Foot: Wendie Renard, cheffe étoilée

La défenseure et capitaine de Lyon, Wendie Renard, pose avec son septième trophée de la Ligue des champions, le 30 août 2020 à Saint-Sébastien
Par Julie DEMARCY / © 2021 AFP

De son île de Martinique au toit de l’Europe, la footballeuse Wendie Renard, 31 ans, s’est forgé avec Lyon un palmarès hors normes où trônent sept Ligues des champions. Une carrière exceptionnelle en club que cette forte tête n’a pu reproduire pour le moment avec les Bleues, entre désillusions et dissensions.

C’est elle qu’on voit avant les autres. Quand, petite, elle débute à sept ans dans une équipe de garçons. Quand devenue grande, elle veille du haut de son 1,87 m sur sa surface ou marque de la tête dans celle d’en face.

Wendie Renard est devenue une référence mondiale à son poste de défenseuse centrale, doublée d’une buteuse redoutable (136 buts). La liste de ses titres est vertigineuse, à l’image de sa longiligne silhouette: quatorze Championnats de France, neuf Coupes de France et sept C1, entre autres.

Deuil précoce

Son histoire avec le foot débute à la fin des années 1990. Une période assombrie par la mort de son père, emporté par un cancer alors qu’elle n’a que huit ans. Une drame précoce qui a “endurci (son) caractère”, explique-t-elle au Parisien en 2019.

“En Martinique, j’ai joué avec les garçons jusqu’à quatorze ans. Ça fait progresser, physiquement, dans les duels, ça va plus vite, il faut être costaud. C’était des bons moments. Eux le prenaient super bien. C’étaient mes potes et moi j’étais la petite princesse de l’équipe. Ils me protégeaient un peu”, raconte la joueuse à l’AFP en 2015.

“Son premier match, c’était un tournoi U13 à Bellefontaine”, se souvient Patrick Cavelan, son cousin et entraîneur à l’Essor Prêchotin. “Elle jouait avec les plus grands mais elle était déjà une pièce principale de notre équipe. On avait fini troisièmes et Wendie avait émerveillé par son talent”.

A seize ans, elle échoue aux tests d’entrée du centre national de formation de Clairefontaine. Mais grâce à la persévérance du conseiller technique de la Martinique, Jocelyn Germé, elle rebondit à Lyon. L’entraîneur lyonnais Farid Bentisti lui offre ses débuts professionnels dès l’année suivante.

Hégémonie européenne

Devenue capitaine de l’OL à 23 ans, elle a déjà quatre titres nationaux en poche quand elle dispute sa première finale de Ligue des champions en 2010 contre Potsdam. Les Lyonnaises s’inclinent aux tirs au but, mais l’année suivante elles prennent leur revanche (2-0) avec une ouverture du score signée Wendie Renard.

Après 2011, les trophées de C1 s’empilent (2012, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020). Une razzia qui contraste avec la disette vécue en équipe de France par Renard et ses coéquipières lyonnaises, qui composent l’ossature des Bleues.

Hormis une demi-finale à la Coupe du monde 2011, les Françaises sont abonnées aux quarts, à l’image de celui des JO de Londres en 2016. “On a fait un match indigne. C’est frustrant de tout gagner avec l’OL et rien avec l’équipe de France”, résume alors celle qui est également devenue capitaine tricolore.

Lors de son Mondial à la maison en 2019, la France chute à nouveau en quart face aux Américaines, futures championnes. Wendie Renard finit meilleure buteuse des Bleues (quatre buts), mais vit un tournoi difficile marqué par plusieurs bourdes.

“Quatre ans de capitanat balayés”

Ses relations avec la sélectionneuse Corinne Diacre sont compliquées, au point que le brassard de capitaine lui est retiré en mars 2018, au profit d’Amandine Henry. Wendie Renard “tombe des nues”.

“Quatre ans de capitanat balayés en moins de cinq minutes”, raconte-t-elle dans son autobiographie “Mon étoile”, parue fin 2019. Elle y rapporte les propos cinglants de la sélectionneuse : “+On souhaitait te voir par rapport au brassard de capitaine car je trouve que tu es à 40% de tes capacités en équipe de France. À Lyon, tu te balades, le niveau est facile, en Coupe d’Europe aussi, mais le niveau international, tu ne l’as pas encore franchi+.

Elle le récupère donc en vue de l’Euro-2022. S’agit-il d’une réconciliation entre les deux femmes? Pour le moment, Corinne Diacre a sobrement expliqué avoir “pensé d’abord à l’intérêt général”.

Dans ce livre, Renard (125 sélections, 28 buts) préfére toutefois s’étendre sur son rôle d’ambassadrice et sur l’essor du football féminin. “Jamais je n’aurais rêvé de voir une petite avec mon maillot sur le dos. C’est une fierté. Aujourd’hui des petites peuvent s’identifier”, se félicite-t-elle.

Adolescente, elle n’a pas eu de modèle féminin, faute de médiatisation des joueuses. Mais un attaquant suscite son admiration: Cristiano Ronaldo. “Je l’adore, son histoire est un exemple pur de détermination, confie-t-elle à Libération en 2017. Il est parti de son île de Madère sans un rond et, après des années de galère, il est devenu le meilleur. Personne ne se rappelle les années où il pleurait tout seul dans sa chambre. Moi, si.”

L’insularité, la perte du père, l’abnégation, les titres, les records… et les buts de la tête, comme autant de jalons communs au service d’une insatiable ambition.