Michel Platini, alors prĂ©sident de l’UEFA, lors d’une confĂ©rence de presse le 28 mai 2015
Par Eric BERNAUDEAU / © 2019 AFP

Le feuilleton Platini se poursuit: la Fifa envisage dĂ©sormais de saisir la justice suisse pour obtenir le remboursement de 2 millions de francs suisses (1,84 M EUR) versĂ©s de façon “indue” par l’ex-prĂ©sident de l’instance Sepp Blatter Ă  Michel Platini, et qui a valu Ă  l’ancien N.10 des Bleus une suspension de quatre ans.

Cette suspension de toute activitĂ© liĂ©e au football est dĂ©sormais terminĂ©e depuis octobre, mais elle aura empĂŞchĂ© Platini de briguer la succession de Blatter. Celle de six ans prononcĂ©e Ă  l’encontre de l’ancien patron du football mondial est en revanche toujours en cours.

Selon une rĂ©solution en date du 25 novembre dernier et dont l’AFP a pris connaissance, la commission de gouvernance de la Fifa recommande Ă  l’instance de saisir la justice suisse “pour obtenir le remboursement de l’argent versĂ© de façon illĂ©gale par l’ancien prĂ©sident de la Fifa Ă  l’ex-vice prĂ©sident de la Fifa”.

La Fifa a jusqu’au 31 dĂ©cembre 2019 pour se tourner vers la justice.

Michel Platini, joint au tĂ©lĂ©phone par l’AFP, n’a pas souhaitĂ© rĂ©agir.

Mais pour son avocat Vincent Solari, qui a rĂ©agi dans un courriel aux sollicitations de l’AFP, il s’agit d’une annonce dont “le seul but est de continuer Ă  tenter de jeter le discrĂ©dit” sur Michel Platini.

“harcèlement”

La dĂ©marche relève mĂŞme “du harcèlement”, selon l’avocat suisse.

“La question est dĂ©finitivement rĂ©glĂ©e suite Ă  la dĂ©cision rendue par le MPC en faveur de Monsieur Michel Platini, il y a maintenant presque deux ans (…) les prĂ©tentions de la FIFA sont totalement infondĂ©es”, affirme l’avocat.

Platini a dĂ©posĂ© en France une plainte pour “dĂ©nonciation calomnieuse”, visant les responsables de la Fifa Ă  l’origine de la rĂ©vĂ©lation de ce paiement de 2 M CHF. Cette plainte a Ă©tĂ© acceptĂ©e et transmise Ă  la justice suisse, et suit actuellement son cours.

Pour Sepp Blatter, joint au tĂ©lĂ©phone par l’AFP, “c’est une affaire rĂ©glĂ©e, je ne vois pas comment la Fifa peut saisir la justice”.

“Cela est passĂ© dans les comptes de la Fifa, a Ă©tĂ© validĂ© par la commission des Finances et lors du Congrès de 2011”, a-t-il ajoutĂ©.

Pour ce paiement considĂ©rĂ© comme “dĂ©loyal”, la justice suisse avait ouvert en septembre 2015 une procĂ©dure pĂ©nale visant M. Blatter, Ă  l’origine de ce paiement en 2011 Ă  M. Platini, sans contrat Ă©crit, pour un travail de conseiller achevĂ© en 2002.

L’ombre de Qatar-2022

M. Platini s’est lui toujours dĂ©fendu de tout acte illĂ©gal. Depuis la fin de sa suspension, il laisse entendre qu’il veut dĂ©sormais revenir dans le monde du football.

La semaine est dĂ©cidĂ©ment dĂ©licate pour l’ex-prĂ©sident de l’UEFA, avec la rĂ©surgence lundi d’une autre affaire, celle de l’enquĂŞte sur l’attribution du Mondial-2022 au Qatar.

Alors vice-prĂ©sident de la Fifa lors de l’attribution du Mondial-2022, le Français avait Ă©tĂ© interrogĂ© sous le rĂ©gime de la garde Ă  vue sur les raisons de son vote en faveur du Qatar.

L’enquĂŞte conduite depuis trois ans sous l’Ă©gide du Parquet national financier, a Ă©tĂ© rĂ©cemment confiĂ©e Ă  un juge d’instruction parisien. Une information judiciaire a Ă©tĂ© ouverte notamment pour “corruption active et passive”, a prĂ©cisĂ© le parquet lundi.

La justice française s’intĂ©resse en particulier Ă  une rĂ©union au Palais de l’ElysĂ©e le 23 novembre 2010, Ă  laquelle participaient le prĂ©sident Nicolas Sarkozy, Tamim ben Hamad al-Thanialors prince hĂ©ritier du Qatar devenu Ă©mir en 2013et Michel Platini.

A l’issue de ce dĂ®ner, Platini avait indiquĂ© Ă  Blatter qu’il voterait en faveur du Qatar. Le 2 dĂ©cembre 2010, Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale, le Qatar l’avait emportĂ© par 14 voix contre 8 pour les Etats-Unis.