Foot: Pochettino, un miraculeux “shérif” pour prendre en main le PSG

L’Argentin Mauricio Pochettino alors entraîneur de Tottenham, le 17 septembre 2019 à Athènes
Par Daniel BOSQUE, Jean DECOTTE / © 2020 AFP

Décrit comme un “shérif” désireux de tout contrôler et pressenti pour prendre en main le PSG, Mauricio Pochettino s’est construit une réputation d’entraîneur-bâtisseur à moindre coût sur le banc de Tottenham (2014-2019), multipliant les exploits jusqu’à une finale de Ligue des champions en 2019.

Homme de charisme et de caractère, l’ancien défenseur argentin (48 ans), qui a porté deux ans le maillot du PSG en tant que joueur, a transformé le plomb en or une fois devenu entraîneur à la tête des “Spurs”, développant un jeu séduisant tout en faisant grandir de nombreux jeunes joueurs.

C’est peut-être le profil idéal pour redonner de l’allant à un PSG finaliste de Ligue des champions en août à Lisbonne mais rattrapé depuis par ses lacunes et sa trop grande dépendance à ses stars Neymar et Kylian Mbappé. Toutefois, Pochettino ne compte aucun trophée à son actif, une carence à combler rapidement avec le PSG.

La méthode de ce fils d’agriculteurs originaire de Murphy, près de Rosario (nord de l’Argentine) ? Un travail acharné et une exigence de chaque instant qui lui ont valu à ses débuts d’entraîneur à l’Espanyol Barcelone (2009-2012) le surnom de “shérif”.

“La personnalité de Pochettino injecte de l’adrénaline chez tous les joueurs”, a résumé auprès de l’AFP Joan Collet, ex-président de l’Espanyol.

En 2009, l’ancien défenseur central des “Pericos” (1994-2001 puis 2004-2006) et du PSG (2001-2003) est encore en train de faire ses gammes comme entraîneur adjoint de l’équipe féminine de l’Espanyol lorsqu’il est appelé au chevet de l’équipe première, alors lanterne rouge de Liga.

Goût maladif du détail

Premier miracle: malgré son inexpérience, l’ex-international argentin (20 sélections) remobilise les joueurs, qui sont pour la plupart d’anciens coéquipiers, engrange 25 points sur 30 possibles lors des dix dernières journées et sauve le club, où il restera quatre années sur le banc.

“Son secret a été de parvenir à remonter notre moral”, explique Javi Chica, joueur de l’Espanyol à l’époque. “En bon Argentin, il sait motiver les autres, toucher la corde sensible.”

Le style “Poche” est déjà à l’oeuvre: une vision d’ensemble pour le club et un goût maladif du détail, peut-être hérité de son mentor Marcelo Bielsa, comme lorsqu’il fait clôturer le centre d’entraînement “perico” pour pouvoir travailler à l’abri des regards.

Au point que ses troupes le jugent parfois “excessif” dans son emprise… comme lorsqu’il passe un savon à un jeune joueur de l’Espanyol pour avoir voulu manger une crème glacée.

En 2004, après une expérience française à Paris puis à Bordeaux (2003-2004), Pochettino, défenseur solide et bon relanceur, accepte de réduire drastiquement son salaire pour revenir à l’Espanyol, alors à la peine.

Depuis lors, les “Pericos” le reconnaissent comme l’un des leurs. Et ce père de deux enfants, grand amateur de vin, séjourne encore très régulièrement dans sa maison de Barcelone.

Des citrons dans son bureau

Remercié par l’Espanyol en 2012 sans faire la moindre vague, l’entraîneur rebondit à Southampton en 2013, où il maintient le club en Premier League puis guide l’équipe jusqu’à une belle huitième place la saison suivante. Le voilà propulsé en 2014 à Tottenham, pour y construire sur la durée. Il perd en finale de la Coupe d’Angleterre en 2015, finit vice-champion en 2017.

Les Spurs se modèlent à son image: passée proche de l’élimination en poules, en quarts puis en demies de C1 en 2019, l’équipe, surmotivée, surmonte tous les obstacles jusqu’à la finale. C’est ce supplément d’âme qu’il devra apporter au PSG, trop souvent abonné aux désillusions européennes ces dernières années.

“Avoir mené le club (Tottenham) en finale de la C1, ça tient du miracle. Personne ne croyait en nous en ce début de saison”, avait savouré Pochettino en 2019, alors qu’il n’avait enregistré aucune recrue sur les deux mercatos précédents.

Tout en qualifiant quasiment chaque année le club pour la Ligue des champions, l’Argentin a fait éclore une belle génération de jeunes joueurs, de Harry Kane à Dele Alli.

Du pain béni pour le PSG, dont le riche vivier issu de la formation parisienne peine souvent à se frayer un chemin jusqu’en équipe première face aux stars recrutées à prix d’or.

Le tout avec un jeu “à la Bielsa”, fait de pressing intense et de mouvement permanent, et une croyance affichée en “l’énergie universelle”, une sorte de sixième sens qui le pousse à placer des citrons dans son bureau pour “absorber la mauvaise énergie”.

Une interrogation persiste toutefois : Pochettino le bâtisseur parviendra-t-il à obtenir un tel rendement immédiatement, dans un club où les dirigeants qatariens sont peu connus pour leur patience ?