Euro: Schick, le cador tchèque au lob choc

L’attaquant tchèque Patrik Schick après avoir inscrit le premier but de son équipe face à l’Ecosse lors de l’Euro 2020, au stade de Hampden Park, à Glasgow, le 14 juin 2021.
Par Stanislas TOUCHOT, avec Jan FLEMR à Prague / © 2021 AFP

Trois jours de compétition et il n’y avait déjà plus beaucoup de suspense pour l’élection du plus beau but de l’Euro: avec son lob de 45 m contre l’Ecosse, le Tchèque Patrik Schick a réussi lundi un chef d’oeuvre qui est venu rappeler pourquoi les attentes autour de lui étaient immenses au début de sa carrière en Italie.

En avril 2017, Schick a 21 ans et porte le maillot de la Sampdoria Gênes. Face à Crotone, il réussit un enchaînement lumineux, “à la Bergkamp”, avec un contrôle orienté dos au but et en pivot de son délicat pied gauche, doublé d’un grand pont sur son défenseur, avant d’aller tromper le gardien adverse pour le 10e but de sa première saison en Serie A.

Juin 2021 à Glasgow, l’avant-centre tchèque, N.10 sur le dos et déjà auteur du premier but du match, récupère le ballon vers la ligne médiane, jette un coup d’oeil et frappe de près de 50m. Le ballon termine son incroyable trajectoire incurvée au fond des filets de David Marshall, lui aussi empêtré dans les mailles.

“On sait que c’est un génie, qui sait marquer des buts, c’est pour ça qu’il est là. Evidemment le deuxième but est extraordinaire. On voit rarement des buts du milieu du terrain. C’est un joueur incroyable et ce ne sont pas les derniers buts qu’il va marquer ici”, a ensuite déclaré son sélectionneur Jaroslav Silhavy, qui attend encore beaucoup de son avant-centre vendredi (18h00) contre la Croatie.

Légère anomalie

D’avril 2017 à juin 2021, quatre ans sont passés entre deux buts merveilleux, quatre clubs différents aussi, pour témoigner que la carrière de l’élégant gaucher n’a pas tout à fait décollé comme prévu.

Après ses exploits avec la “Samp”, le chemin vers les sommets semble pourtant dégagé. La Juventus est intéressée et l’avant-centre passe sa visite médicale à Turin. Le club publie même des photos de Schick, pouce levé, devant le logo de la Juve.

Mais les médecins s’inquiètent d’une très légère anomalie dans ses examens cardiaques et le transfert est annulé. L’AS Rome se positionne et, convaincue du potentiel du jeune Tchèque, lâche plus de 40 millions d’euros pour le plus gros transfert de l’histoire du club.

Mais à la Roma, tout va de travers. L’affaire commence mal, avec une interview où Schick raconte s’imaginer “rapidement” à Manchester United ou au Real Madrid.

Puis, pour l’un de ses premiers matchs sous le maillot giallorosso, il rate un face-à-face contre Szczesny, qui aurait permis à son équipe d’égaliser en fin de match sur le terrain de la Juventus.

Mieux en Allemagne

Au bout du compte et de deux saisons romaines, le bilan est maigre, avec huit buts en 58 matches et une impression rarement effacée de mollesse et de beauté fragile, de talent contrarié par une confiance en soi rarement à la hauteur de ses qualités techniques.

Même s’il a vécu quelques bons moments à l’Olimpico, comme sa titularisation lors de l’inoubliable victoire 3-0 contre Barcelone en Ligue des Champions, Schick a reconnu avoir été “malheureux” à Rome et son départ en Bundesliga, au RB Leipzig puis au Bayer Leverkusen, a été vécu comme un soulagement pour tous.

En Allemagne, Schick s’est repris, avec 23 buts en 64 matches. Mais il reste inconstant, souvent blessé, trop irrégulier pour devenir réellement un joueur de tout premier plan.

Mais à 25 ans, c’est sans doute avec le maillot de sa sélection qu’il est le plus convaincant, auteur de 13 buts en 27 matches, dont le fameux chef d’oeuvre de lundi, mesuré à plus de 49 mètres par l’UEFA, un record à l’Euro. Sans surprise, la merveille a provoqué une avalanche de jeux de mots autour de son nom. “Ce but était Schick !” a résumé Gary Lineker sur Twitter.