Le président de l’AS Saint-Etienne, Roger Rocher, et son entraîneur Robert Herbin paradent sur les Champs-Elysées, à Paris, après leur épopée jusqu’en finale de la Coupe des clubs champions européens, le 13 mai 1976
Par Clément VARANGES / © 2020 AFP

Les Champs-Elysées envahis pour le passage d’un cortège de Renault 5: ce 13 mai 1976, on ne fête pas un sacre mondial mais une défaite. On ne fête pas les Bleus mais les Verts, Larqué, Rocheteau et leur grand ordonnateur Herbin, héros en devenir du mythe refondateur du foot français.

Les satanés “poteaux carrés” de Glasgow ont privé les Stéphanois, battus 1-0 par le Bayern Munich en finale de Coupe d’Europe des clubs champions, d’être “à jamais les premiers” mais l’oasis verte annonce la fin du désert pour le foot en France.

“Evoquer Robert Herbin, c’est évoquer la légende des Verts, l’un des plus beaux chapitres de l’histoire du football français”, professe le sélectionneur des Bleus Didier Deschamps.

une si longue attente

Si Saint-Etienne, sacré six fois champion de D1 sur les dix dernières saisons en 1976, bascule dans une autre dimension au printemps, c’est parce que le football en France sort d’un long hiver: 17 années qu’un club français ne s’est pas hissé en finale de Coupe d’Europe. Depuis 1959 et le grand Stade de Reims de Fontaine, Piantoni et Vincent, héros des Bleus au Mondial 1958, vaincu par le Real Madrid de leur ancien coéquipier Kopa.

Pendant cette si longue attente, l’équipe de France a échoué à se qualifier aux Coupes du monde 1970 et 1974 et aux Euro 1972 et 1976…

Après deux décennies de frustrations accumulées, les amoureux du ballon rond ne demandent qu’à vibrer. Ce sera chose faite le 17 mars 1976 avec un match retour de légende face au Dynamo Kiev.

Après avoir écarté facilement le KB Copenhague au premier tour, Saint-Etienne domine en huitième de finale les Glasgow Rangers, récemment sacrés en Coupe des Coupe (1972), et hérite donc de Kiev en quarts.

L’équipe ukrainienne entraînée par l’illustre Lobanovski est championne d’URSS et tenante du titre en C2. Un sacre qui a permis à sa star Oleg Blokhine d’être couronnée Ballon d’Or.

Passée à côté du match aller à l’Est, perdu 2-0, l’ASSE doit renverser une des plus grandes équipes d’Europe. Et elle va le faire sous les yeux de presque tous les Français.

ère de la télé

C’est la grande différence avec le Mondial 1958. Depuis 1974, près de 80% des ménages français sont équipés d’un téléviseur, selon l’Insee, quand ils n’étaient que 6% en 1957.

L’ère de la télévision de masse va faire de l’épopée de 1976, la première grande émotion collective du foot français. Sur les trois chaînes de télé existantes à l’époque, deux diffusent le match retour: TF1 et Antenne 2.

Après un but de Hervé Revelli sur contre, le capitaine stéphanois Jean-Michel Larqué offre à son équipe la prolongation sur coup franc. Une frappe en force du droit reproduite dans toutes les cours d’écoles de France cette année-là.

Puis, l’Ange vert Dominique Rocheteau libère le Chaudron à la 112e minute. De retour en demi-finales, où le Bayern

-déjà-

l’avait éliminé en 1975, Saint-Etienne s’impose cette fois 1-0 face aux Néerlandais du PSV Eindhoven dans le Forez grâce à un nouveau coup de pied arrêté de Larqué et résiste au retour pour s’offrir sa première finale européenne.

Une vague verte submerge le pays qui se prend de passion pour ce club de ville ouvrière arborant ManuFrance sur son maillot en D1. Le plateau du journal d’Yves Mourousi se pare d’émeraude pour le soutenir. L’épopée a même son hymne, créé par le chanteur Monty, aux paroles plutôt catégoriques: “Qui c’est les plus forts ? Evidemment, c’est les Verts.”

La suite, on la connaît. La barre transversale carrée d’Hampden Park repousse une frappe de Dominique Bathenay et un coup de tête de Jacques Santini pour l’ASSE qui s’incline 1-0.

Qu’importe la douche écossaise, Saint-Etienne, sous les commandes de Robert Herbin a insufflé un élan: “Il a permis au football français de devenir plus performant”, estime son ancien attaquant Patrick Revelli auprès de l’AFP.

Deux ans plus tard, Bastia imite les Verts en s’invitant en finale de Coupe de l’UEFA, l’équipe de France regoûte elle à la Coupe du monde. Comme si ce printemps 1976 annonçait les grands étés de 1982, 1984 et 1986 des Bleus, faits de demi-finales de Mondial et de sacre européen.