Italie: Pirlo, le “Maestro” déjà renvoyé à ses études

L’entraineur de la Juventus Turin, Andrea Pirlo, et l’attaquant Cristiano Ronaldo, avant le match de Série A contre Spezia, le 2 mars 2021 à Turin
Par Anthony LUCAS / © 2021 AFP

Pas de deuxième année pour Pirlo: propulsé entraîneur de la Juventus sa thèse d’entraîneur à peine soutenue, l’ex-génie du ballon rond n’a pas réussi à mettre en pratique ses idées de beau jeu et c’est ailleurs qu’il devra parfaire ses gammes.

“Merci, Andrea. Ce sont les premiers mots que nous devons dire à la fin de cette expérience particulière vécue ensemble”: la Juventus a officialisé vendredi le départ de Pirlo, avant probablement d’accueillir le revenant Massimiliano Allegri.

Deux titresla Supercoupe d’Italie et la Coupe d’Italieet une qualification en Ligue des champions arrachée lors de la dernière journée: le bulletin de notes n’est pas si mauvais au terme d’une première saison d’apprentissage.

Mais à la Juventus, après une série historique de neuf titres consécutifs de champion d’Italie, cela ne suffit pas.

Pirlo lui-même savait qu’il serait d’abord jugé aux résultats: “c’est la Juve, c’est normal de devoir gagner. C’était le cas comme joueur, ça le sera aussi comme entraîneur”, disait-il avant le début de la saison.

“Objectifs atteints”

Le titre trop vite abandonné à l’Inter Milan, quasiment depuis la défaite en janvier contre les Nerazzurri, et l’élimination en huitièmes de finale de la Ligue des champions ont fait pencher la balance.

“Cela a été une année intense, compliquée mais malgré tout merveilleuse”, a assuré Pirlo sur Instagram après son éviction.

“Quand j’ai été appelé par la Juve, je n’ai jamais pensé au risque que je prenais, même s’il était assez évident (…). Si je devais revenir en arrière, je ferais exactement le même choix”, a-t-il ajouté, soulignant avoir “atteint les objectifs qui m’avaient été fixés”.

Pirlo, c’était le pari du président turinois Andrea Agnelli. Décidé à rajeunir la “Vieille Dame”, il a ainsi propulsé l’été dernier sur le banc de l’équipe premièreen lieu et place de Maurizio Sarricelui qui pensait démarrer en douceur avec les moins de 23 ans.

Agnelli comptait sur la classe naturelle de Pirlo et surtout sur le CV du “Maestro”: comme joueur, il a tout gagné ou presque avec l’AC Milan, la Juventus et la sélection italienne (une Coupe du monde, deux Ligues des champions et six championnats d’Italie).

Pirlo semblait pouvoir imiter Zidane ou Guardiola, qui toutefois avaient eu l’occasion d’apprendre leur métier chez les jeunes.

Foot “total et collectif”

Le tout avec de belles idées de football “total et collectif, avec onze joueurs actifs en phase offensive comme défensive”, comme le décrivait Pirlo dans sa thèse d’entraîneur, validée en septembre avant son premier match. Il y citait ses modèles: “le Barcelone de Cruyff et celui de Guardiola, l’Ajax de Van Gaal, le Milan d’Ancelotti jusqu’à la Juventus de Conte”.

Les débuts sont flatteurs, avec un 3-0 contre la Sampdoria pour le premier match de championnat le 20 septembre 2020.

Mais avec l’automne, arrivent déjà les premiers doutes: ses joueurs semblent parfois perdus, sans ligne directrice, et sans caractère, en dépit d’une victoire de prestige à Barcelone (3-0) en Ligue des champions.

L’hiver sonnera le glas des espoirs, à la fois en championnat avec la défaite aux allures de passation de pouvoirs contre l’Inter (0-2) et une nouvelle sortie de route prématurée en Ligue des champions contre le FC Porto (1-2, 3-2 a.p.).

Sa Juve n’a trouvé ni son style ni une âme, encore trop dépendante de Cristiano Ronaldo malgré le “rajeunissement” lancé cette saison avec Federico Chiesa, Dejan Kulusevski, Weston McKennie ou Arthur.

Seule consolation: les succès en Supercoupe d’Italie, contre Naples (2-0), et en Coupe d’Italie contre l’Atalanta (2-1). Deux premiers titres pour un entraîneur décidé à “relever de nouveaux défis”.

A 42 ans, il a désormais appris une autre leçon bien connue de tous les entraîneurs: les bancs de touche sont aussi des sièges éjectables.