L1: Bordeaux-Marseille, un maintien qui passe mal

Le jeune gardien Davy Rouyard avec une équipe expérimentale de Bordeaux logiquement battue à Brest, en Coupe de France, le 2 janvier 2022

Par Raphael PERRY / © 2022 AFP

Le maintien de Bordeaux-Marseille vendredi (21h00) en Ligue 1, alors que la Ligue de football professionnel (LFP) ne reconnaît que huit cas positifs au Covid-19 côté bordelais, crispe les Girondins, déjà échaudés par le non-report de leur récent match de Coupe de France.

S’il y a une affiche qui tient au cœur des Bordelais, c’est bien la réception de l’OM qui n’a plus gagné en Gironde depuis le 1er octobre 1977.

Mais cette invincibilité historique semble menacée à cause du Covid qui a contaminé de plein fouet les joueurs au scapulaire, fortement diminués avant cette rencontre de la 20e journée de L1 vendredi soir dans un Matmut Atlantique annoncé à huis clos.

Dans le football, tout est question de règlement et de protocole, même quand il change au dernier moment. Celui de la LFP prévoit qu’il faut onze joueurs positifs dans une liste de 30 fournie en début de saison pour qu’un club transmette une demande de report.

Les Girondins, qui ont compté au total 21 joueurs positifs, ont adressé leur demande mercredi matin. En vertu des documents envoyés par Bordeaux, la LFP ne reconnaît plus que huit cas positifs au sein de l’effectif. Mais selon le directeur sportif Admar Lopes, ils restent plus nombreux: “parmi les joueurs qui ont repris mercredi, six sont toujours positifs et ont des symptômes”, a-t-il assuré.

Sampaoli au soutien

“Selon le protocole de la Ligue, ils peuvent jouer, mais selon notre médecin ils n’en sont pas capables physiquement. Le protocole de la LFP n’est pas prévu pour une situation comme la nôtre”, a regretté le dirigeant bordelais.

“On n’a pas la préparation dont on a besoin pour un match de cette importance. Notre club n’est pas respecté, l’histoire d’un match qu’on n’a pas perdu depuis 44 ans non plus. Il faut que les instances s’adaptent aussi”, a-t-il plaidé.

Un point de vue partagé par le syndicat des joueurs (UNFP): “être positif est une chose. S’en remettre en est une autre, et l’UNFP veut bien entendre les médecins des clubs lorsqu’ils tirent la sonnette d’alarme: un joueur qui a été positif ne peut pas reprendre la compétition trop vite au risque de mettre sa santé en danger. (…) il conviendrait de faire parfois montre de bon sens et d’aborder l’esprit du protocole sanitaire, mis en place pour préserver la santé des joueurs. C’est bien le plus important”, indique le syndicat dans un communiqué publié jeudi soir.

L’entraîneur olympien Jorge Sampaoli, qui a lui-même révélé trois cas de Covid-19 dans son équipe avant deux séries de tests d’ici vendredi soir, ne croit “pas du tout que Bordeaux bluffe”.

“Aujourd’hui, c’est Bordeaux, demain ça peut être nous. Si Bordeaux ne peut pas jouer, il ne faut pas jouer. Malheureusement c’est une situation unique. Si on doit reporter pour cas de force majeure, on reportera. La Ligue prendra une décision et on la respectera”, a estimé jeudi l’Argentin.

Déclarer forfait ? “Une possibilité”

Interrogé sur un éventuel forfait face aux Phocéens pour marquer le coup, Lopes a déclaré: “C’est encore une possibilité.” “On va en discuter avec le coach, les six joueurs indisponibles à nos yeux et le président, et on prendra une décision”, a-t-il dit.

Les Girondins seraient-ils les dindons de la farce en ce début d’année? Ils restent néanmoins amers après leur match de Coupe de France le week-end dernier à Brest (défaite 3-0), où ils ont été sommés de jouer malgré l’absence de 23 joueurs professionnels (21 liés au Covid, 2 à la CAN) suite à l’assouplissement express du règlement de la Fédération française qui ne souhaitait ni report ni forfait lors des 16es de finale.

“Je n’avais jamais vu ça de ma vie, c’était incroyable”, a réagi Admar Lopes. “On a pu voir que ce match était une mascarade”, avait commenté juste après la défaite (0-3) l’attaquant Jimmy Briand, un des sept pros alignés aux côtés des 13 jeunes du centre de formation, qui s’est blessé en Bretagne et sera forfait contre l’OM.

Cet imbroglio a fait sortir de leurs gonds les Ultramarines qui ont agité la menace d’actions vendredi: “Il sera bien difficile de canaliser les milliers de supporters des Girondins en colère qui accéderont aux abords du stade vendredi malgré le huis clos, et auxquels nous nous joindrons”, a prévenu le groupe de supporters dans un communiqué.