Vue gĂ©nĂ©rale de la “Casa Milan”, le quartier gĂ©nĂ©ral de l’AC Milan, Ă  Milan, le 24 mars 2019
Par Stanislas TOUCHOT / © 2019 AFP

Des chiffres qui donnent le vertige, ou plutĂ´t le mal des profondeurs: 146 millions d’euros de pertes annuelles, plus d’un demi-milliard englouti depuis 2014. Mal en point sportivement, l’AC Milan, ancien gĂ©ant du football europĂ©en, est aussi en grande difficultĂ© au plan Ă©conomique.

“Nous avons hĂ©ritĂ© d’un club que nous avons sauvĂ© de la faillite, ce qui aurait signifiĂ© la rĂ©trogradation en Serie D.” En prononçant cette phrase mi-octobre, Ivan Gazidis, l’administrateur dĂ©lĂ©guĂ© du Milan, s’est attirĂ© les foudres des tifosi du grand club lombard, mais aussi de certains de ses anciens dirigeants.

“Ce sont des choses Ă  ne pas dire. Ou alors si on veut les dire, on va le faire aux chiottes et on ferme la porte”, a rĂ©pliquĂ© Silvio Berlusconi, 30 ans de prĂ©sidence et cinq Ligue des Champions avec le Milan.

Pourtant, les chiffres racontent effectivement un club en dĂ©route financière, qui ne pourrait survivre sans l’injection massive de fonds par ses propriĂ©taires, Berlusconi, puis brièvement le mystĂ©rieux homme d’affaires chinois Yonghong Li et aujourd’hui le fonds amĂ©ricain Elliott.

En 2014, Milan a perdu 91 millions d’euros, puis 89 en 2015 et 75 en 2016. Les pertes ont continuĂ© avec 32 millions sur le seul premier semestre 2017 avant le grand plongeon: 126 millions sur la saison 2017-18 et 146 millions pour 2018-19.

Intenable, la situation a Ă©tĂ© sanctionnĂ©e par l’UEFA qui, aux termes d’un accord avec le club, l’a exclu de la Ligue Europa Ă  laquelle sa 5e place la saison dernière lui avait donnĂ© le droit de participer.

Il faut dire qu’avec 560 millions d’euros de pertes en cinq ans, le club rossonero est Ă  des annĂ©es-lumière des normes du fair-play financier, qui prĂ©voient un dĂ©ficit maximal de… 30 millions sur trois ans.

sous contrĂ´le

Pour faire face Ă  la situation, Elliott a dĂ» injecter 265 millions d’euros de juin 2018 Ă  juin 2019, a rĂ©vĂ©lĂ© lundi Paolo Scaroni, le prĂ©sident du club, lors de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des actionnaires.

“Le club est dĂ©sormais stable”, a pour sa part assurĂ© Gazidis. Mais comment un gĂ©ant comme le Milan, sept fois champion d’Europe, 18 fois champion d’Italie, a-t-il pu se retrouver dans une telle urgence financière ?

Sans doute justement parce qu’il se vit toujours comme un grand club alors qu’il n’a plus disputĂ© la Ligue des Champions depuis la saison 2013-14. Dit autrement, Milan vit au-dessus de ses moyens.

Moins attractif du fait de rĂ©sultats sportifs moyens, le club voit son chiffre d’affaires stagner autour de 250 millions d’euros annuels depuis plusieurs saisons, alors que la Juventus dĂ©passe dĂ©sormais les 600 ME et que l’Inter, la voisine et rivale, a franchi les 400 ME.

Sur 2018-2019, les revenus ont mĂŞme baissĂ©, passant de 255 Ă  241M. Dans le mĂŞme temps, les coĂ»ts ne cessent eux d’augmenter.

“Nous faisons des pertes parce que nous avons une masse salariale très Ă©levĂ©e. Nous devons prendre un virage et ramener cette masse salariale sous contrĂ´le”, a ainsi jugĂ© Gazidis lundi.

le projet stade

De ce point de vue, les derniers mercatos, menés par les duos Fassone-Mirabelli ou Leonardo-Maldini, ont lourdement pesé, les salaires de joueurs comme Bonucci, Higuain ou Bakayoko ou des transferts à près de 40M comme ceux de Piatek ou Paqueta semblant difficilement compatibles avec la réalité du classement.

Encore aujourd’hui, certaines anomalies perdurent. Avec Donnarumma, Milan a ainsi le gardien le mieux payĂ© d’Italie. Et son remplaçant, Reina, est quatrième du classement. Au total, le club rossonero verse dix millions d’euros annuels Ă  ses trois gardiens, contre 7,3M Ă  la Juventus, 4M Ă  l’Inter ou 3M Ă  Naples, des Ă©quipes de Ligue des Champions.

Pour retrouver un meilleur Ă©quilibre financier, le projet de nouveau stade portĂ© par les deux clubs milanais est l’une des pistes privilĂ©giĂ©es.

“Tous les principaux clubs europĂ©ens ont des revenus de stade supĂ©rieurs Ă  100M d’euros. Pour l’AC Milan et l’Inter ils se montent Ă  environ 34M”, a rappelĂ© Scaroni lundi.

Mais le club entend aussi “investir dans de jeunes footballeurs pour en faire des joueurs de premier niveau”, a de son cĂ´tĂ© expliquĂ© Gazidis, rappelant que l’objectif d’Elliott restait de “ramener Milan en première ligne du football italien et mondial, sans mettre 10 ou 15 ans”.

Pour cela, et comme pour tous les clubs d’Europe, le chemin passe par la Ligue des Champions. Actuellement 13e de Serie A, avec dĂ©jĂ  cinq dĂ©faites en neuf matches et un changement d’entraĂ®neur, Milan en est loin, très loin.