Euro: Shevchenko, souvenirs italiens et fantômes anglais

Le sélectionneur ukrainien Andriy Shevchenko après la victoire de son équipe face à la Suède, à Glasgow, le 29 juin 2021
Par Anthony LUCAS / © 2021 AFP

Contre l’Angleterre, loin de Wembley pour la première fois de l’Euro, c’est le sélectionneur de l’Ukraine Andriy Shevchenko qui jouera “à domicile”, samedi (21h00) à Rome en quart de finale, dans un pays où il a connu ses plus belles heures de footballeur.

“Sheva” a l’occasion de chasser quelques fantômes anglais, ceux hérités d’une finale de Ligue des champions dantesque perdue avec Milan contre Liverpool en 2005 ou d’un passage mitigé à Chelsea (2006-08) après les glorieuses années milanaises.

Anglais, Shevchenko l’est pourtant désormais un peu: il vit à Londres, avec femme et enfants, depuis des années.

Mais l’Italie coule toujours dans les veines de l’Ukrainien de 44 ans, qui, à Milan, a beaucoup gagné, mais aussi décroché la plus belle récompense individuelle pour un footballeur, le Ballon d’Or (en 2004).

Les beaux souvenirs qu’il a laissés dans la Péninsule devraient s’entendre à l’applaudimètre, samedi au Stadio Olimpico. En raison des mesures sanitaires s’appliquant aux Britanniques et aux Ukrainiens (quarantaine obligatoire), le public italien pourrait en effet être majoritaire parmi les quelque 10.000 spectateurs attendus.

“J’espère que le Stadio Olimpico va vraiment nous donner un coup de main”, a lancé vendredi dans la Gazetta dello Sport l’adjoint italien de Shevchenko, l’ex-joueur de Milan Mauro Tassotti.

Liverpool, ce cauchemar

“Si les Italiens le font par intérêt parce que nous sommes moins forts, ça nous va aussi. +Sheva+ est vraiment un bon garçon, il a toujours été apprécié de tous”, ajoute l’adjoint de 61 ans.

L’Italie, Shevchenko y débarque en 1999, en provenance du Dynamo Kiev. Il y est peu à peu devenu un attaquant apprécié pour son élégance et son sens du but: il en a signé 175 en 324 matches, en comptant son retour mitigé à Milan en 2008-09, et a terminé deux fois meilleur buteur de Serie A (en 2000 et 2004).

Avec les Rossoneri, il s’est constitué un palmarès enviable en raflant quasiment tous les titres possibles (Championnat, Coupe et Supercoupe d’Italie, Ligue des champions en 2003 et Supercoupe d’Europe).

Mais il doit au football anglais l’une de ses pires soirées milanaises: la finale de C1 perdue en 2005 à Istanbul contre Liverpool, dans l’un des retournements de situation les plus improbables de l’histoire du foot.

Milan menait 3-0 à la pause et semblait avoir déjà mis la main sur la “Coupe aux grandes oreilles”, avant de se faire rejoindre en seconde période par Steven Gerrard et les siens, puis de s’incliner aux tirs au but (3-3 a.p., 3 tab à 2).

Shevchenko avait symbolisé la déroute des Rossoneriet l’état de grâce du gardien des “Reds” Jerzy Dudekavec son échec lors du tir au but décisif, quelques instants après avoir manqué une incroyable occasion à trois minutes de la fin de la prolongation.

Retrouvailles avec Southgate

“Même en y repensant, je n’arrive pas à croire que le ballon n’était pas entré”, se souvenait “Sheva”, dix ans plus tard.

L’Angleterre ne lui a pas davantage réussi ensuite, avec ses deux saisons oubliables sous le maillot de Chelsea. Même si tout avait bien commencé avec un but lors de son deuxième match contre Middlesbrough, en août 2006, alors entraîné par un certain Gareth Southgate, celui-là même qui sera assis sur le banc anglais samedi à Rome.

Avec le maillot de l’Ukraine, dont il est toujours le meilleur buteur (48 réalisations en 111 sélections), Shevchenko a aussi croisé la route du joueur Southgate lors d’un amical en 2000, pour le premier match entre les deux pays (victoire anglaise 2-0).

S’il triomphe de leur face-à-face inédit comme sélectionneurs, Shevchenko peut offrir à la “Zbirna” une première historique: l’Ukraine n’a en effet jamais fait mieux qu’un quart de finale dans un grand tournoi, au Mondial-2006 (il était alors sur le terrain… contre l’Italie).

“L’Angleterre est une grande équipe (…), mais leurs forces ne doivent pas nous faire peur. Cela doit nous motiver car tout est possible en football comme dans la vie”, assure “Sheva”. Si ses hommes devaient l’emporter, l’accueil du public lors de la demi-finale, prévue à Londres, devrait leur être moins favorable.