Italie: Inter et Juventus, monuments fragilisés du football italien

Le milieu de terrain français de la Juventus, Adrien Rabiot (g.), échappe au défenseur slovaque de l’Inter Milan, Milan Skriniar, lors du match de Serie A entre la Juventus et l’Inter au Juventus Stadium, à Turin, le 15 mai 2021.
/ © 2021 AFP

Le choc entre l’Inter Milan et la Juventus, dimanche (20h45), oppose les deux derniers champions mais aussi deux colosses du football italien fragilisés par les effets de la pandémie de coronavirus, contraints de réduire la voilure après des pertes record.

Ces deux dernières saisons, l’affiche opposait Romelu Lukaku à Cristiano Ronaldo, sous les yeux du revanchard Antonio Conte, ex-entraîneur bianconero recruté à prix d’or pour ramener l’Inter au sommet.

Le “Derby d’Italie”, comme ce match est appelé dans la Péninsule, auraun peumoins de clinquant dimanche: les deux attaquants vedettes (et deux meilleurs buteurs de Serie A la saison dernière) sont retournés en Premier League, à Chelsea pour Lukaku et Manchester United pour Ronaldo, tandis que l’entraîneur au salaire de “top player” (environ 11 millions d’euros par an, selon la presse) est désormais consultant à la télévision.

Si les deux géants36 titres de champion pour la Juve, 19 pour l’Interont encore les plus beaux effectifs du championnat, c’est le signe d’un certain “redimensionnement” du football italien.

La tempête Covid, avec ses stades vides, a durement secoué les grands clubs du pays, déjà financièrement fragiles. Lors des deux derniers exercices, l’Inter, la Juventus et l’AC Milan ont perdu à eux trois près d’un milliard d’euros, selon les calculs du site spécialisé Calcio e Finanza.

“Comptes en sécurité”

L’Inter comme la Juventus viennent d’annoncer des pertes record: 245 millions d’euros pour le club nerazzurro appartenant au groupe chinois Suning, 210 M EUR pour la Juventus, contrôlée par Exor, la holding de la famille Agnelli.

Pour faire entrer un peu d’argent frais, l’Inter a vendu cet été Lukaku pour 115 M EUR et Achraf Hakimi au Paris SG pour 60 M EUR, selon les montants rapportés par la presse. Et le champion en titre a limité les dépenses pour recruter, en misant principalement sur des joueurs libres ou en prêt payant.

“Maintenant les comptes sont en sécurité, nous avons atteint ce qu’on cherchait en préservant la compétitivité”, a assuré l’administrateur délégué du club Giuseppe Marotta lors du récent Festival du sport.

“Cela signifie qu’il n’y aura plus de ventes de belles pièces pour faire entrer de l’argent, et que les objectifs de l’Inter restent inchangés et visent le sommet en Italie et en Europe”, a ajouté le dirigeant du club, actuellement troisième de Serie A.

La Juventus n’entend pas non plus réviser à la baisse ses ambitions et compte bien reconquérir le scudetto abandonné aux Nerazzurri. Mais elle a dû réduire la voilure, en laissant partir sa plus grande starCristiano Ronaldoet en misant sur un recrutement italien.

Toujours la Super Ligue

Le départ du quintuple Ballon d’or répond à une logique sportive, la Juve n’ayant pas décroché les résultats escomptés en Ligue des champions. Mais le club a aussi vu son intérêt financier à se séparer d’un actif qui coûtait cher.

“CR7” pesait chaque saison pour quelque 86 M EUR sur le budget, entre son salaire brut et l’amortissement de son transfert du Real Madrid (115 M EUR, commissions inclues).

Les comptes bianconeri, redevenus positifs entre 2014 et 2017, se sont progressivement dégradés après son arrivée en 2018. Les pertes n’ont cessé de grossir, en dépit de revenus également en hausse, notamment grâce au sponsoring.

La Juventus a annoncé cet été une augmentation de capital pour stabiliser la situation, tout en poursuivant son combat avec le Real Madrid et le FC Barcelone pour la création d’une Super Ligue, concurrente de la Ligue des champions, qui générerait davantage de revenus pour les plus grands clubs.

“C’est un nouveau paradigme que le football ne peut plus se permettre d’ignorer et sur la base duquel un dialogue doit reprendre. Tout peut être amélioré et repensé”, a ainsi écrit le président Andrea Agnelli dans une lettre aux actionnaires du club, fin septembre.

Un projet dont l’Inter, comme Milan, s’est désolidarisée rapidement face à la fronde des supporters, laissant la Juve seule en Italie dans ce combat controversé.