Foot: Saïd Chabane, patron habile mais “craint” en interne

Le président du SCO d’Angers Saïd Chabane, le 28 avril 2019 à Angers
/ © 2020 AFP

Saïd Chabane, le président du SCO Angers mis en examen mercredi pour agressions sexuelles aggravées, est perçu au sein du club comme un homme “craint, voire intimidant”.

L’homme fort du SCO, qu’il a ramené en Ligue 1 en 2015, se fait assez discret dans les médias. Mais son placement en garde à vue puis sa mise en examen à la suite de quatre plaintes déposées par une salariée et trois ex-salariées, l’ont propulsé à la Une mercredi.

Fils d’avocat d’origine kabyle, Chabane est arrivé en France à 23 ans pour compléter sa formation d’ingénieur, avec la ferme intention de rentrer en Algérie après. Mais il n’a plus jamais quitté la Sarthe, où il a rencontré sa femme et bâti sa carrière d’industriel.

Il ne se destinait ni à l’agroalimentaire, ni au foot. Il fera carrière dans les deux secteurs.

Le désormais quinquagénaire, âgé de 55 ans, met le pied dans le premier secteur grâce au voisin de son beau-père, et finit par créer, en 1997, l’entreprise Cosnelle.

Spécialisé dans la charcuterie et les salaisons, le groupe réalise aujourd’hui plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires.

Au SCO presque par hasard

Son entrée au capital d’Angers, en 2011, est elle aussi presque un hasard.

“C’était pendant une discussion autour d’une table, à la 4e coupe de champagne. En général, à partir de la 4e, vous vous laissez un peu aller”, a raconté à l’AFP cet amateur de fines bulles en 2017, peu de temps avant la finale de Coupe de France perdue de justesse face au Paris SG.

Celui qui se décrit comme un “austère qui se marre” prend 10% du capital. Mais très vite, face aux difficultés du club alors présidé par le très contesté Willy Bernard

-condamné plus tard à deux ans de prison pour abus de bien sociaux–, Chabane est sollicité pour prendre le contrôle du SCO, alors en Ligue 2.

“Les choses étaient complètement bloquées, principalement avec la Ville et la DNCG, et (Bernard) a pris son téléphone pour me dire +si je reste, le club est mort. Si ça t’intéresse, on peut parler pour la cession de mes parts+. Il m’a appelé à 11h00, à 19h00 on s’est vus à Paris et à 20h00, on a trinqué à notre accord”, rembobine celui qui détient désormais 93% du capital.

Surnommé “Mayonnaise”

En neuf ans, le club s’est doté d’un centre d’entraînement envié par ses concurrents, d’un centre de formation dont est sorti Nicolas Pépé, maintenant à Arsenal, sans parler des travaux pour moderniser le stade Raymond-Kopa.

En début de saison, le dirigeant s’avouait satisfait du travail accompli. “C’est toujours agréable de voir le fruit de son travail, des efforts et des sacrifices de tous ses collaborateurs. Quand on reste droit dans ses bottes, le travail finit toujours par payer. Ca ne veut pas dire qu’on ne va pas subir une ou deux tempêtes plus tard dans la saison…”

La tempête n’est finalement pas venue du terrain mais d’en dehors. Des jeunes femmes travaillant ou ayant travaillé au club l’accusent d’agressions sexuelles et de harcèlement, évoquant des “caresses très appuyées sur les parties intimes”, ce qu’il conteste.

“Il s’agit de quelqu’un qui est réputé sévère et qui est craint, voire intimidant”, a décrit auprès de l’AFP Eric Bouillard, procureur de la République d’Angers.

Souvent présenté comme rigoureux et austère, l’entrepreneur est aussi capable d’accès soudains de colère, ce qui lui a valu d’être surnommé “Mayonnaise” par les employés de son entreprise, selon Jeune Afrique.

Interrogé par le magazine sur ce sobriquet peu flatteur, il avait répondu avec malice: “Qui vous a dit ça, que je le mette dehors ?”.