur une pente alors dangereuse (15e) après 9 défaites en 12 matches et ramener de la joie. Mauvais karma.

Dès son deuxième match, Baysse prend un carton rouge, voit Pablo rentrer d’un prêt gagnant au Brésil et Jules Koundé éclore. Du coup, il rétrograde dans la hiérarchie des centraux, et après huit apparitions en L1, l’entraîneur d’alors Gustavo Poyet le renvoie sur le banc, puis en tribune.

Il est quitte pour refaire ses valises, en prêt, direction Caen pendant un an. Et quand il revient, il tombe sur Paulo Sousa. C’est la douche froide, surtout quand on lui annonce “tu joueras zéro minute” alors qu’il n’a pas fait un seul entraînement.

“Soit on lâche mais ce n’est pas dans mon éducation, soit on essaie de faire changer d’avis, expliquait-il en octobre dernier. Je pense avoir démontré au quotidien que j’étais pro, que je me donnais à fond, que j’avais les qualités pour aider l’équipe”.

Au final, “c’est une petite défaite” résume Baysse, qu’il relativise en se remémorant “les autres épreuves (ses blessures) que j’ai traversées”.

Au terme de la dernière saison tronquée et quasi blanche (seulement deux apparitions sur le banc), le destin lui sourit enfin. Sousa renvoyé cet été, Pablo en convalescence, il saisit enfin sa chance et s’épanouit (17 matches sur 20 possibles) aux côtés du capitaine Laurent Koscielny.

Prêt à baisser son salaire

“Ils se complètent très bien, analyse Marius Trésor. Il y a l’expérience et le coup d’œil d’un côté, la voix de l’autre. Dans les matches, c’est plus Paul que Laurent qui dirige les remontées et donne des consignes pour garder les distances”.

Dans les faits, Baysse a permis à son équipe de garder sa cage inviolée à dix reprises (sur 11 +clean sheets+ au total). La récompense tombe fin décembre: prolongation de trois ans, alors qu’il était libre en juin prochain, qu’il a fêtée par un but dimanche dernier à Nice, après plus de trois ans d’attente.

Leader dans l’âme, Baysse est écouté, notamment quand il s’agit d’évoquer la crise actuelle et ses conséquences salariales. Représentant de l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP), il a été un des premiers à annoncer être prêt à baisser le sien, parlant “de solidarité car on est tous dans le même bateau, c’est tout le football qui va mal”.

“On sait qu’il défendra bien les joueurs, c’est le garçon qu’il fallait pour ce rôle”, conclut Trésor.