L1: la folle saison de Nantes, du cauchemar à l’espoir

L’avant-centre malien de Nantes Kalifa Coulibaly (centre) est félicité par ses coéquipiers après avoir marqué un but contre Dijon, en Ligue 1, le 16 mai 2021 à Dijon
Par Fanny CARRIER / © 2021 AFP

Ce n’est pas la première fois, mais 2020/2021 a pris des airs de chemin de croix pour le FC Nantes, qui était parti avec des ambitions mais a doucement glissé vers la relégation, avant un rebond inattendu sous les ordres du 4e entraîneur de la saison.

. Un été de Covid

Fin juillet, Nantes est le premier club de Ligue 1 concerné par des cas de Covid-19 dans son effectif professionnel. Au total, sept joueurs et plusieurs membres du staff sont touchés pendant l’été. Le programme des matches de préparation est chamboulé et, conformément au protocole médical alors en vigueur au club, les joueurs touchés, même ceux asymptomatiques, doivent attendre plus d’un mois avant de pouvoir réintégrer le groupe.

. Un début de saison poussif

A l’image du terne 0-0 lors du match d’ouverture du championnat à Bordeaux, Nantes peine à démarrer. Les réussites de la saison dernière ne sont plus au rendez-vous: le virevoltant Moses Simon a perdu de son allant, la paire défensive Pallois-Girotto prend l’eau… Et la révélation Randal Kolo Muani, unique satisfaction du début de saison, voit la VAR annuler ses premiers buts pour des hors-jeux millimétriques. Très vite, Nantes s’embourbe dans le dernier tiers du classement, des dissensions affleurent entre l’entraîneur Christian Gourcuff et une partie du vestiaire, le doute s’installe. Le 6 décembre, des Canaris complètement absents s’inclinent 4-0 face à Strasbourg à la Beaujoire. Gourcuff fait ses valises.

. Le fiasco Domenech

Après un mois d’intérim de Patrick Collot, adjoint de Gourcuff, le président Waldemar Kita sort un joker inattendu: Raymond Domenech, qui n’avait plus entraîné de professionnels depuis le fiasco de Knysna lors du Mondial-2010. Mais l’ancien sélectionneur de l’équipe de France a beau afficher sa joie de retrouver le terrain et sa confiance dans ses joueurs, les résultats ne suivent pas. Il part après 8 matches (4 nuls, 4 défaites), couronnés par un ubuesque 32e de finale de Coupe de France qu’il dirige depuis sa chambre d’hôtel à cause d’un test Covid trouble, alors que des sources internes au club annoncent déjà qu’il est limogé.

. La révolte anti-Kita

Des supporters lancent le mouvement à l’automne, avec des rassemblements réguliers près du stade de la Beaujoire les jours de match pour dénoncer la gestion erratique des Kita, père et fils: valse des entraîneurs, frénésie de transferts, omniprésence de l’agent controversé Mogi Bayat, soupçons de fraude fiscale… Fin décembre, musique de cirque et commentaires sarcastiques accompagnent le premier entraînement dirigé par Domenech. Au fil des mois, les supporters tapissent la ville de banderoles et d’affiches satiriques. Avant le match dimanche, ils ont prévu un cortège funèbre pour enterrer le “FC Kita”. Au-delà du folklore, les médias locaux évoquent aussi des projets de reprise et le départ de plusieurs sponsors. En avril, Synergie, partenaire principal, annonce ainsi qu’il se retirera aussi en cas de relégation.

. La résurrection ?

Dimanche 25 avril, 34e journée de L1: mené 1-0 à Strasbourg à la mi-temps après une première période catastrophique, Nantes file inexorablement vers la relégation directe. L’arrivée d’Antoine Kombouaré en février a permis de mettre fin à une série record de 16 matches sans victoire, mais les Canaris, inconstants et souvent fébriles, restent scotchés à la 19e place et voient leurs concurrents prendre le large. Pourtant, les joueurs se transcendent en seconde période et l’emportent 2-1, avant de tout balayer sur leur passage: 4-1 à Brest, 3-0 contre Bordeaux, 4-0 à Dijon. Où en chercher la raison? La promesse d’une prime de maintien de 50.000 euros? Du discours sans concession du coach et ses empoignades viriles? De ses choix tactiques? Une chose est sûre: désormais, Nantes peut assurer son maintien dès dimanche, et aura sinon le joker des barrages, une épreuve que Kombouaré a déjà franchie avec Dijon.