Foot: Lionel Messi, la “Puce” devenue trop grande pour Barcelone

Lionel Messi avec le Barça, lors du dernier clasico contre le Real Madrid disputé au stade Santiago Bernabeu, le 1er mars 2020
/ © 2021 AFP

Qui pourrait imaginer Barcelone sans sa Sagrada Familia, ses Ramblas, son parc Güell… et son Leo Messi? Arrivé à 13 ans, l’attaquant argentin semblait devoir finir sa carrière en Catalogne où il a bâti sa légende. Mais c’est ailleurs que s’exprimera désormais son génie, peut-être à Paris.

Sa conférence d’adieu dimanche a débuté par des larmes. Puis la “Pulga”, enfant de Rosario en Argentine, a raconté son arrivée à l’adolescence, rappelé qu’il avait passé plus de la moitié de sa vie au bord de la Méditerranée, expliqué que ses enfants étaient autant catalans qu’argentins.

Quand son idole Diego Maradona était Dieu à Naples comme à Buenos Aires, lui est avant tout une icône “blaugrana”, bien plus qu'”albiceleste”.

Il compte 35 titres avec Barcelone. Il a attendu d’avoir 34 ans pour remporter cette année son premier avec l’Argentine, la Copa America… Et a longtemps été associé aux échecs de la sélection, notamment en finale du Mondial-2014 ou en 8e de finale du Mondial-2018 contre la France.

Il a fait grandir le Barça en même temps qu’il devenait immense. Si immense que le petit attaquant virevoltant aux six Ballons d’Or, que beaucoup considèrent comme le meilleur de l’histoire, est devenu trop grand pour une institution lourdement endettée, incapable d’assumer le salaire de la star planétaire, même s’il a affirmé avoir consenti à le diviser par deux.

“Le mariage de Messi avec le Barça a apporté beaucoup aux deux (au club et au joueur)”, reconnaissait l’an dernier le directeur sportif barcelonais, Ramon Planes. “Il faut avoir un respect énorme pour ce qu’est Messi et pour son histoire.”

Seul peut-être le Néerlandais Johan Cruyff, autre Ballon d’Or, a cumulé une telle aura mondiale et un enracinement catalan. Autre point commun entre les deux: avant de revenir à Barcelone comme technicien à succès, le Néerlandais n’avait pas non plus achevé sa carrière de joueur sous le maillot bleu et grenat.

A 34 ans, Messi n’est plus le jeune chien fou qui passait les défenseurs en revue sur les terrains d’Espagne et d’Europe, à l’image de son slalom contre Getafe le 18 avril 2007 élu il y a deux ans plus beau but de l’histoire du club par les socios.

Le petit attaquant reste néanmoins une machine à dribbles, à buts et à records, et attirait les touristes du monde entier.

‘Plus qu’un joueur’

Il reste le meilleur buteur de l’histoire du Barça (672 buts en 778 matches), de la Liga, le meilleur marqueur sur une année civile (91 en 2012) ou encore le joueur ayant remporté le plus de trophées avec Barcelone, dont quatre Ligues des champions (2006, 2009, 2011, 2015).

Le lutin a aussi collectionné six Ballons d’Or, mieux que Cristiano Ronaldo (5), Cruyff, Michel Platini, Marco Van Basten (3).

Au-delà des chiffres, l’Argentin laisse des souvenirs impérissables aux supporters catalans, notamment lors des clasicos contre le Real Madrid, de son triplé de 2007 au 6-2 infligé au rival madrilène sur ses terres en 2009 en passant par la “manita” (5-0) réussie l’année suivante au Camp Nou.

Barcelone s’est souvent reposé sur le prodige arrivé en 2000 et lancé en pro en 2004, même s’il fut entouré d’immenses joueurs, d’Eto’o à Suarez en passant par Xavi, Iniesta ou Neymar.

Au fil des années, le FC Barcelone, qui se réclame “plus qu’un club”, s’est heurté au poids de cet attaquant devenu “plus qu’un joueur”. Un mal qui a un nom en Catalogne: la “Messi-dépendance”.

Poids dans le vestiaire

Ce joueur aux prises de paroles rares et à l’expression convenue a pris du poids dans le vestiaire, devenant capitaine en 2018, puis influent dans les arcanes du club.

Certaines sorties publiques ont fissuré l’image lisse du petit Argentin connu pour son goût immodéré du beau jeu, sa timidité et son sourire enfantin. Des traits qui lui avaient valu une image beaucoup moins “bling-bling” que celle de son rival Cristiano Ronaldo.

Et comment ne pas être touché par le destin de ce gamin qui, selon l’histoire consacrée, avait quitté Rosario pour trouver à Barcelone un club prêt à financer le traitement médical de ses problèmes de croissance?

Cette image positive n’a pas changé, malgré sa condamnation à 21 mois de prison (qu’il n’a pas eu à purger) et 2,1 millions d’euros d’amende en 2017 pour fraude fiscale, quelques semaines avant son mariage avec Antonella, son amie d’enfance, mère de ses trois garçons (Thiago, Mateo et Ciro).

Vivant à Castelldefels, banlieue huppée de Barcelone, Messi semblait avoir trouvé un équilibre en Catalogne, mais c’est désormais sous un autre maillot qu’il tentera de prolonger sa légende. Si c’est à Paris, ce sera avec l’objectif d’offrir à son nouvel employeur sa première Ligue des Champions. La cinquième pour lui.