Italie: à l’Inter Milan, le printemps inattendu d’Eriksen et Perisic

Le milieu de terrain danois de l’Inter Milan, Christian Eriksen, aux prises avec son homologue brésilien de la Lazio Rome, Lucas Leiva, le 14 février 2021 à San Siro
Par Anthony LUCAS / © 2021 AFP

Christian Eriksen et Ivan Perisic, souvent sur le banc jusqu’en février, se sont peu à peu adaptés au schéma de l’intransigeant Antonio Conte pour se faire une place au soleil à l’Inter Milan, lancée vers son premier scudetto depuis 2010.

Lors du dernier mercato, en janvier, l’Inter n’a acheté aucun joueur en raison des grosses difficultés financières de son propriétaire chinois Suning, toujours en quête d’un investisseur pour renflouer les caisses. Mais Conte a trouvé avec Eriksen et Perisic les renforts auxquels personne ne croyait plus.

Le Danois de 29 ans, Nerazzurro depuis janvier 2020, et le Croate de 32 ans, revenu l’été dernier après un prêt d’une saison au Bayern Munich, semblaient perdus pour la cause, inadaptés au schéma de leur entraîneur et souvent remplaçants.

Eriksen, l’ombre de celui qui avait atteint la finale de la Ligue des champions en 2019 avec Tottenham, avait même déjà la valise en main, laissant filtrer son incompréhension devant la presse danoise à chaque rassemblement en sélection.

Et pourtant, les voilà installés comme titulaires dans cette Inter lancée à plein régime vers son premier scudetto depuis 2010, avec une série en cours de dix victoires consécutives avant de recevoir Cagliari dimanche (12h30).

Joueurs “de devoir”

Pour convaincre Conte, tous deux ont toutefois dû changer: oublié leur penchant naturel à jouer haut et vers l’avant, ce sont désormais de véritables joueurs “de devoir”, se repliant vite et défendant bas. Et laissant l’attaque au duo Romelu Lukaku-Lautaro Martinez.

Eriksen, dans ce rôle de meneur bas, a supplanté le décevant Arturo Vidal, premier choix du début de saison, apportant une touche technique supplémentaire dans un milieu qui n’en manquait déjà pas avec Marcelo Brozovic et Nicolo Barella.

Perisic s’épanouit lui à gauche en latéral tout-terrain, et plus seulement en ailier de débordement. Une reconversion que certains en Italie comparent à celle de Samuel Eto’o en 2010 avec José Mourinho.

Le Croate, quand il n’est pas blessé comme cette semaine, est désormais préféré à Ashley Young, en pendant de l’indiscutable Achraf Hakimi à droite.

“Avant, l’Inter n’attaquait qu’à droite, désormais elle peut aussi percer à gauche. L’équipe a progressé, elle sait ce qu’elle veut”, constatait récemment l’ex-défenseur de l’Inter Giuseppe Bergomi, consultant sur la chaîne Sky.

Pour Eriksen, le moment clé a été son coup franc décisif fin janvier en quart de finale de Coupe d’Italie, dans le temps additionnel contre l’AC Milan (2-1).

Relancés pour l’Euro

“Le regard extérieur a alors changé: les gens se sont dit : +Tiens, il n’a pas disparu+”, a reconnu le Danois en mars sur DAZN.

“Je ne sais pas s’il faut parler d’un nouveau Eriksen ou simplement d’un Eriksen qui joue davantage. Je me suis adapté au nouveau système. (…) Conte et moi avions besoin de mieux nous connaître”, a ajouté celui qui, outre ses coups francs, a soigné aussi son italien pour mieux s’intégrer, comme suggéré par son entraîneur.

Conte ne tarit d’ailleurs plus d’éloges sur Eriksen: “Selon moi, il développe un aspect qu’il ne connaissait pas. Il a joué devant la défense comme je lui ai demandé, il progresse”, s’est encore félicité l’entraîneur après la victoire contre Sassuolo (2-1) mercredi, lors d’un match où Eriksen et l’Inter ont de nouveau laissé leurs adversaires jouer pour mieux les piquer en contre.

Ce renouveau réjouit aussi au Danemark en vue de l’Euro. Même si “la position qu’occupe Eriksen (106 sélections, ndlr) à l’Inter n’existe pas vraiment en équipe nationale. Nous l’utilisons plus comme un attaquant, un numéro 10”, a rappelé à l’agence danoise Ritzau le commentateur de Discovery Mikkel Bischoff.

Même satisfaction du sélectionneur croate Zlatko Dalic, qui préfère voir Perisic (99 sélections) sur le terrain que sur le banc : “Avec la Croatie, il est plus utile en attaque, mais à l’Inter il est précieux sur tout le flanc. Ivan et Conte n’avaient peut-être pas trouvé l’entente parfaite au départ, mais désormais ça fonctionne”, s’est-il réjoui dans la Gazzetta dello Sport.