Euro: rebâtie mais battue de peu, l’Espagne est lancée vers le Mondial-2022

La déception des joueurs espagnols après leur défaite en demi-finale de l’Euro face à l’Italie, à Londres, le 6 juillet 2021
Par Patxi VRIGNON-ETXEZAHARRETA / © 2021 AFP

“Tristes, mais fiers”, les Espagnols, éliminés mardi par l’Italie (1-1 a.p., 4-2 t.a.b.), disent adieu à l’Euro aux portes de la finale, mais cette prometteuse génération, façonnée par Luis Enrique, a déjà les yeux tournés vers le Mondial-2022.

“On a perdu un match, mais on a gagné une sélection”. Comme l’a écrit Marca sur son site mardi soir, l’Espagne entière sort de cet Euro avec une pointe de déception, mais une immense dose d’espoir et d’optimisme en vue de la Coupe du monde au Qatar en novembre-décembre de l’année prochaine.

Iker Casillas, Cesc Fabregas, Gerard Piqué, Sergio Ramos et d’autres anciens noms de la “Roja” ont d’ailleurs donné rendez-vous dans 16 mois mardi soir, après avoir célébré le beau tournoi de l’Espagne sur les réseaux sociaux.

“Jusqu’à maintenant, la sélection n’avait aucune chance. Maintenant, oui. Il y a un beau futur”, estime Santi Nolla, directeur du journal catalan Mundo Deportivo, mercredi, au lendemain d’une défaite cruelle, aux tirs au but contre l’éternel rival italien, malmené comme jamais dans ce tournoi par la “Roja”.

“Un grand projet”

“Il y a un futur avec Luis Enrique. Malgré la déception, le sélectionneur a construit une nouvelle sélection qui nous enthousiasme à nouveau”, précise le quotidien catalan Sport.

Le sélectionneur, qui tâtonnait encore en mars, a réussi à bâtir un projet qui a pris forme immédiatement. Une équipe sans aucun joueur du Real Madrid, mais un groupe soudé, porté par l’expérience du capitaine Sergio Busquets et celle de Jordi Alba, et la fougue et le talent des jeunes, Pedri, mais aussi Eric Garcia (20 ans), Ferran Torres (21 ans), Dani Olmo (23 ans), Unai Simon (24 ans) et Mikel Oyarzabal (24 ans), tous titulaires mardi en demi-finale.

Luis Enrique, en poste depuis 2018 en dépit d’une interruption de quelques mois en 2019 pour rester au chevet de sa fille emportée par un cancer à l’âge de neuf ans, est resté fidèle à ses convictions malgré un début de tournoi poussif, avec deux nuls contre la Suède (0-0) et la Slovaquie (1-1).

Il a maintenu sa confiance à Alvaro Morata, critiqué après ses occasions manquées, et l’avant-centre la lui a bien rendue en marquant un but salvateur en 8e de finale contre la Croatie (5-3 a.p.), puis en égalisant contre l’Italie mardi, même s’il a ensuite raté son tir au but.

Le jeune gardien Unai Simon, héros de la séance de tirs aux buts en quart contre la Suisse et qui a encore stoppé la tentative de Locatelli mardi, a également donné raison à son sélectionneur, qui l’a défendu, malgré sa bourde contre la Croatie.

Pedri, jeunesse dorée

Autre pari réussi, celui de confier les clés du jeu à un gamin de 18 ans. Pedri, lancé dans l’élite aux côtés de Lionel Messi au Barça cette saison, s’est révélé aux yeux du continent. Il est devenu le plus jeune joueur de l’histoire à disputer une demi-finale de l’Euro, il est toujours le joueur qui a le plus couru dans ce tournoi. Et mardi, dans la mythique enceinte de Wembley, il a encore offert un récital, avec seulement deux passes manquées en 120 minutes de jeu.

“Quelqu’un s’est rendu compte de l’Euro que vient de faire un garçon de 18 ans nommé Pedri ? Ce qu’il a fait dans cet Euro, je n’ai vu personne d’autre le faire à 18 ans, que ce soit dans un Euro, un Mondial ou à des Jeux Olympiques. Pas même Andrés Iniesta. C’est quelque chose qui échappe à toute forme de logique”, a encensé Luis Enrique après le match.

Sa pépite soufflera ses 20 bougies quatre jours après le début du Mondial-2022. L’an prochain, l’Espagne fêtera pour sa part les dix ans de son dernier grand sacre, à l’Euro-2012. C’était le crépuscule de l’âge d’or espagnol entamé à l’Euro-2008 et au Mondial-2010. Désormais à l’orée d’une nouvelle ère, la “Roja” se prend déjà à rêver.