Houllier, héros des Reds et du PSG mais malheureux en Bleu

L’ancien manageur de Liverpool et ex-sélectionneur de l’équipe de France Gérard Houllier , le 4 octobre 2014 à Liverpool
Par Olivier LEVRAULT / © 2020 AFP

Champion de France avec le PSG et Lyon, vainqueur de la Coupe de l’UEFA avec Liverpool, Gérard Houllier a connu une riche carrière d’entraîneur, seulement entachée par son fiasco comme sélectionneur des Bleus lors du cruel France-Bulgarie de 1993.

Annoncé par L’Equipe et RMC, son décès à 73 ans a été confirmé lundi par le club du RC Lens et une source proche du PSG, deux clubs qu’il avait entraînés.

“Je ne marcherai jamais seul”: en 2015, Gérard Houllier fait sienne la devise de Liverpool pour son autobiographie. Un hommage aux Reds, avec lesquels il a atteint en 2001 un des sommets de sa carrière d’entraîneur avec un triplé faste: Coupe d’Angleterre, Coupe de la Ligue et surtout Coupe de l’UEFA, remportée au terme d’une finale mémorable 5-4 contre le Deportivo Alavés.

Sur les bords de la Mersey, Houllier restera aussi l’homme qui a lancé, en novembre 1998, Steven Gerrard, jeune milieu de 18 ans devenu idole de tout un club et capitaine de l’Angleterre.

“Figure du père”

“Je dois énormément à Gérard Houllier. Pour moi, il a un peu la figure du père qui met ses bras autour de vous. J’ai gagné mes trois premiers titres avec lui. Il m’a offert le brassard à 23 ans et c’était courageux de sa part”, confiera Steven Gerrard au moment de quitter Liverpool.

L’Angleterre, ce Ch’ti de Thérouanne (Pas-de-Calais), où il est né le 3 septembre 1947, l’avait dans le sang autant que le football. En parallèle de sa passion, il devient professeur d’anglais et enseigne une année en 1969 à… Liverpool.

Ce fils de boucher se doutait-il qu’il y retournerait dans la peau du manager d’un des plus grands clubs du monde? Sans doute pas. Comme il l’explique, celui qui a commencé comme entraîneur-joueur du Touquet est un “entraîneur issu de la base de la pyramide du foot, et non de son sommet”.

Mais les valeurs, la ténacité et la connaissance du jeu de ce technicien l’y mèneront, au sommet. Progressivement et d’abord en conquérant son Nord natal.

Les premières joies commencent avec Noeux-les-Mines, qu’il fait monter en Division 2, avant de goûter à l’élite au RC Lens (1982-1985). Des galons pris et une réputation naissante qui lui valent de “monter” à Paris en 1985 pour offrir au PSG de Francis Borelli son premier titre de champion de France, dès sa première saison.

En 1988, il devient sélectionneur adjoint de Michel Platini, avant de prendre lui-même les commandes en 1992, pour douze petits matches. Car son nom restera pour toujours attaché à l’un des pires fiascos de l’histoire des Bleus: la défaite face à la Bulgarie en 1993 (1-2), qui prive la France de la Coupe du monde 1994.

Après l’échec, Houllier marque les esprits par sa phrase pleine d’aigreur à l’encontre de David Ginola, dénonçant l’attitude de l’attaquant comme un “crime contre l’équipe”, une déclaration source d’une profonde inimitié entre les deux hommes. Le sélectionneur démissionne et trouve refuge à la direction technique nationale (DTN), où il restera jusqu’en 1998, quand il rejoint Liverpool, à 51 ans.

A cœur ouvert

En Angleterre, son caractère inspire le respect, son sens de l’humour est apprécié et, mieux, il séduit les supporters avec les souvenirs de sa jeunesse, quand il venait lui-même dans les tribunes d’Anfield. L’alchimie prend la forme du succès avec le fabuleux triplé de 2000-2001, qui sera transformé en quintuplé avec les victoires en Community Shield et Supercoupe d’Europe.

Mais, en octobre 2001, en plein match, il est victime d’un malaise cardiaque. Opéré à cœur ouvert pendant plus de onze heures, il restera éloigné des bancs plusieurs mois.

“Il y a ceux qui disent que je devrais peut-être oublier le football. Peut-être que je devrais oublier de respirer !”, dira-t-il à son retour. Il peinera cependant à reprendre la main, malgré un nouveau succès en Coupe de la Ligue (2003).

De retour en France, il maintient l’hégémonie de Lyon avec deux titres de champion en 2006 et 2007 mais manque ses campagnes européennes. Après un nouveau mandat à la DTN (2007-2010), le “Frenchy” s’offre une dernière pige d’un an comme entraîneur d’Aston Villa avant de ménager sa santé.

Comme directeur sportif des New York Red Bulls puis, depuis 2016, comme conseiller spécial du président Jean-Michel Aulas à Lyon, il restera jusqu’à sa mort dans le monde du football. Son monde.