Euro: Müller-Hummels, le pari d’une Allemagne sans certitudes

Le défenseur allemand Mats Hummels (g) et l’attaquant Thomas Mueller rentrent au vestiaire à la mi-temps du match amical contre le Danemark, le 2 juin 2021 à Innbruck
Par Christophe BEAUDUFE / © 2021 AFP

Après deux ans et demi d’exil, les champions du monde 2014 Mats Hummels et Thomas Müller sont de retour: le sélectionneur Joachim Löw a mangé son chapeau, dans l’espoir de revigorer une Allemagne atone en manque criant de leaders.

Müller, aboyeur, gesticulateur mais aussi chef de bande charismatique de 31 ans, est là non seulement pour son talent, mais aussi pour sa capacité à donner une âme à son équipe, particulièrement dans les moments difficiles. Il avait vécu son éviction en 2019 comme “une défaite personnelle”.

Hummels, au style plus sobre, est censé apporter à 32 ans son expérience pour stabiliser la défense, point faible de la Mannschaft depuis trois ans. Lui aussi a souffert de sa mise au ban: “Ça a fait mal, je ne m’en cache pas”, a-t-il avoué.

En les écartant, Löw avait voulu créer un appel d’air pour une nouvelle génération. Mais ces derniers mois, plusieurs contre-performances ont mis en lumière les lacunes de cette équipe immature. Dont un 6-0 humiliant en Espagne en Ligue des nations en novembre, et une défaite 2-1 à domicile contre la Macédoine du nord en qualifications pour le Mondial-2022 en mars.

A chaque fois, on a vu des joueurs désemparés, incapables de sonner la révolte, tandis que le capitaine Manuel Neuer assistait impuissant au désastre, depuis sa surface de réparation.

“Aura particulière”

Sous pression, Löw ne pouvait donc faire moins que de rappeler pour l’Euro ses deux grognards, dont toute l’Allemagne du football réclamait le retour. Avec Neuer et Toni Kroos, ils sont les derniers rescapés du groupe des titulaires du titre mondial 2014.

“C’est vrai qu’avec Mats Hummels, nous faisons partie des joueurs qui osent parler”, a reconnu Müller, qui s’était arrêté en novembre 2018 au soir de sa 100e sélection, alors que Hummels avait atteint les 80 capes.

Moins extraverti, Hummels se sent lui aussi investi d’une mission: “Je voudrais être un porte-parole et un meneur, dit-il, être encore un peu plus présent lorsque les choses ne vont pas bien sur le terrain”. Avant d’ajouter immédiatement: “Thomas et moi nous apportons un plus, mais nous ne voulons retirer à personne un rôle de leader”.

“Ils ont tous les deux une aura particulière”, témoigne le néo-international Robin Gosens (5 sélections), “tu vois tout de suite que tu peux te reposer sur ces gars-là, et ce sentiment est d’une importance énorme dans une équipe de foot”.

“Radio Müller”

Dès mercredi contre le Danemark en match de préparation (1-1), Thomas Müller le bavard a fait honneur à son surnom de “Radio Müller”. “Mais aboyer ou monter le volume n’est pas un but en soi, dit-il, ce qui compte c’est de diffuser l’information de façon à ce que chaque joueur puisse réagir aussi vite que possible dans chaque situation de jeu”.

Un apport qui peut être crucial à l’Euro dans le “groupe de la mort” avec la France, le Portugal et la Hongrie.

Les deux trentenaires ont gagné le droit de revenir par leurs performances en club, alors que Jérôme Boateng, autre vétéran banni en 2019, n’a pas eu cette chance.

Au Bayern, Müller a donné un second souffle à sa carrière sous Hansi Flick, après avoir connu quelques saisons difficiles après le départ de Pep Guardiola en 2016. Electron libre sur le front de l’attaque, imprévisible mais toujours au bon endroit au bon moment, il a écrasé cette saison le classement des meilleurs passeurs de Bundesliga avec 22 passes décisives (pour 11 buts).

A Dortmund, Hummels a été la clé de voûte défensive d’une formation qui a terminé la saison en boulet de canon, avec une victoire en coupe d’Allemagne et huit succès consécutifs en fin de championnat, pour arracher sur le fil une qualification à la Ligue des champions.