Grealish, la merveille anglaise qui donne la migraine à Southgate

Le milieu d’Aston Villa, Jack Grealish, lors du match de Premier League à Leicester, le 18 octobre 2020
/ © 2020 AFP

Joueur extrêmement talentueux, devenu en plus décisif cette saison, le milieu de terrain anglais Jack Grealish pose un problème presque insoluble au sélectionneur Gareth Southgate qui doit lui faire une place dans un système pas bâti pour lui.

“Old school” (vieille école) est le premier qualificatif qui vient à l’esprit quand on pense au meneur de jeu d’Aston Villa.

Avec ses cheveux gominés, ses chaussettes portées bassesà l’instar d’autres joueurs à l’élégance incontestable comme Laurent Blanc ou Francesco TottiGrealish semble parfois avoir 15 ou 20 ans de retard sur le foot moderne.

“Je pense qu’il est le joueur le plus talentueux que l’Angleterre ait. Il est ce que nous avons eu de plus proche d’un Paul Gascoigne”, le meneur de jeu de l’Angleterre au tournant des années 1990, avait dit de lui l’ancien Gunner Paul Merson à Sky.

Un compliment qui porte aussi en lui la principale critique faite à Grealish, sorti tout droit de l’époque où faire 40 mètres balle au pied n’était pas un crime, alors que la passe semble aujourd’hui la seule façon acceptable de faire avancer le ballon.

“Cerveau fait pour le football”

Cette image d’ovni du foot moderne, de joueur pour esthètes, lui a longtemps nui, tout comme le fait de jouer pour Aston Villa, qui a échappé de justesse à la relégation l’an dernier.

Mais après avoir prolongé cet été, il a amené le club de Birmingham, qu’il avait rejoint à 6 ans, à une belle 6e place, à 3 points seulement du leader Leicester, avec un match en retard.

Pour cela, il n’a rien renié de son jeu, restant le joueur de Premier League qui a gagné le plus de terrain balle au pied cette saison, préférant toujours faire 5 ou 10 mètres de plus, plutôt que de faire une passe qui n’apporte rien à son équipe.

“Il a un cerveau qui est vraiment fait pour le football”, avait jugé Brendan Rodgers, l’entraîneur de Leicester, battu chez lui par les Villans (0-1) lors de la 5e journée.

“Quand il porte le ballon (…) il comprend où se trouve l’espace. Il garde le ballon un peu plus que les autres et provoque des fautes, mais il attire aussi les adversaires hors de position. Sa qualité de passe est exceptionnelle”, s’était encore enthousiasmé le coach, qui avait jugé que l’Angleterre avait “de la chance” d’avoir un joueur comme lui.

Sans surprise, Grealish est le joueur qui a subi le plus de fautes (196) depuis le début de la saison passée en Premier League.

Ces coups de pieds arrêtés, souvent dans les 30 derniers mètres, sont autant de cartouches pour mettre l’adversaire en danger.

Il réconcilie esthètes et statisticiens

A 25 ans, il atteint sa plénitude et réconcilie enfin amateurs du beau jeu et irréductibles statisticiens.

A 9 reprises en 7 rencontres, ses chevauchées se sont terminées par des tirs, plus que n’importe quel autre joueur.

Il a aussi fait passer son nombre moyen de ballons touchés dans la surface adverse sur 90 minutes de 4 à 10 en championnat. Seul Mohamed Salah en a reçu plus que lui dans le rectangle85 contre 70

, mais en ayant joué 90 minutes de plus.

Résultat: il affiche cinq buts et sept passes décisivesla dernière contre l’Irlande (3-0), jeudi, dont il avait porté le maillot à 19 reprises chez les jeunesen 11 matches, toutes compétitions confondues.

“Son jeu en général a toujours été bon, mais avoir (des statistiques décisives) est très important pour un attaquant”, avait souligné Southgate avant le match contre l’Irlande, relevant aussi que “son jeu sans ballon s’est amélioré, son pressing, sa discipline défensive”.

Au point d’être à nouveau titulaire face à la Belgique en Ligue des Nations dimanche, voire à l’Euro cet été? La question risque d’occuper les nuits du sélectionneur pendant les semaines à venir.